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soutien à l’économie

Un plan «inédit» et pragmatique en faveur des entreprises



Les ministres des Finances, de l’Économie et des Classes moyennes ont détaillé mercredi soir les mesures prévues par le «programme de stabilisation» de 8,8 milliards d’euros adopté par le gouvernement plus tôt dans la journée.

Avec «8,8 milliards d’euros, soit plus de 14% du PIB», comme le soulignait mercredi le Premier ministre Xavier Bettel  (DP), le gouvernement a manifestement voulu marquer un grand coup dans sa réponse aux effets dévastateurs de l’épidémie de Covid-19 sur l’économie du pays. Une «réponse massive» pour son ministre de l’Économie  Franz Fayot  (LSAP), un «paquet très ambitieux qui devra aider à maintenir les entreprises à flot dans une situation si difficile», renchérit le ministre des Finances, Pierre Gramegna  (DP). «Il faut faire en sorte qu’une fois l’épidémie terminée, nous puissions regarder vers l’avenir et faire des investissements.»

Rappelant les mesures déjà prises au niveau européen – 55  milliards d’euros de la Commission européenne pour les PME, 750 milliards d’euros d’obligations d’État rachetées par la Banque centrale européenne ou encore la «mise entre parenthèses du pacte de stabilité et de croissance en 2020» décidée par l’Eurogroupe –, M. Gramegna souligne que «le Luxembourg soutient tout ce qui vise à encourager la solidarité et à lutter contre la crise économique».

1,75 milliard d’euros de dépenses «immédiates»

Le gouvernement n’a donc pas hésité à «penser grand», comme l’y enjoignait il y a quelques jours le président de l’UEL,  Nicolas Buck . Et les chiffres égrainés par M. Gramegna donnent effectivement le tournis: 1,75 milliard d’euros de dépenses «immédiates», en comptant le chômage partiel (500 millions d’euros par mois), la loi de minimis modifiée (300 millions d’euros validés mardi par la Commission européenne ), l’extension du congé pour raisons familiales (200 millions d’euros par mois). Sans oublier les reports des impôts directs (1,25 milliard d’euros sur six mois), des cotisations sociales (3 milliards d’euros pour le premier semestre) et la flexibilité introduite pour le paiement de la TVA (300 millions d’euros), représentant un coût total de 4,55 milliards d’euros.

L’État s’engage également sur une série de mesures destinées à aider les entreprises à se financer. «Nous avons fait fonctionner le modèle luxembourgeois en faisant travailler le secteur public et le secteur privé ensemble», souligne M. Gramegna. Car les six banques «que tous les résidents connaissent», la BCEE, BGL BNP Paribas, la Bil, Raiffeisen, la Banque de Luxembourg et ING, ont joué le jeu et accepté de porter une partie du risque sur les garanties déployées par l’État, principalement à travers son bras financier, la Société nationale de crédit et d’investissement. «L’État va prendre en charge des garanties à hauteur de 2,5 milliards d’euros d’ici la fin de l’année», endossant 85% du risque, précise M. Gramegna. Et ce afin de laisser les entreprises respirer avec un moratoire de six mois sur leurs remboursements.

Ces efforts exigeront toutefois de l’État qu’il aille chercher des financements sur les marchés. «Il est prévu de demander l’autorisation à la Chambre des députés de pouvoir contracter des emprunts à hauteur de 3 milliards d’euros», poursuit le ministre des Finances.

Cette crise est celle des classes moyennes.
Lex Delles

Lex Delles,  ministre des Classes moyennes

«Cette crise est celle des classes moyennes», estime Lex Delles , ministre des Classes moyennes, au sein du ministère de l’Économie. «Le gouvernement vous écoute, et il est là pour vous.» Durement touchés par l’injonction de fermer, les commerçants mais aussi les artisans et les indépendants réclamaient des aides directes. Ces souhaits sont en partie exaucés puisqu’une indemnité forfaitaire d’urgence de 5.000 euros pourra être versée aux entreprises de moins de 10 salariés réalisant un chiffre d’affaires de plus de 15.000 euros par an et ayant dû fermer en vertu du règlement du 18 mars. Le jeune ministre promet un formulaire en ligne et un versement dans la quinzaine.

Promettant des «mesures non bureaucratiques et rapides», il détaille une deuxième aide destinée cette fois à un plus grand nombre d’entreprises: une subvention de capital sous forme d’avance remboursable. Une mesure qui n’aurait pu voir le jour sans la souplesse de la Commission et la suspension de certaines règles du droit de la concurrence dans le but d’aider les États à sortir au plus vite de la crise économique provoquée par la crise sanitaire du Covid-19.

