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bilan parlementaire

Le CSV dénonce le «carpe diem» du gouvernement



Martine Hansen dresse un tableau au vitriol de l’action gouvernementale avant et pendant la crise du Covid-19, épinglant un «carpe diem» dommageable. (Photo : Romain Gamba / Maison Moderne)

Martine Hansen dresse un tableau au vitriol de l’action gouvernementale avant et pendant la crise du Covid-19, épinglant un «carpe diem» dommageable. (Photo : Romain Gamba / Maison Moderne)

La fraction chrétienne-sociale présentait lundi matin son bilan de l’année 2019-2020, marquée par la crise du Covid-19 mais surtout par le mépris du gouvernement à l’égard de l’opposition selon elle.

«Nous menons une opposition constructive, nous faisons des propositions, mais nous avons aussi le devoir de contrôler le gouvernement de manière critique», rappelle d’emblée la cheffe de fraction Martine Hansen devant la presse lors du traditionnel bilan parlementaire, organisé cette année sur la terrasse arborée du Youth Hostel à Clausen.

Agacée de voir les partis de la majorité répéter à l’envi que le CSV «ne propose rien», Mme Hansen a pris sa calculette. «396 questions parlementaires, 24 questions élargies, 14 heures d’actualité, 17 motions, 4 résolutions, 16 amendements et 11 propositions de loi», énonce Léon Gloden . «C’est plus que les partis de la coalition lorsqu’ils étaient dans l’opposition», lance Mme Hansen.

Logement, santé, climat, éducation, environnement… Autant de dossiers prioritaires sur lesquels le CSV a présenté ses propositions, «mais toutes ont été balayées par le gouvernement», déplore Mme Hansen. Notamment celle de densifier les constructions résidentielles et d’imposer un seuil de 60% de logements abordables face à la crise du logement. «Le gouvernement a tout simplement ignoré nos propositions», regrette Mme Hansen.

Côté santé, «carpe diem oblige, la priorité du gouvernement était plutôt la légalisation du cannabis avant la crise du Covid-19», tacle la députée. Tandis que le CSV a publié un paquet de propositions restées lettre morte, tout comme, plus récemment, son idée de verser une prime aux professionnels de santé en première ligne durant la première vague de la crise sanitaire.

L’opposition est réduite à une quantité négligeable.
Martine Hansen

Martine Hansen,  cheffe de fraction CSV

Même les propositions du CSV en matière de climat ont été rabrouées. «Ce qui est cocasse, c’est que même notre motion visant à rendre l’administration climatiquement neutre d’ici 2030», soit plus tôt que ce que prévoit le plan national environnement et climat, «a été refusée». «Y a-t-il vraiment des écologistes au gouvernement?», ironise-t-elle. «Nous notons une grande différence entre les prétentions de la coalition et la réalité.»

«Le gouvernement dit que nous n’apportons pas de propositions, mais elles sont toujours ignorées. Le risque est d’arriver à un dialogue de sourds entre le gouvernement et l’opposition, et ça n’est pas bon. Le gouvernement ne respecte pas la Chambre – et cela remonte à dès avant la crise du Covid-19 – et l’opposition est réduite à une quantité négligeable.»

Le CSV assure être dans son rôle de contrôle du gouvernement – et ne se prive pas de rappeler les casseroles de la coalition DP-LSAP-Déi Gréng de l’année écoulée: affaires de l’abri de jardin, du courriel de Corinne Cahen à Luxtram pour l’indemnisation des commerçants de la gare («les copains d’abord», raille Mme Hansen), du casier bis, du satellite d’observation militaire LuxeoSys…

Un nouvel emprunt dévoilé après coup aux députés

Quant à la gestion de la crise sanitaire, le CSV pointe les «incohérences» du gouvernement, dont la communication est passée «d’un extrême à l’autre, de ‘bleiw doheem’ à ‘d’Kris ass riwwer’» (de ‘restez à la maison’ à ‘la crise est terminée’, ndlr). Les rassemblements de plus de 10 personnes sont désormais soumis à des règles strictes… mais les activités de plein air pour les jeunes bénéficient de règles sanitaires suspendues dans les groupes de 50 jeunes et animateurs.

«Le Premier ministre a souvent une communication contre-productive», estime Mme Hansen. Le CSV peine également à avaler le faux-bond de Xavier Bettel concernant le discours sur l’état de la Nation. «Nous avons accepté de le reporter à cet été puisque nous étions en état de crise. Finalement il aura lieu en septembre…» Un détail qui témoigne encore de l’attitude «carpe diem» du gouvernement, ajoute Mme Hansen, alors que le pays «a besoin de clarté pour son avenir».

Le CSV épingle encore l’«intransparence» du ministre des Finances Pierre Gramegna, qui a informé après coup les commissions des finances et du budget d’un emprunt de 350 millions d’euros contracté par le biais de certificats de trésorerie et remboursable en décembre, apparemment pour payer certaines rémunérations et pensions de fonctionnaires. «Lorsque nous lui avons demandé de nous informer au préalable, il a dit qu’il allait réfléchir», s’indigne Gilles Roth, soulignant aussi le déficit record de 2,6 milliards d’euros en juillet qui ne s’explique pas seulement par la crise.

Le gouvernement n’a aucune influence au niveau européen.
Léon Gloden

Léon Gloden,  député CSV

«De bonnes mesures ont été annoncées au début de la crise, du chômage partiel aux aides pour les entreprises, mais beaucoup d’entre elles attendent toujours une réponse» de l’administration, ajoute M. Gloden, moquant la «hâte» des ministres à présenter leurs mesures devant la presse et s’insurgeant contre «la rhétorique insultante du vice-Premier ministre Dan Kersch envers les indépendants ».

Se disant «choqué» par les propos du ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP), indiquant attendre l’automne pour appréhender la suite des événements, M. Gloden estime qu’«il faut agir maintenant». Enfin, concernant le sort des frontières que certains voisins voudraient fermer aux résidents, «le gouvernement n’a aucune influence au niveau européen», dénonce-t-il, soulignant aussi «la complète absence de Mme Cahen», pourtant ministre à la Grande Région.