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gestion de la crise du covid-19

L’opposition tape du poing sur la table



Les quatre partis de l’opposition ont convoqué la presse dans la précipitation mercredi matin, sans oublier les mesures sanitaires d’usage. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Les quatre partis de l’opposition ont convoqué la presse dans la précipitation mercredi matin, sans oublier les mesures sanitaires d’usage. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Le CSV, Déi Lénk, l’ADR et le Parti pirate enjoignent le gouvernement d’informer la Chambre comme il en a l’obligation, qu’il s’agisse de l’évolution des infections au Covid-19 ou de l’engagement financier du Luxembourg dans le plan de relance européen.

Les quatre partis de l’opposition ont convoqué mercredi la presse pour une conférence improvisée alors que se tenait un conseil de gouvernement axé sur la crise du Covid-19 et, en particulier, la hausse inquiétante des infections ces dernières semaines.

«Le temps de la clarté et de la transparence est venu», tonne Martine Hansen , chef de fraction CSV à la Chambre. «Les chiffres sont tout simplement dramatiques, annonçant aussi des conséquences dramatiques pour le pays et les gens.»

Se plaignant déjà d’un manque d’information de la part du gouvernement durant l’état de crise, l’opposition à la Chambre avait boudé le vote des premières lois Covid-19 fin juin. À la veille de se prononcer sur la nouvelle loi Covid-19 , qui reprend les précédentes en étendant aux rassemblements privés l’obligation de respecter les mesures sanitaires, elle se rebiffe contre le dédain du gouvernement.

«Nous avons adopté la semaine dernière une motion demandant que nous recevions les statistiques, modélisations et simulations en même temps que le gouvernement, ne serait-ce que pour pouvoir évaluer les conséquences de la nouvelle loi Covid», souligne Mme Hansen. «Nous n’avons rien reçu.» Et le gouvernement fait la sourde oreille devant les questions parlementaires urgentes posées au sujet de la forte hausse des infections ou des conséquences de la campagne de dépistage à grande échelle.

C’est une faute du gouvernement que de ne pas nous donner les informations nous permettant de nous représenter à quel point la situation est dramatique.
Sven Clement

Sven Clement,  député Piratepartei

«L’opposition veut savoir où en sont les infections par rapport aux scenarii de l’Uni», complète Sven Clement (Pirates). « 100 infections hier , est-ce beaucoup ou pas? On ne peut pas le savoir sans le scénario.» Ce qui l’amène à la «question cruciale»: «Le premier pouvoir qui décide des lois ne peut pas se positionner. C’est une faute du gouvernement que de ne pas nous donner les informations nous permettant de nous représenter à quel point la situation est dramatique.» Surtout lorsqu’une étude de l’Uni , mise en ligne ce mercredi, évoque sérieusement la réalité d’une deuxième vague.

Combien des cas positifs sont asymptomatiques? Combien sont susceptibles de donner lieu à une hospitalisation? Et surtout, d’où viennent ces cas? Autant de questions auxquelles l’opposition veut des réponses. «Nous ne savons rien hormis les réponses orales approximatives du Premier ministre, ce qui nourrit les spéculations sur l’origine des infections: des rumeurs courent sur le fait qu’il s’agit de deux fêtes privées, alors que d’autres évoquent un cluster de personnes marginales dans le sud du pays», ajoute Marc Baum (Déi Lénk). «Le Premier ministre a parlé d’union nationale dès le début de la crise. Les partis s’y sont tenus. Mais pour prendre une décision raisonnable et proportionnée, ils ont besoin de chiffres.»

Gast Gibéryen (ADR) cite deux exemples de rétention d’information de la part du Premier ministre. «Le Premier ministre n’a pas informé la Chambre [mardi] de la décision de l’Allemagne de déclarer le Luxembourg pays à risque alors qu’il le savait depuis la veille. Et il y a deux semaines, les députés ont appris par un article du quotidien allemand Die Welt que le gouvernement s’était engagé à verser 3,4 milliards d’euros pour la relance de l’Europe – un engagement inédit – alors qu’il n’en a pas informé la Chambre.» Des faux pas qui menacent la «crédibilité» du pays selon lui.

Le Premier ministre Xavier Bettel (DP) et sa ministre de la Santé  Paulette Lenert (LSAP) se sont défendus contre ces accusations d’opacité et de rétention d’information lors de leur point presse à l’issue du conseil de gouvernement mercredi après-midi. «Le gouvernement n’a rien à cacher et nous communiquons tout ce que nous recevons comme informations, mais il y en a qui ne sont pas fiables et qu’il faut vérifier», assure M. Bettel.