POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

taxer les gagnants de la crise

Le patronat en front commun contre l’idée de Dan Kersch



Michel Reckinger, Jean-Paul Olinger, Carlo Thelen, Romain Schmit, Nicolas Henckes et Tom Wirion réagissent aux propos de Dan Kersch.  (Photomontage: Maison Moderne)

Michel Reckinger, Jean-Paul Olinger, Carlo Thelen, Romain Schmit, Nicolas Henckes et Tom Wirion réagissent aux propos de Dan Kersch.  (Photomontage: Maison Moderne)

Une annonce peu claire, difficilement applicable… L’impôt sur les entreprises «gagnantes» de la crise imaginé par Dan Kersch (LSAP) laisse les chambres et fédérations professionnelles perplexes. Elles prônent, à la place, l’investissement pour relancer l’économie après le Covid-19.

Taxer les entreprises ayant le plus profité de la crise sanitaire: une bonne idée? Émise par le ministre du Travail Dan Kersch (LSAP) lors du congrès ordinaire du LSAP, elle est loin de faire l’unanimité au niveau du patronat.

«Qui sont les gagnants de la crise? Les entreprises?», s’interroge Michel Reckinger, président de l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). Pour lui, ce sont surtout les particuliers qui «ne sont pas partis en vacances et ont beaucoup épargné». Il souligne également le manque de précision sur le montant de cet impôt, ou sur la manière de désigner une entreprise «gagnante». Son chiffre d’affaires? Sa rentabilité? Son secteur d’activité?

Privilégier l’investissement

«On peut discuter de tout», dit-il. Mais difficile pour lui d’argumenter sur des propos aussi imprécis, qu’il qualifie de «populisme pur et simple». «C’est une annonce, je ne sais pas si cela vaut le coup de s’y attarder. Un parti politique de gauche qui annonce une mesure de gauche, il n’y a rien de surprenant.»

Jean-Paul Olinger , directeur de l’UEL, ajoute: «Nous voulons tous accélérer la relance économique.» Pour lui, cela passera surtout par l’investissement. Dans trois domaines en priorité: «La digitalisation, la transformation écologique et les compétences.» Pour cela, il prône des incitations, pour les entreprises, comme pour les particuliers.

Est-ce que cela suffira? «Cette crise est différente des autres, ce n’est pas la confiance en la consommation qui est touchée», estime-t-il. Imaginant une bonne reprise, dès que tout sera de nouveau ouvert. Il rappelle que les propos du vice-Premier ministre ont été tenus dans un contexte politique, avec, en vue, les élections législatives de 2023.

«Show politique»

«Je trouve que le moment est mal choisi pour faire ce genre de proposition», commente, de son côté,  Tom Wirion , directeur général de la Chambre des métiers. Qui la replace, lui aussi, dans son contexte politique. «Je pourrais difficilement imaginer que le gouvernement réfléchisse dans ce sens.» Sur l’idée en elle-même, «ce n’est pas la bonne approche à avoir, si on veut sortir la tête haute».

«Les entreprises qui ont fait plus de bénéfices en 2020 vont de toute façon payer plus d’impôts», complète Romain Schmit , secrétaire général de la Fédération des artisans (FDA). Qui range cette annonce dans le domaine du «show politique». Et exprime ses doutes sur la possibilité de «faire de la fiscalité un outil de récompense ou de punition».

La vaccination pour relancer la consommation

À la Chambre de commerce, «nous sommes d’accord sur la nécessité de mettre en ordre les finances publiques», pour que cela ne se répercute pas sur les générations futures, et sur l’importance de  conserver le AAA . Concernant les moyens, «nous sommes complètement en désaccord», affirme Carlo Thelen , son CEO.

Il insiste, lui aussi, sur les questions toujours en suspens pour désigner une entreprise gagnante. Et prend l’exemple de celles qui ont écoulé plus de vélos pendant la crise. «Ce qu’elles ont vendu maintenant, elles ne le vendront plus dans un an.»

Concernant celles ayant produit masques ou gel hydroalcoolique, «ce sont des entreprises qui ont été à même de se mobiliser pour offrir les biens et services demandés». Amazon, qui a profité de l’essor de l’e-commerce, «paie des impôts et emploie beaucoup de personnes au Luxembourg». Pour rééquilibrer les finances publiques, il faudrait avant tout rediriger «l’épargne accumulée par les ménages dans l’économie». Et pour que cela se fasse au plus vite, «accélérer la campagne de vaccination».

Nicolas Henckes , directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC), se demande, en plus, comment distinguer une entreprise qui a bénéficié d’un effet d’aubaine du marché d’une entreprise qui a bien travaillé en 2020, sans effet Covid. «Pour moi, c’est une idée populiste et démagogique», lance-t-il. Qu’il place, aussi, dans un contexte politique.