POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Xavier Bettel devant la Chambre des députés

«Nous n’avons pas encore gagné»



Le Premier ministre a défendu sa stratégie de sortie de crise devant les députés. (Photo: Chambre des députés)

Le Premier ministre a défendu sa stratégie de sortie de crise devant les députés. (Photo: Chambre des députés)

La Chambre se réunissait vendredi après-midi pour la première fois au Cercle Cité pour une séance consacrée aux mesures prises pour contrer la crise du Covid-19, avec une déclaration du Premier ministre Xavier Bettel, qui a défendu le plan de sortie de crise du gouvernement.

Obligeamment mis à disposition par la Ville de Luxembourg – avec les remerciements appuyés du président de la Chambre Fernand Etgen (DP) à la bourgmestre Lydie Polfer (DP) –, le Cercle Cité accueillait vendredi la première séance de la Chambre , permettant de rassembler les 60 députés dans un même espace tout en respectant la distance requise de 2m entre chacun. Certains ont gardé leur masque de protection pour plus de sûreté.

À l’ordre du jour: une déclaration du Premier ministre et le vote de deux projets de loi prenant des mesures transitoires en raison de la crise sanitaire, à savoir la suspension des délais imposés aux partis politiques par la loi sur leur financement et le report du délai d’installation des compteurs de gaz dits intelligents. Les députés se pencheront samedi matin sur le régime de garanties d’État prévu pour épauler les entreprises en difficulté dans leur demande de nouveaux prêts pour surmonter leurs difficultés de trésorerie notamment. Il s’agit d’un élément du programme de stabilisation présenté le 25 mars dernier et étoffé depuis.

Nous devons analyser les effets de la première étape et de ces premières mesures. Et si le résultat est négatif, le calendrier s’allongera.
Xavier Bettel

Xavier Bettel,  Premier ministre

«La crise n’est pas terminée, elle n’a pas encore été surmontée», rappelle le Premier ministre Xavier Bettel (DP), alors qu’un vent de soulagement commence à souffler devant les courbes encourageantes de l’évolution de l’épidémie et la décision gouvernementale d’autoriser le redémarrage des chantiers et des travaux paysagers dès le lundi 20 avril. «Nous n’avons pas encore gagné.»

Soucieux d’une «collaboration institutionnelle constructive», M. Bettel a officiellement informé la Chambre des étapes de la stratégie de sortie de crise , pour l’instant étalées du 20 avril au 25 mai, avec la réouverture dès lundi des magasins de bricolage, des pépiniéristes et des centres de recyclage, puis le retour progressif des étudiants et lycéens sur les bancs des établissements avant un possible déverrouillage de l’école fondamentale, des crèches et maisons relais fin mai.

«C’est trop tôt pour certains, déjà tard pour d’autres», reconnaît M. Bettel. «Ce sont des étapes, mais avec des règles: le maintien d’une distance de 2m et la protection de la bouche . Le but est de garder un contact aussi réduit que possible. Nous devons analyser les effets de la première étape et de ces premières mesures. Et si le résultat est négatif, le calendrier s’allongera.»

Nous avons adopté ce matin le principe d’une nouvelle aide directe non remboursable pour les entreprises de 0 à 20 salariés.
Xavier Bettel

Xavier Bettel,  Premier ministre

Le Premier ministre assume de ne pas encore offrir de perspective datée pour la réouverture des commerces et de l’horeca, mettant en exergue le programme de stabilisation monté «en un temps record» pour atteindre 8,8 milliards d’euros. Un programme «monitoré en permanence et ajustable», insiste-t-il – le gouvernement se réunit en conseil deux fois par semaine depuis le début de la crise.

D’ailleurs, une nouvelle aide viendra s’ajouter à la panoplie existante . «Nous avons adopté ce matin le principe d’une nouvelle aide directe non remboursable pour les entreprises de 0 à 20 salariés selon deux critères: les entreprises doivent ne pas pouvoir rouvrir le 20 avril ou bien prouver une perte de 50% de leur chiffre d’affaires.» Cette aide de 5.000 euros sera «cumulable» à l’aide d’urgence du même montant annoncée fin mars aux microentreprises ayant dû fermer le 18 mars. Cette nouvelle aide coûtera 80 millions d’euros à l’État.

