POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

État de la nation et budget

Rentrée politique à haut risque pour le gouvernement



Xavier Bettel s’apprête à livrer un discours sur l’état de la Nation, crucial en pleine crise sanitaire et économique. (Photo: Anthony Dehez / archives Maison Moderne)

Xavier Bettel s’apprête à livrer un discours sur l’état de la Nation, crucial en pleine crise sanitaire et économique. (Photo: Anthony Dehez / archives Maison Moderne)

La rentrée commence sur les chapeaux de roue pour le gouvernement, avec le discours sur l’état de la Nation ce mardi, puis le dépôt du projet de budget 2021 mercredi.

Si les députés ont repris le chemin des commissions (la plupart en vidéoconférence) dès début septembre pour certains, c’est cette semaine que se joue la rentrée politique pure et dure, avec l’ouverture de la session parlementaire 2020-2021.

C’est mardi après-midi à 14h30 que débutera cette session largement placée sous le signe de la gestion de l’épidémie de Covid-19. Une fois n’est pas coutume, c’est au Premier ministre Xavier Bettel  (DP) que reviendra l’honneur de lever le rideau sur cette session particulière, avec son discours sur l’état de la Nation – le premier prononcé hors de la Chambre. Traditionnellement tenu autour d’avril-mai, il a été reporté en raison de la crise sanitaire , puisque le pays sortait à peine du confinement à cette période. Toutefois, l’opposition, qui avait consenti un décalage de l’exercice,  s’était émue de voir ce discours repoussé si loin dans le temps, estimant qu’il aurait pu avoir lieu avant la pause estivale .

Pour rappel, le discours sur l’ état de la Nation 2019 s’était déjà déroulé en octobre afin de laisser un peu de champ entre l’entrée en fonction du second gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng en décembre 2018 et ce marqueur politique fort, sachant que le budget 2019 avait été voté en avril .

Covid-19, environnement et politique industrielle au menu

Si l’on pouvait s’interroger auparavant sur le contenu du discours à venir et les priorités affichées par le Premier ministre, la question ne se pose quasiment pas, quelques heures avant l’exercice 2020 à l’ère post-Covid. Devant une Chambre déplacée au Cercle Cité, et alors que le Covid-19 pèse sur l’économie du pays, le Premier ministre aura fort de défendre sa gestion de la crise sanitaire. La hausse rapide des infections ces dernières semaines, dans le sillage de pays voisins en mauvaise posture comme la France, remet l’épidémie sur le devant de la scène. Elle reste l’un des principaux sujets de préoccupation et un terrain politiquement glissant pour le gouvernement en place. Le Premier ministre et la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), doivent d’ailleurs rendre compte de la situation devant la commission de la santé, mercredi matin, sur demande du CSV.

Au-delà de la gestion sanitaire se pose la question de la poursuite des aides aux entreprises (directes/indirectes, complément au chômage partiel, etc.), aux salariés (congé pour raisons familiales, chômage partiel) et aux indépendants. Et quid de l’urgence climatique, que le vice-Premier ministre,  François Bausch  (Déi Gréng), ne manque pas de rappeler d’interview en interview depuis le printemps, et dont M. Bettel avait fait un des thèmes principaux de son précédent discours sur l’état de la Nation? Ou encore de la politique industrielle du pays au lendemain du fiasco Fage ? Le leadership politique de M. Bettel sera également observé, alors que la coalition DP-LSAP-Déi Gréng présente de plus en plus de fissures, en particulier entre les Verts et les rouges.

De fait, ce discours devrait logiquement donner l’orientation du projet de budget 2021, que déposera le ministre des Finances Pierre Gramegna mercredi matin. Outre la question gadget du packaging choisi pour la clé USB contenant le précieux document, et que M. Gramegna remettra en grande pompe au président de la Chambre Fernand Etgen (DP) et au rapporteur François Benoy (Déi Gréng), ce projet de budget est très attendu pour être le premier de l’ère post-Covid. Quel impact auront la crise sanitaire et les mesures d’aide aux ménages et à l’économie sur le prochain budget? La réforme fiscale sur laquelle les groupes de travail ont commencé à travailler se fera-t-elle? Une fiscalité verte est-elle à l’étude? Comment poursuivre les investissements, notamment dans les infrastructures, vantés par le gouvernement à chaque dépôt de budget? Comment ne pas augmenter les impôts, alors que les recettes de l’État ont pâti du confinement et de la difficile résilience de l’économie? M. Gramegna indiquait lundi qu’il manquait un mois de recettes dans les caisses publiques.

Impétrants et dossiers chauds

Autant de questions qui trouveront peut-être leur réponse dans le discours de M. Gramegna après l’assermentation de deux nouveaux députés, Fred Keup (ADR) et Jean-Paul Schaaf (CSV), qui reprendront les mandats de Gast Gibéryen (ADR) et Marco Schank (CSV), ayant souhaité se retirer de la vie politique nationale.

Deux discours majeurs pour commencer la session parlementaire, avant une série de dossiers chauds dans les prochains mois, de la réforme de l’aide à la presse aux suites de l’ affaire du casier bis , en passant par la réforme de la Cour grand-ducale , que le Premier ministre a en partie expédiée par arrêté grand-ducal. Sans oublier la réforme de la Constitution , dont le chapitre dédié à la justice doit être examiné par le Conseil d’État, ou encore le plan climat et la réforme du droit de la faillite – qui, pour le coup, ne devrait pas aboutir avant la fin de l’année.

Les partis de l’opposition donneront également le ton lors du débat sur le discours sur l’état de la Nation mercredi après-midi. Chaque fraction a précautionneusement préparé sa rentrée et aura à cœur de marquer les esprits.