Nous avons mis en place des instruments pour aider les entreprises qui n’ont jamais existé sous cette forme auparavant. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme.
Franz Fayot

Franz Fayot,  ministre de l’Économie

M. Delles a surtout lancé un «appel à la solidarité» afin que «tout un chacun», communes comme particuliers, paie rapidement ses factures dues aux entreprises et contribue ainsi à préserver leur trésorerie. Un appel élargi aux propriétaires de locaux commerciaux qui pourraient reporter les loyers dus – et ce alors que l’Union des propriétaires se refuse à accorder un geste aux entreprises locataires, du moins pour le moment. Le ministre de l’Économie n’a d’ailleurs pas manqué de commenter à ce propos qu’il était «choqué» par cette prise de position dénoncée par son parti, le LSAP, mercredi.

Franz Fayot a pour sa part souligné l’aspect «inédit» des mesures décidées par le gouvernement après consultation des fédérations professionnelles et des syndicats. «C’est une réponse massive à l’impact économique d’une crise sans précédent», poursuit-il. «Nous avons mis en place des instruments pour aider les entreprises qui n’ont jamais existé sous cette forme auparavant. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme.» En particulier pour la SNCI, une «banque d’investissement qui ne s’est jamais, dans son histoire, adressée directement aux entreprises».

La SNCI dans un nouveau rôle

La SNCI s’avère effectivement très sollicitée par le programme de stabilisation du gouvernement à travers trois instruments par lesquels elle garantit, soutient ou consolide des financements:

1. «Financement spécial anti-crise» ou FSAC: ce nouvel instrument permettra aux PME et grandes entreprises de couvrir des besoins de financement en relation avec la crise actuelle via des prêts indirects d’un montant entre 12.500 et 16 millions d’euros contractés auprès de la banque de l’entreprise avec le soutien de la SNCI (enveloppe dédiée: 400 millions d’euros);

2. Soutien de la SNCI aux mutualités de la Chambre des métiers et de la Chambre de commerce: celles-ci pourront recevoir un financement de cinq ans visant à élargir leurs garanties aux PME;

3. «Garanties PME»: la SNCI doit fournir, en collaboration avec les banques déjà actives dans le financement des entreprises, des garanties pour que les PME puissent obtenir de nouvelles lignes de fonds de roulement auprès des banques (enveloppe dédiée: 200 millions d’euros).

Toujours dans la lignée du «changement de paradigme» voulu par le gouvernement, les entreprises devant fermer pourront exceptionnellement recevoir une avance sur salaire pour les salariés placés au chômage partiel. Sachant que l’État prend en charge 80% du salaire et jusqu’à 2,5 fois le salaire social minimum.

Des mesures supplémentaires seront décidées si celles-ci s’avèrent insuffisantes.
Franz Fayot

Franz Fayot,  ministre de l’Économie

«La crise sanitaire change notre manière de travailler ensemble et de vivre ensemble», note M. Fayot. «Nous devons stabiliser les emplois et l’économie parallèlement à la santé. Personne ne peut être laissé sur le carreau.» Un retour à un discours rassurant alors qu’il avait estimé la semaine dernière ne pas pouvoir sauver toutes les entreprises. De surcroît, «des mesures supplémentaires seront décidées si celles-ci s’avèrent insuffisantes», assure-t-il. «Je promets de tout mettre en œuvre pour aider les personnes touchées de manière adéquate.»

Les ministres se sont montrés très prudents quant au sort de l’économie luxembourgeoise au sortir de la crise sanitaire. «Il s’agit d’abord de préserver le tissu économique, de faire en sorte que les entreprises passent la crise sans dommages», a insisté M. Fayot. «Si c’est possible, je suis confiant dans le fait que le rebond sera assez important une fois la crise passée.»

Une crise et aussi des dépenses qui pourraient entraver les plans du gouvernement engagé dans une réforme fiscale en profondeur. Le ministre des Finances a en tout cas jugé «prématuré» toute considération sur l’introduction ou non de cette réforme en 2020.

Le détail des mesures

Très attendu par les milieux économiques déjà meurtris par dix jours de crise sanitaire, le programme de stabilisation présenté mercredi joue la carte de la multiplicité avec 21 mesures – dont 8 nouvelles – déployées afin d’aider les entreprises à traverser un trou d’air de plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Le programme promet de remplir quatre objectifs majeurs et immédiats pour les entreprises: répondre aux besoins de liquidités immédiats, faire face aux difficultés de trésorerie, accéder plus facilement à l’emprunt et maintenir l’emploi.