Aucune aide ne compensera le fonctionnement complet d’une entreprise.
Xavier Bettel

Xavier Bettel,  Premier ministre

Toutefois, le Premier ministre douche les espoirs de ceux qui demandaient plus. «Aucune aide ne compensera le fonctionnement complet d’une entreprise», précise-t-il.

Deuxième annonce, cette fois afin de pallier l’un des effets psychologiques du confinement. «Seules cinq personnes étaient autorisées à assister à un mariage civil ou un enterrement. Nous allons porter cette limite à 20 personnes.»

Le Premier ministre a ensuite défendu la nouvelle politique de prévention du gouvernement reposant sur la protection buccale comme geste barrière . Une protection obligatoire dans les transports en commun, les espaces publics et les commerces alimentaires . «Et il y aura une amende si vous n’en portez pas.»

Les 60 députés ont pris place dans le Cercle Cité. Chambre des députés

1 / 4

Le gouvernement s'est également plié à la règle des tables séparées de 2 mètres. Chambre des députés

2 / 4

La Ville de Luxembourg a mis le Cercle Cité à la disposition de la Chambre pour la troisième fois de son histoire. Chambre des députés

3 / 4

Paulette Lenert, ministre de la Santé, a défendu les choix sanitaires du gouvernement. Chambre des députés

4 / 4

Le CSV réclame une «communication claire et transparente»

Une protection que l’État s’engage à fournir à ses propres employés – la distribution sera pilotée la semaine prochaine par le ministère de la Fonction publique. «C’est une obligation pour les entreprises, les communes et l’État», souligne-t-il.

S’il se félicite en laissant la parole que cette crise ne soit pas «vue par la Chambre comme un sujet d’opposition mais comme une chance de prouver que nous pouvons travailler ensemble pour l’avenir de notre pays», l’opposition ne s’est pas privée de poser des questions et de mettre en exergue les bémols de cette stratégie de sortie de crise.

Martine Hansen (CSV) a ainsi réclamé une «communication claire et transparente» sur l’évolution de l’épidémie, mais aussi sur les critères de la constitution du comité ad hoc épaulant le gouvernement dans la définition de sa stratégie. «Pourquoi n’y a-t-il aucun représentant de la Chambre des métiers ou de la Fédération des artisans, ou de la CGFP, ou encore de la Chambre d’agriculture?» Avant de s’inquiéter du sort de l’horeca ou d’autres professionnels en détresse comme les coiffeurs.

Nous devons réfléchir à des solutions alternatives afin que les personnes vulnérables ne soient pas enfermées.
Georges Engel

Georges Engel,  chef de fraction LSAP

L’éducation a également été commentée par plusieurs députés dont la chef de fraction CSV, son homologue du DP Gilles Baum et Josée Lorsché (Déi Gréng). Entre compréhension de l’exercice d’équilibriste de la réouverture des écoles, prise en compte du danger sanitaire pour les enseignants et nécessité de ramener les élèves sur les bancs de l’école pour ne pas aggraver des inégalités sociales exacerbées par le confinement.

Georges Engel , chef de fraction LSAP, a aussi évoqué la problématique du confinement prolongé pour les personnes vulnérables, soulignant l’isolement douloureux des plus âgés en maisons de soins. «Nous devons réfléchir à des solutions alternatives afin que les personnes vulnérables ne soient pas enfermées. En Suisse, une maison de soins s’est dotée d’une salle équipée de vitres en plexiglas pour permettre les visites des proches, avec beaucoup de succès.»

Lenert et Meisch défendent leurs positions

Sven Clement (Piratepartei) a de son côté souhaité un recentrage de l’économie luxembourgeoise alors que la crise a mis en évidence que les data centers et la production de yaourts ne couvraient pas les besoins essentiels du pays, faisant allusion aux longs débats sur l’installation de Google et de Fage au Grand-Duché.

La ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), a enfin défendu la politique sanitaire du gouvernement et ses choix politiques en matière de déconfinement, rappelant qu’il «naviguait à vue» dans une crise inédite due à un virus encore peu connu. Plusieurs campagnes de test sont en cours, dont une dans le secteur de la construction portant sur 1.000 personnes. Une autre menée par le LIH vise à déceler l’immunité dans un échantillon de la population. Le ministre de l’Éducation nationale  Claude Meisch a également expliqué le raisonnement du gouvernement en matière d’éducation avant que le Premier ministre ne reprenne brièvement la parole pour contrer les critiques de l’opposition en matière d’ouverture de commerces notamment.