ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Flambée des prix 

Énergie: la stratégie de l’État pour aider les industriels



L’État souhaite inciter et aider les industriels à investir dans des outils de production moins polluants et moins consommateurs en énergie.  (Photo: Shutterstock)

L’État souhaite inciter et aider les industriels à investir dans des outils de production moins polluants et moins consommateurs en énergie. (Photo: Shutterstock)

Subissant la hausse des prix de l’énergie, l’industrie luxembourgeoise commence à envisager des fermetures temporaires de sites de production. L’État propose d’aider les industriels à investir dans des solutions d’avenir.

Les prix de l’énergie continuent de flamber en Europe, et le Luxembourg n’y échappe pas. Et tout comme les  les ménages, les industriels commencent également à sérieusement s’inquiéter.

«Les entreprises industrielles sont doublement touchées, étant donné qu’à la crise énergétique actuelle vient s’ajouter la pénurie de matières premières. Cette situation, qui est essentiellement due à un déséquilibre dans la fourniture du marché global du gaz, impacte principalement l’industrie européenne», souligne la Fedil. Interrogée sur les conséquences de la hausse des prix sur ses membres, la Fédération des industriels luxembourgeois avoue qu’il est difficile de livrer des données statistiques «étant donné que les activités et stratégies de nos entreprises membres sont très variées».

Mais confirme que «les entreprises luxembourgeoises à forte intensité énergétique, les plus exposées, réagissent en optimisant leurs programmes de production pour éviter les pics de prix». C’est le cas d’une société comme ArcelorMittal , qui, fréquemment, optimise sa production en fonction des heures les moins coûteuses en énergie. «Toutefois, elles risquent d’être bientôt obligées de réagir en réduisant et/ou en fermant temporairement des usines», prévient la Fedil.

Attention au seuil de rentabilité des coûts de production

«De surcroît, les prix élevés prolongés sur les marchés spot se reflètent également dans les contrats futurs, ce qui indique que les prix ne culmineront pas avant le premier semestre de 2022. Par exemple, les contrats futurs sur l’électricité se négocient jusqu’à 30% au-dessus des prix spot actuels, alors qu’ils ont déjà quadruplé au cours des 10 derniers mois. Ceci est donc au détriment de la compétitivité des entreprises ne pouvant pas répercuter ces coûts supplémentaires sur les marchés internationaux», insiste la Fédération des industriels luxembourgeois, avant d’ajouter: «La plupart des entreprises, dont les produits ont tendance à être négociés sur les marchés internationaux, ne peuvent que répercuter sur leurs prix de vente les hausses de prix des matières premières, mais elles doivent absorber les coûts énergétiques plus élevés. Le prix de l’électricité toujours en hausse risque ainsi d’atteindre le seuil de rentabilité des coûts de production en fonction de l’évolution du prix du marché.»

La Fedil a formulé dans ce contexte des recommandations en faveur de mesures temporaires de soutien aux entreprises. Notamment neuf propositions pour faciliter la transition  industrielle. Mais plaide aussi «pour la mise en place d’instruments efficaces, et à court terme, pour soulager les entreprises.» Et appelle le gouvernement à agir: «Au niveau national, le gouvernement peut influencer le prix de l’énergie pour les utilisateurs finaux industriels en réduisant au minimum les composantes du prix induites par l’État, les frais de réseau, les surtaxes pour les énergies renouvelables et autres prélèvements.».

Un cadre légal et des outils

Mais du côté du gouvernement, la stratégie envisagée est autre. La piste privilégiée consiste à inciter et à aider les industriels à investir dans des outils de production moins polluants et moins consommateurs d’énergie. D’ailleurs, Franz Fayot  (LSAP), ministre de l’Économie, dispose déjà d’un cadre légal pour cela avec la mise en place, dans la situation de crise liée au Covid-19, d’une série d’aides spécifiques pour les entreprises qui ont investi malgré la situation économique difficile. Interrogé sur la question, le ministère indique que «la prolongation de ce régime est actuellement en discussion auprès de la Commission européenne. Nous attendons la décision des autorités européennes pour ensuite pouvoir adapter la législation nationale. L’État ne dispose cependant pas de régimes d’aide permettant de subventionner directement les frais d’énergie et alléger ainsi la facture énergétique des entreprises les plus impactées. Ce type d’aide au fonctionnement des entreprises est d’ailleurs, sauf revirement, toujours exclu par la Commission européenne.»

Le ministère de l’Économie a souligne également être «en contact avec les entreprises industrielles afin de disposer d’informations fiables et pertinentes quant à l’impact réel de ce phénomène sur leur approvisionnement et les difficultés financières qui y sont liées».

De plus, la situation est différente d’une entreprise à un autre. Certaines ont anticipé la hausse des prix, d’autres n’ont pas pu le faire, alors qu’une troisième catégorie a déjà investi pour faire baisser la facture énergétique. «La situation diverge notamment en fonction des contrats d’approvisionnement auxquels ces sociétés sont liées. Certaines entreprises achètent à court terme sur les marchés et sont dès lors pleinement impactées, alors que d’autres bénéficient de contrats à long terme et sont ainsi moins exposées aux fluctuations des prix du gaz», précise le ministère de l’Économie.

Claude Turmes (déi Gréng), ministre de l’Énergie, a participé également à la réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie des États membres de l’UE qui a lieu à Luxembourg. Les États membres ne sont pas tous sur la même longueur d’onde , entre, d’un côté, des pays, dont la France et l’Espagne, qui veulent une réforme profonde du marché de l’énergie en Europe , et, de l’autre, l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Luxembourg, qui plaident pour une utilisation des outils européens déjà en place pour contrer la flambée des prix tout en misant sur une transition énergétique plus efficace.

Les pays européens au chevet des ménages 

Face à la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement a décidé d’augmenter l’allocation vie chère à 200 euros pour donner un coup de pouce aux ménages les plus faibles, à partir du 1er janvier 2022. En attendant, la facture énergétique continue de grimper. Pour rappel, les ménages au Luxembourg subissent, en plus d’un poids toujours plus lourd du coût du logement, des pressions sur leur budget. Le taux de risque de pauvreté est de 17,5% et connaît une forte progression (+4,8% sur un an) à court et long terme.

Dans d’autres pays, comme la France et la Belgique, les gouvernements ont décidé d’agir immédiatement. Dans l’Hexagone, les personnes touchant moins de 2.000 euros par mois vont percevoir un chèque de 100 euros. Pour une aide totale de 3,8 milliards d’euros distribués à 38 millions de Français. En Belgique, le gouvernement a décidé d’étendre jusqu’en mars prochain un tarif social énergie aux ménages les plus faibles, en plus d’un chèque énergie de 80 euros.

Outre-Manche, le Royaume-Uni a débloqué un fonds d’urgence de 500 millions de livres pour aider les plus précaires. En Pologne, le gouvernement a prévu d’aider un foyer sur cinq, pour un montant total de 1,1 milliard d’euros en 2022. L’Italie a budgété, en septembre dernier, 3 milliards d’euros pour aider les plus précaires face à la hausse de la facture énergétique.

En Allemagne, il a été décidé de baisser les taxes de près de moitié sur la redevance sur les énergies renouvelables payée par l’ensemble des consommateurs. Pour rappel, la Commission européenne a récemment publié une série de recommandations et de leviers pour les pays, donc la possibilité de baisser les taxes, afin de contrer temporairement l’augmentation des prix. Le gouvernement tchèque a d’ailleurs purement et simplement supprimé la TVA sur l’électricité et le gaz pour les mois de novembre et décembre. L’Espagne a également baissé temporairement la TVA sur l’électricité.