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Covid-19

Ils abandonnent leur job dans l’horeca



L’horeca emploie 22.500 salariés au Luxembourg, selon sa fédération professionnelle. (Photo: Shutterstock)

L’horeca emploie 22.500 salariés au Luxembourg, selon sa fédération professionnelle. (Photo: Shutterstock)

Le contexte de crise sanitaire a poussé certains travailleurs de l’horeca à réorienter leur carrière face à un contexte d’incertitude ponctué de fermetures forcées.

Entre une fermeture forcée de deux mois et demi au printemps 2020 , puis de quatre mois et demi jusqu’à la réouverture des terrasses ce 7 avril , le secteur horeca est particulièrement affecté par les mesures sanitaires prises dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

Selon le Statec, l’horeca a vu ses effectifs fondre de 8,3% sur un an , ce qui en ferait le plus malmené en termes de ressources humaines devant l’industrie (-2%) et le commerce (-0,4%). Si des mesures de soutien existent, comme le chômage partiel , certains salariés ont préféré tourner les talons et se réorienter vers d’autres secteurs.

De serveuse à agent immobilier

C’est le cas d’Aurora, 23 ans, qui a remisé son tablier de serveuse dans un restaurant italien de la capitale pour un carnet d’adresses d’apporteur d’affaires dans l’immobilier, en attendant de suivre une formation d’agent immobilier.

Une décision survenue dans un concours de circonstances particulier: au début 2020, la jeune femme décide de partir travailler dans la restauration au Portugal. Mais une fois que la crise sanitaire éclate, elle revient en Grande Région juste avant que les frontières ne se ferment.

D’abord reconvertie dans la vente de smartphones, l’ancienne serveuse a ensuite pris goût à l’immobilier.

La restauration me manque un petit peu: on s’attache à ce mode de vie.

Aurora,  ancienne serveuse devenue apporteur d’affaires dans l’immobilier

«La restauration me manque un petit peu: on s’attache à ce mode de vie, c’est très intéressant parce que l’on rencontre plein de personnes», explique-t-elle aujourd’hui.

Dans l’immobilier, Aurora dit retrouver ce contact client qui lui est si cher, couplé à l’aspect de pouvoir les aider dans leurs recherches.

Deux cordes à son arc

Franck aussi a pris goût à son nouveau métier: cet ancien assistant manager dans une brasserie branchée de Luxembourg est devenu chef plaquiste. «La restauration, c’est mon plaisir. D’un côté, je regrette d’être parti. Mais de l’autre, j’ai gagné en qualité de vie, mon salaire est plus élevé, j’ai mes soirées, mes week-ends, mes jours fériés et je peux commencer à créer ma vie», détaille-t-il.

D’abord mis à l’arrêt forcé à l’entame du confinement du printemps, le Français âgé de 28 ans a mis un terme, en juin 2020, à 13 années de carrière dans la restauration, aussi bien en Suisse qu’au Canada, en France ou au Grand-Duché.

On m’a demandé d’attendre. Sauf qu’à un moment, il faut payer les factures.

Franck,  ancien assistant manager dans la restauration devenu chef plaquiste

«On m’a demandé d’attendre. Sauf qu’à un moment, il faut payer les factures. Et comme j’ai deux diplômes, dont un dans le bâtiment, je me suis reconverti dans le bâtiment», explique-t-il.

L’ancien responsable n’entend pas pour autant tourner le dos définitivement à la restauration: il reviendra, mais une fois que la crise sanitaire se conjuguera entièrement au passé, et cela, à son propre compte.

22.500 salariés au Luxembourg

Le phénomène est difficile sinon impossible à chiffrer au Luxembourg, mais en France par exemple, près de 100.000 professionnels de la restauration pourraient venir à manquer au moment de la réouverture du secteur, mi-mai, selon une estimation du journal Les Echos.

Incertitudes, manque de perspectives et poids des restrictions sanitaires pousseraient certains professionnels de la restauration à quitter le secteur. «Je ne vais pas vous dire que ce n’est pas le cas, mais nous avons de nombreux salariés qui sont contents d’être dans notre secteur», réagit François Koepp, secrétaire général de la Fédération Horesca.

L’activité occupe 22.500 salariés au Luxembourg, non sans difficulté en matière de recrutement, et cela, même avant la pandémie de Covid-19 de l’aveu de nombreux restaurateurs.

«C’est difficile d’avoir une perspective, on peut difficilement planifier les ouvertures et donc les recrutements», admet Alexandre De Toffol, entrepreneur dans la restauration en passe d’ouvrir un bar dans le centre de la capitale.

«Les offres d’emploi redémarrent doucement chez nous», reconnaît François Koepp, pour qui «on a un peu des problèmes pour recruter, mais c’est comme cela dans toute l’Europe».

Quels débouchés?

Reste à savoir où partent ces anciens de la restauration. Impossible de tirer une conclusion générale, mais parmi les grands gagnants de la crise sanitaire, figure la grande distribution, dont les rayons ont été dévalisés dès l’entame du confinement . Cactus observe ainsi un afflux de candidats en provenance de la restauration.

«Ces candidats sont très intéressants, car ils sont habitués aux contraintes horaires et ont le sens du service aux clients, ce qui représente pour nous un atout majeur», souligne son service des ressources humaines.

Le distributeur précise toutefois que le phénomène n’est pas nouveau, mais davantage prononcé qu’à l’accoutumée. Il faut dire qu’en l’absence de la moindre fermeture imposée et face à une population résidente croissante, la grande distribution conserve des attraits non négligeables.