POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Semaine de la mobilité

«Les communes doivent faire beaucoup plus d’efforts»



François Bausch  (Déi Gréng) estime que le Covid-19 a accentué le besoin d’une mobilité repensée telle qu’ambitionne de le faire le Plan national de mobilité 2035.  (Photo : Matic Zorman / Maison Moderne)

François Bausch  (Déi Gréng) estime que le Covid-19 a accentué le besoin d’une mobilité repensée telle qu’ambitionne de le faire le Plan national de mobilité 2035. (Photo : Matic Zorman / Maison Moderne)

De la crise du Covid au Plan national de mobilité 2035, François Bausch, vice-Premier ministre et ministre de la Mobilité et des Travaux publics, n’a pas perdu de vue son objectif de révolutionner les modes de transport. Ce qu’il explique, alors que la Semaine européenne de la mobilité débute ce mercredi. Première partie d’une interview en deux volets.

Il y a six mois, vous inauguriez la gratuité des transports publics . Le Covid-19 a-t-il gâché sa mise en place?

François Bausch. – «Nous avons eu un démarrage énorme et constaté une bonne dynamique, surtout autour du débat concernant le changement de paradigme dans la mobilité. Le Covid-19 nous a freinés, mais ne change rien à notre stratégie. Et au moment où les questions ‘normales’ reviennent à la surface, le débat a repris. Je suis encore invité à l’étranger pour l’évoquer, comme il y a quelques semaines à Berlin.

La mobilité reste-t-elle une priorité du gouvernement malgré la crise sanitaire?

«Bien sûr. Nous n’avons pas perdu trop de temps durant le confinement, hormis pour le tram, mais nous avons rattrapé notre retard pendant le congé collectif. Nous avons même pris de l’avance dans le Plan national de mobilité 2035: beaucoup de ressources étant disponibles, nous avons avancé plus vite dans la planification. Cela me réjouit parce que j’aimerais présenter ce plan à la fin 2021.

Il s’agit de la suite de Modu 2.0 , avec l’objectif d’anticiper les problèmes au lieu de courir après. Nous regardons comment le Luxembourg va se développer durant les 10 à 15 prochaines années et planifier la mobilité en amont.

Mon objectif est de présenter fin 2022 au moins deux lois de financement, afin qu’elles soient votées durant cette législature: celle dédiée au projet de couloir multimodal entre Esch-Belval et Luxembourg  en tram rapide , et celle concernant l’extension du tram jusqu’à la route d’Arlon . Peut-être arriverai-je même à soumettre deux lois supplémentaires à propos du deuxième tracé du tram au Kirchberg pour rattacher le nouveau quartier autour de RTL, et du tronçon du tram en direction de Hollerich et de Cessange.

Je rappelle que fin 2023, nous aurons déjà connu un saut qualitatif énorme au niveau des infrastructures et de la qualité de la mobilité avec l’extension de la première ligne du tram, l’agrandissement de la gare  de Luxembourg et le dédoublement de la ligne ferroviaire entre Bettembourg et Luxembourg.

Je vous parie que la renaissance du vélo jouera un grand rôle lors des prochaines élections communales.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre, ministre de la Mobilité et des Travaux publics

La crise du Covid-19 vous amène-t-elle à infléchir vos plans de mobilité?

«Elle va nous aider. Si on peut réduire la charge au niveau des déplacements individuels, la mobilité en général s’en trouvera améliorée. Et le fait d’arriver à 10-15% de télétravail va apporter des améliorations supplémentaires. Pour autant, il faut rester réaliste: la société ne passera pas à 100% en home office.

La leçon de la crise, pour moi, a été de démontrer qu’on peut prendre des mesures spectaculaires en un laps de temps très court pour des raisons de santé, sachant que nous sommes confrontés à un virus maîtrisable, contre lequel on pourra probablement trouver des médicaments ou un vaccin.

Ce n’est pas le cas de l’autre crise devant notre porte. Nous avons une fenêtre d’opportunité de 20 ans tout au plus, et encore, le phénomène d’auto-alimentation de la crise climatique est très dangereux. Il a fait 36°C en Sibérie cet été, provoquant le dégel du permafrost. Or, celui-ci emprisonne du méthane, 25 fois plus toxique que le CO2.

40% des émissions mondiales de CO2 proviennent du transport, et 70% de la population vivra dans de grands centres urbains en 2050, selon l’Onu. Il faut donc changer complètement l’organisation de l’espace urbain du point de vue de la mobilité. Nous allons révolutionner la mobilité dans les 20 à 30 prochaines années. Et les centres urbains les plus innovants seront gagnants.

Cette révolution passe-t-elle par le regain d’intérêt pour le vélo qu’on a pu constater déjà durant le confinement?

«La crise du Covid-19 a en effet aidé à la renaissance du vélo , mais il reste beaucoup à faire en termes d’infrastructures. J’inaugurerai, en octobre, 12 pistes cyclables nationales. Toutefois, les Communes doivent faire beaucoup plus d’efforts, surtout dans l’espace urbain. Elles sont en général beaucoup trop réticentes.

Mais le lobby du vélo grandit à la vitesse grand v et exercera une grande pression sur elles. Et je vous parie que la renaissance du vélo jouera un grand rôle lors des prochaines élections communales.

La ville pour la voiture, c’est une logique urbaine du siècle dernier.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre, ministre de la Mobilité et des Travaux publics

En attendez-vous davantage de la Ville de Luxembourg?

«Luxembourg doit faire le lien entre les quartiers et l’épine dorsale qui ira de Luxexpo à la Cloche d’Or. Cela demande du courage politique. Par exemple, il y a plein d’endroits où l’on pourrait définitivement supprimer les stationnements de surface. Je suis d’avis qu’au centre-ville, cela n’a aucun sens d’avoir des places en surface. Il y en a tellement en sous-sol que cela suffit largement à couvrir les besoins.

Avec le tram, nous redonnons l’espace public aux gens et nous donnons à la ville une chance inouïe de retrouver un espace public de centre-ville. Mais c’est le cas aussi à Esch-sur-Alzette ou à Dudelange: il faut comprendre que les gens veulent un espace urbain qui leur appartienne, de la place pour les aires de jeu et pour flâner dans une ville apaisée. La voiture doit être tolérée, mais pas une priorité. La ville pour la voiture, c’est une logique urbaine du siècle dernier.

Que faire de la sacro-sainte habitude de se garer au plus près du magasin où l’on veut aller?

«Justement, quand je suis à vélo, je peux m’arrêter là où je veux, devant la porte du magasin, et je n’ai jamais le souci de trouver une place. Je peux même m’arrêter pour discuter avec des amis que je rencontre. Je n’ai jamais de problème de trafic. Les jeunes sont beaucoup plus en phase avec cette logique – et même les générations plus âgées redécouvrent le vélo avec les pedelecs (vélo à assistance électrique, ndlr).

En cette rentrée des classes, craignez-vous une propagation du virus SARS-CoV-2 dans les bus scolaires?

«Jusqu’à présent, aucune étude n’a conclu à un risque d’infection particulièrement élevé dans les transports en commun lorsque tout le monde porte un masque. Nos craintes diminuent. Et de toute façon, il ne serait pas possible de faire circuler le double de bus.»

Retrouvez ici la seconde partie de cette interview.