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Taxer les gagnants de la crise

Taxe Covid: Dan Kersch donne des pistes de réflexion



Dan Kersch imagine une imposition supplémentaire de 5 à 10% en cas de bénéfice moyen 2015-2019 supérieur à 10% en comparaison à celui de 2020 à 2021. (Photo: Anthony Dehez/Maison Moderne)

Dan Kersch imagine une imposition supplémentaire de 5 à 10% en cas de bénéfice moyen 2015-2019 supérieur à 10% en comparaison à celui de 2020 à 2021. (Photo: Anthony Dehez/Maison Moderne)

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire persiste dans son idée de taxer les gagnants de la crise sanitaire. Invité sur les ondes de RTL, il a donné des précisions sur les éventuels contours de cette fameuse «taxe Covid».

Lors du congrès ordinaire du LSAP en mars dernier, Dan Kersch avait plaidé pour un impôt sélectif visant à taxer les «gagnants de la crise» . Obligé de mettre la main à la poche pour lutter contre la pandémie et soutenir l’économie, le gouvernement a dépensé entre 5 et 6 milliards d’euros, selon le ministre. Soucieux de ne pas faire payer ce coût aux ménages, aux entreprises et surtout aux jeunes et aux futures générations, le socialiste veut visiblement puiser dans les bénéfices des personnes ayant réussi à profiter de la crise sanitaire. D’autres parleront d’opportunités saisies au bon moment, ou encore d’une capacité à s’adapter aux situations difficiles. 

Toujours sur RTL, le ministre a donné un peu plus de précision sur les éventuels contours d’une «taxe Covid».  Le socialiste a expliqué que l’on pourrait se baser sur le bénéfice moyen des entreprises entre 2015 et 2019 et le comparer à celui de 2020 à 2021. En cas de bénéfice supérieur à 10%, le ministre imagine alors une imposition supplémentaire de 5 à 10%.

À première vue, il est assez simple de pointer du doigt les entreprises ayant surperformé au niveau comptable. Pêle-mêle, on peut rappeler la performance des Laboratoires Réunis qui, en 12 mois, ont vu leurs  revenus tripler à 100,7 millions d’euros, tandis que leur résultat publié est passé de 1,3 à 15,5 millions d’euros . Idem pour une entreprise comme Cargolux, qui a été un acteur de premier plan dans l’approvisionnement logistique en matériel médical. La compagnie aérienne a enregistré un bénéfice de 637 millions d’euros en 2020 contre 20 millions d’euros en 2019 .

Mais peut-on les qualifier de «gagnant» de la crise, alors qu’elles ont contribué à la lutte contre la pandémie et, dans une certaine mesure, à une chute moins lourde du PIB du pays? Pour rappel, la résilience économique des entreprises combinée aux aides de l’État a permis à l’emploi d’ augmenter de 2% au Luxembourg quand des millions d’emplois étaient détruits dans le reste de l’Europe.

Une taxe qui divise la coalition

Au sein du LSAP, Dan Kersch peut compter sur la ministre de l’Intérieur, Taina Bofferding , qui s’est récemment positionnée en faveur d’une telle mesure , ou encore sur  Georges Engel , président du groupe parlementaire LSAP, qui souhaite faire de cette idée le centre d’une discussion autour d’une imposition plus juste .

En revanche, Franz Fayot (LSAP), ministre de l’Économie,  s’est montré plus mesuré sur la question. «Une distinction doit être faite entre les entreprises qui ont innové, qui ont réussi à être agiles et ont bien tiré leur épingle du jeu en respectant les règles, et celles qui l’ont un peu moins fait. On a fait l’analogie avec les profits de guerre et l’imposition sur les profits de guerre. Mais il s’agit d’une discussion complexe, délicate, et je préfère de loin en avoir une plus fondamentale sur l’imposition des grandes fortunes, et en particulier sur le capital non productif. Car une distinction fondamentale existe, selon moi, entre les rentes perçues sur les propriétés et le travail productif ou le capital productif», avait souligné le ministre dans nos colonnes.

Par contre, l’idée a déjà été rejetée vigoureusement par le patronat . Elle divise également au sein de la coalition gouvernementale. Pour le DP et Corinne Cahen , l’idée d’une telle taxe n’est tout simplement pas à l’ordre du jour .  

Du côté des Verts, Djuna Bernard , coprésidente du parti déi Gréng, a joué la carte de l’apaisement en privilégiant une discussion entre les trois partis et une solution plus européenne que nationale en prônant une taxation des géants du numérique, autres grands gagnants de la crise.