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à la chambre

L’état de la Nation ne laisse pas indifférent



Le Premier ministre livrera son 6e discours sur l’état de la Nation à la Chambre. Jean-Claude Juncker a, quant à lui, assuré l’exercice à 19 reprises. (Photo: Anthony Dehez/Archives)

Le Premier ministre livrera son 6e discours sur l’état de la Nation à la Chambre. Jean-Claude Juncker a, quant à lui, assuré l’exercice à 19 reprises. (Photo: Anthony Dehez/Archives)

À l’occasion de la rentrée parlementaire, le Premier ministre tiendra à 14h30 son discours sur l’état de la Nation. Selon les uns ou les autres, les attentes peuvent être variées quant au contenu de cet état des lieux de la situation économique, financière et sociale du pays.

La rentrée parlementaire a lieu ce mardi à la Chambre, avec notamment la prestation de serment de la nouvelle députée Déi Gréng Semiray Ahmedova qui remplace Roberto Traversini. Le Premier ministre ouvrira la session au nom du Grand-Duc.

Pour la 6e fois,  Xavier Bettel (DP) tiendra aussi à 14h30, à la Chambre des députés, son discours sur l’état de la Nation. Encore loin du «record» de 19 allocutions du genre détenu par Jean-Claude Juncker  (CSV) pour un exercice qui avait été décrété par le libéral Gaston Thorn en 1974 .

Cette année, il sera donc prononcé à l’automne plutôt qu’au printemps, cela en raison de la tenue des élections voici un an et l’installation du 2e gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng en décembre. Les députés s’étaient donc accordés sur un report au 8 octobre.

Bilan, état des lieux, perspectives...

À la fois photographie de la situation économique, sociale et financière du pays, ce discours est souvent l’occasion de dresser un bilan des mois écoulés. Mais aussi d’évoquer les grands chantiers à venir, à court et moyen termes plutôt que sur le temps long. Il peut ainsi confirmer le cap donné par l’accord de coalition ou bien indiquer quelques grandes inflexions.

Il est certain qu’il ne laisse donc personne totalement indifférent et qu’évidemment, les attentes divergent grandement, que l’on soit dans l’opposition ou bien dans un parti de gouvernement. Frank Engel , le président du CSV, est d’ailleurs très sceptique quant à l’intérêt du fond du discours: «Je n’ai strictement aucune idée de ce qui va être dit, mais je ne m’attends pas à grand-chose.»

«Ce qui est assez logique, puisqu’on n’entend que peu de choses révolutionnaires de la part de ce gouvernement depuis presque un an. On va sans doute nous dire que la croissance se porte à merveille, que tout va bien dans ce pays, que les gens y vivent bien et s’y sentent bien», déclare-t-il.

Il est indispensable de réfléchir à notre capacité à nous positionner par rapport à la croissance.
Frank Engel

Frank Engel,  président,  CSV

Celui-ci doute donc que le Premier ministre osera aborder les sujets sensibles du moment, «et notamment celui des effets pervers de la croissance. On ne dira donc rien sur ce que l’on compte faire au niveau des infrastructures pour les milliers de frontaliers qui arrivent chaque année: 80.000 de plus en 6 ans. Il est pourtant indispensable de réfléchir à notre capacité à nous positionner par rapport à la croissance, et bien comprendre ce que continuer à ce rythme impliquera en ce qui concerne les infrastructures. C’est une question de survie. Je me souviens d’un débat où l’on évoquait voici peu, avec peur, la perspective de 700.000 résidents. [Aujourd’hui,] nous sommes à 630.000...»

Frank Engel est aussi dubitatif quant au fait qu’«on parlera du logement, un domaine totalement hors de contrôle dans notre pays où l’on voit des gens passer une nuit devant la porte de la SNHBM, ce qui démontre à quel point on est en détresse sur ce plan au Luxembourg. Mais néanmoins, la frange verte de ce gouvernement continue à dire qu’on n’augmentera pas le périmètre constructible.» Bref, il n’y aura, selon lui, sans doute rien à se mettre sous la dent en ce qui concerne «ce qui devrait avoir pourtant une priorité élevée».

Les jeunes attendent du concret. Le Premier ministre ne pourra donc pas ne pas évoquer des mesures à venir.
Djuna Bernard

Djuna Bernard,  députée et coprésidente,  Déi Gréng

À l’opposé, la députée et coprésidente de Déi Gréng, Djuna Bernard , estime pour sa part que les propos de Xavier Bettel mériteront d’être entendus. «J’attends des propositions sur le climat, savoir où on en est au niveau de nos engagements, mais aussi sur la prochaine réforme fiscale. Le gouvernement a beaucoup travaillé, mais il reste encore à faire. Le Premier ministre va donc dresser un état des lieux dans ces domaines», souligne-t-elle. Tout en attendant aussi des mots quant au domaine social (logement, salaires...).

Un état des lieux, mais aussi une projection dans les années futures: ce sera le cas, elle en est certaine. «Les jeunes attendent des réalisations, du concret. Le Premier ministre a dit les avoir entendus. Je pense qu’il ne pourra donc pas ne pas évoquer des mesures à venir», avance-t-elle encore. Avant d’indiquer ne pas craindre «les remarques et critiques de l’opposition, qui est dans son rôle. Mais ce que je veux, c’est du fond, pas des attaques contre les personnes.» 

Dans ce cas, même débattre de la croissance ne sera pas un tabou quand le moment sera venu. «La croissance, on en a besoin. Mais on peut évidemment discuter de la croissance que l’on souhaite et de ce qu’il faut faire pour l’accompagner, du Luxembourg on veut. Je serais contente qu’on en reparle, car cette croissance, oui, on l’a sans doute un peu oubliée ces deux dernières années», conclut-elle.