POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

Sommet de Carbis Bay

Climat, Covid, Brexit, Chine, Russie: le bilan du G7



Cela faisait deux ans que les membres du G7 ne s’étaient pas réunis physiquement dans ce cadre. (Photo: Twitter)

Cela faisait deux ans que les membres du G7 ne s’étaient pas réunis physiquement dans ce cadre. (Photo: Twitter)

Le G7 organisé à Carbis Bay, en Cornouailles, s’est achevé dimanche. Premier sommet en présence de Joe Biden, il a permis aux principaux chefs d’État de se revoir physiquement et d’aborder quelques dossiers épineux du moment.

Le sommet du G7 organisé à Carbis Bay, et auquel étaient invités Corée du Sud, Australie et Afrique du Sud, s’est achevé dimanche après plusieurs journées de «discussions intenses» entre les dirigeants mondiaux des pays les plus «industrialisés et les plus puissants de la planète». Une rencontre qui avait, par certains aspects, des airs de grande première.

Première, car c’était bien là la première venue de Joe Biden en tant que président des États-Unis. Première, car il s’agissait aussi d’évoquer l’ère post-Brexit. Première, car le G7 devait aussi prendre des décisions quant à la riposte à encore organiser face au Covid. Presque première, car cela faisait presque deux ans que ces élites n’avaient pas pu se rencontrer physiquement.

Les réunions ont été vécues à un rythme soutenu, indiquent plusieurs médias. Notamment avec des échanges individuels ou via des groupes de travail entre les équipes qui accompagnaient chaque chef d’État. Il est vrai que plusieurs dossiers sensibles devaient être évoqués.

Faire face à Pékin et Moscou

Face aux défis que présentent Pékin et Moscou, Joe Biden a justement tenu à fédérer le G7. Ni la Chine ni la Russie ne sont plus invitées lors de ces réunions. Et ces dernières n’en pensent que du mal. Yang Jiechi, le plus haut responsable diplomatique du Parti communiste chinois (PCC), a ainsi indiqué que, selon lui, le vrai multilatéralisme «est celui qui traite tout le monde d’égal à égal et promeut une coopération mutuellement bénéfique. Pas le pseudo-multilatéralisme basé sur les intérêts de cliques et sur une politique des blocs.»

Cela n’a pas empêché le G7 de lancer son plan «Reconstruire le monde en mieux», qui veut aider les pays les plus défavorisés à construire des infrastructures afin de concurrencer les «nouvelles routes de la soie» mises en place par Pékin, en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. En ciblant le climat, la santé, le numérique et la lutte contre les inégalités.

«Nous savons qu’il y a un énorme besoin d’infrastructures en Afrique (…). Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que la Chine s’en chargera», a martelé la chancelière allemande Angela Merkel.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est félicitée de cette unité plus solide encore.

Par ailleurs, le G7 a appelé la Chine à respecter les droits humains, et la Russie à cesser ses manœuvres déstabilisatrices.

Faire face à la pandémie

Un plan de bataille qualifié d’historique a aussi été avalisé pour faire face aux futures pandémies, traduit dans la Déclaration de Carbis Bay. L’ambition, en développant plus vite des méthodes de diagnostic et de vaccination, est désormais de faire face à une pandémie de manière efficace en moins de 100 jours.

Les partenaires du G7 devraient aussi fournir 1 milliard de doses de vaccin aux pays les plus démunis d’ici fin 2022. Ce qui devrait aider à atteindre le but de l’OMS: voir une population mondiale vaccinée à 70% l’an prochain. Ce dont doutent de très nombreuses ONG, dont Oxfam, qui estiment que 11 milliards de doses seraient nécessaires.

Les cadors du G7 ont en tout cas vu dans ce don aux pays tiers une belle occasion d’attirer la lumière sur eux. Joe Biden a été le premier à le faire, annonçant que les USA allaient offrir 500 millions de doses. Boris Johnson, Premier ministre britannique, a embrayé de suite avec un don de 100 millions de la part de son pays. Emmanuel Macron, le président français, a vu dans l’annonce des USA «une super nouvelle. Mais si c’est pour le milieu de l’an prochain, ce n’est déjà pas la même chose.» Une manière de rappeler que les USA et d’autres pays du G7 bloquaient les exportations de vaccins et de composants, ce qui «bloque la production dans d’autres pays et parfois bloque la production dans des pays à revenu intermédiaire, essentiel pour la production de vaccins à destination des pays les plus pauvres.»

Un accord a donc finalement pu être trouvé.

On notera aussi qu’Emmanuel Macron a fait évoluer sa position sur les brevets des vaccins, se montrant ouvert à une dérogation temporaire sur la propriété intellectuelle.

Enfin, demande a été faite qu’une enquête menée par des experts fasse la lumière, en Chine, sur les origines de la pandémie.

Faire face au défi climatique

Autre sujet brûlant: le climat. L’objectif est de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Pour atteindre cet objectif, les dirigeants du G7 souhaitent une réduction de moitié, environ, de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Les centrales à charbon sont dans le viseur des dirigeants du G7, et notamment les centrales alimentées par cette énergie fossile, la plus polluante, sauf si des mesures de compensation environnementale sont proposées. Les aides publiques seront arrêtées dès cette année. Dès lors, 2 milliards pourraient être mis à disposition des pays les moins nantis pour assurer leur transition énergétique verte.

Les contributions du G7 augmenteront pour atteindre l’objectif des pays développés de financer à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici 2025 les politiques climatiques des pays pauvres.

Faire face à la question nord-irlandaise

Le Brexit s’est aussi invité lors de ce G7, créant quelques tensions, notamment samedi. Pour les Européens, l’accord passé doit être scrupuleusement respecté. Pour les Britanniques, le pragmatisme doit prévaloir, entre autres en ce qui concerne l’Irlande du Nord.

Les premiers estiment que, pour des raisons de politique intérieure, les seconds ne respectent pas le protocole nord-irlandais, mettant en danger les équilibres trouvés et risquant de voir réapparaître une frontière avec la République d’Irlande. Les seconds rappellent que les accords de paix du Vendredi saint priment sur le reste, comme l’a signifié Boris Johnson après une entrevue avec Emmanuel Macron, Angela Merkel, Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen, Charles Michel. Sur Sky News, le Premier ministre britannique a indiqué que son pays n’hésitera d’ailleurs pas à passer outre l’accord du Brexit.

Les équipes de négociateurs des deux camps avaient échoué à assouplir les positions deux jours avant le début du G7. Les chefs d’État n’y sont pas parvenus non plus.

Selon le Times et le Telegraph, un échange entre Boris Johnson et Emmanuel Macron aurait même été très vif. Au point de plonger le Britannique dans une terrible colère.