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La réforme de l’aide à la presse écrite adoptée par le gouvernement



Engagée dans une transition numérique qui rebat les cartes, la presse luxembourgeoise attend cette réforme. (Photo: Shutterstock)

Engagée dans une transition numérique qui rebat les cartes, la presse luxembourgeoise attend cette réforme. (Photo: Shutterstock)

Le conseil de gouvernement a adopté ce mercredi l’avant-projet de loi sur la réforme de l’aide à la presse écrite «en faveur du journalisme professionnel» et qui vise à intégrer les processus contemporains de production de l’information.

«Il s’agit d’un investissement dans le journalisme via la valorisation des journalistes, ce qui correspond à un véritable changement de paradigme. Aujourd’hui plus que jamais, le travail des journalistes est d’une importance cruciale pour lutter contre les phénomènes de mésinformation et désinformation et nourrir le débat critique. Or, les médias se voient actuellement confrontés à la fois à des défis économiques, sociaux et technologiques. Soutenir à long terme un paysage médiatique varié, pluraliste et indépendant relève d’un impératif pour tout État démocratique», a déclaré le Premier ministre et ministre des Communications et des Médias, Xavier Bettel (DP), dans un communiqué diffusé mercredi après-midi au sortir du conseil de gouvernement.

Les journalistes comme référence

Les ministres ont en effet adopté l’avant-projet de loi réformant le régime de l’aide à la presse écrite qui se basait sur, outre un montant fixe, le nombre de pages imprimées par les journaux. 

Compte tenu de la place grandissante du canal digital dans la production d’information, la réforme change d’optique pour prendre comme base le nombre de journalistes professionnels.

«Ce projet de loi reflète la volonté de modernisation du Luxembourg annoncée dès 2013 par le premier gouvernement de Xavier Bettel», rappelle Mike Koedinger , fondateur et executive chairman de Maison Moderne, l’éditeur de Paperjam. «Il mettra fin à la discrimination à l’égard des médias en ligne et il permettra à l’ensemble des entreprises médias de faire évoluer leur offre pour mieux répondre aux attentes des lecteurs. Ceux-ci consultent davantage l’information au quotidien sur leur mobile et se réservent du temps précieux le week-end pour lire la presse imprimée, qu’elle soit mensuelle ou hebdomadaire.»

L’aide réformée comprendra, d’une part, une subvention annuelle de 30.000 euros «par équivalent temps plein de journaliste professionnel-le lié-e à l’éditeur par un contrat à durée indéterminée et affecté-e à la production de contenu éditorial de la publication de presse», précise le gouvernement. D’autre part, un montant forfaitaire de 200.000 euros sera débloqué pour de l’aide à l’innovation.

«C’est aussi une belle reconnaissance pour le journalisme indépendant et de qualité de prendre comme critère le nombre de journalistes employés plutôt que le nombre d’articles produits», ajoute Mike Koedinger. «C’est favoriser la qualité au lieu de la quantité.»

Une arrivée à un moment crucial

L’aide se veut aussi élargie au-delà des trois langues du pays. Seront éligibles également les mensuels et publications gratuites. Le projet vise à encourager la transparence, la formation, l’éducation aux médias et l’accessibilité des personnes en situation de handicap.

«Ce projet a été élaboré en discussion avec l’ensemble des acteurs, tous impliqués dans des échanges avec le ministre des Médias depuis le printemps 2014», note Mike Koedinger. «L’industrie de l’information professionnelle, essentielle au maintien des démocraties, est en crise depuis au moins une dizaine d’années. Cette nouvelle loi pourrait venir à un moment crucial pour empêcher d’autres fermetures de quotidiens et d’hebdomadaires.»

Le régime prévoit également une aide pour les start-up qui ne sont pas encore éligibles au régime principal et une aide aux médias citoyens «reconnaissant leur fonction en tant qu’acteurs médiatiques et socioculturels complémentaires aux autres médias».

Un régime transitoire de cinq ans vise à permettre l’adaptation du nouveau cadre légal à chaque éditeur.

Le texte doit encore être avisé par le Conseil d’État et adopté par le Parlement.