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François bausch (ministre de la Mobilité)

«10 ans en tant que ministre, c’est assez»



François Bausch n’a pas toujours eu le sourire en 2019. Mais reste optimiste pour l’année à venir. (Photo: Matic Zorman/archives)

François Bausch n’a pas toujours eu le sourire en 2019. Mais reste optimiste pour l’année à venir. (Photo: Matic Zorman/archives)

L’année 2019 n’aura pas été des plus sereines pour le ministre de la Mobilité, des Travaux publics et de la Défense, François Bausch. D’autant que son parti, Déi Gréng, a aussi été rudement éprouvé. Il est convaincu que les difficultés auront rendu Déi Gréng plus fort.

Comment qualifier cette année 2019 en ce qui concerne les chantiers et votre portefeuille de ministre de la Mobilité et des Travaux publics?

François Bausch .– «Ce fut une année difficile, comme cela était prévu, car nous savions qu’il y aurait beaucoup de chantiers en cours. Mais d’un autre côté, il faut constater que ce qui a été prévu a été entamé, et que ce qui a été entamé avance bien.

2020 sera donc plus sereine?

«Ce sera en tout cas une année plus plaisante car beaucoup de projets vont encore avancer et des phases importantes se terminer. En décembre, le tram sera à la gare, le 5e quai offrira de nouvelles possibilités, le pont Büchler entrera dans sa seconde phase… Mais l’année principale sera pour moi 2023 avec le tram à la Cloche d’Or, le doublement de la voie vers Bettembourg et le 6e quai de la gare.

En ce qui concerne la mobilité, certains pointent un manque de P+R.

«On va passer de 13.000 à 27.000 places d’ici à 2025! Il y aura un P+R à la Cloche d’Or, à la gare de Rodange, à Wasserbillig, Mersch… Bref, on couvre au mieux le territoire. J’ai encore eu récemment une réunion à Thionville puisqu’on va financer un P+R le long de l’autoroute, tout comme on le fera à Longwy.

Tous ces projets vont se terminer en 2024, 2025 et 2026. Reste la Belgique et le P+R de Viville . J’entends qu’on le fera quand la ligne de train 162 sera modernisée. Ce qui est certain, c’est qu’il faut le faire! Mais il est compliqué de discuter avec un gouvernement en affaires courantes, comme c’est le cas en Belgique depuis de longs mois.

Avenue de la Liberté, le plus dur est fait.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre

Les commerçants du quartier Gare à Luxembourg sont mécontents. Vous le comprenez?

«Je comprends leurs doléances. Luxtram a mis en place un comité d’indemnisation . Mais je constate que certains qui ont rentré un dossier ont ouvert en 2017. Ceux-là devaient tout de même savoir que des travaux lourds auraient lieu, mais ils sont tout de même venus s’y installer. La situation de ceux qui sont là depuis longtemps est évidemment différente.

Un chantier de ce genre reste toujours compliqué. Mais le plus dur est passé: déplacer tout ce qui était dans le sol. Il faut savoir que même s’il n’y avait pas eu le chantier du tram, des travaux de renouvellement des tuyaux et câbles auraient dû avoir lieu. Je le répète: avenue de la Liberté, le plus dur est fait, il reste encore le parvis de la gare où ce sera encore un peu compliqué.

A-t-on assez prêté attention aux commerçants?

«La Ville a tout de même pris plusieurs initiatives. Un chantier, peu importe ce que l’on fait, est toujours un désagrément. Mais une fois que ce sera fini, ce sera bien. Je suis même plus inquiet pour les commerçants une fois que tout sera terminé que maintenant.

Quand tout sera neuf, ce quartier aura un nouvel attrait. On peut se demander si les loyers n’auront pas alors tendance à augmenter, si la pression ne sera pas plus forte sur les baux.

Qu’avez-vous pensé du mail de la ministre  Corinne Cahen  (DP), envoyé en avril dernier à l’UCVL dans le cadre de ce chantier?

«Elle a reconnu l’erreur de l’envoi depuis son mail du ministère et le comité d’éthique a rendu un avis . Mais je la comprends dans le sens où c’est une personne qui a un intérêt pour le commerce, les commerçants… (elle est elle-même propriétaire du magasin Chaussures Léon, ndlr). Je préfère de toute façon une personne qui se soucie de cela à une personne qui n’en a rien à faire du tout.

Comment se passe la collaboration entre votre ministère et la Ville?

«Très bien. Nous avons des réunions régulières de coordination, toutes les cinq semaines, cela par volonté d’efficacité. Un projet ne peut réussir que si tout le monde s’engage à fond. Le tram en est la preuve. Ce qu’on a fait en quatre ans, en partant de rien, cela ne se voit nulle part ailleurs. On a un peu tendance à l’oublier.

Cette dynamique est sans doute aussi liée à la personnalité du directeur de Luxtram, Monsieur Von der Marck, qui ne manque pas de caractère, mais qui était sans aucun doute la bonne personne pour cela.

Face aux événements délicats, la solidarité a été très forte au sein de Déi Gréng et avec nos partenaires de gouvernement.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre

Vous êtes depuis quelques mois devenu vice-Premier ministre...

«Ce n’était évidemment pas prévu à mon agenda et dû à un réel malheur ( le malaise cardiaque de Felix Braz , ndlr). Je voulais me concentrer sur mes ministères, mais je n’ai pas eu trop le choix . Il y a eu beaucoup de solidarité en interne.

Quel regard jetez-vous sur cette période? Outre le problème de santé de Felix Braz, il y a aussi eu des attaques envers Carole Dieschbourg et le dossier Traversini...

«Ce fut très dur, nous avons tous été très choqués... Mais dans l’ensemble, on a bien géré. Le seul bémol est que Carole a sans doute communiqué trop tard . J’ai été déçu par Roberto Traversini, qui a fini par avouer à la fin. Et il en a tiré les conclusions et a démissionné . Il n’y a pas eu besoin de faire pression.

C’est dans la difficulté que l’on reconnaît ses amis?

«La solidarité a été très forte en interne. Et il n’y a jamais eu le moindre problème avec nos partenaires de coalition. Quand les inquiétudes étaient grandes pour Felix, Xavier Bettel  (Premier ministre, DP, ndlr) m’appelait presque tous les jours. Pour le reste, ce que Michel Wolter (député CSV qui a mené les attaques dans le cadre de l’affaire Traversini, ndlr) a fait n’était pas correct. Personne ne devrait essayer de profiter ainsi de telles circonstances.

Le dossier dit du «casier bis» a aussi animé cette année...

« Cela a en effet pris beaucoup de temps. Au départ, j’ai découvert ce dossier et j’ai peut-être sous-estimé le problème, pas vu qu’il était majeur. On a demandé une étude de l’Inspection générale de la police car on veut être exemplaire à tous points de vue.

L’opposition a mis trop de pression?

«C’est son rôle. J’y ai été longtemps, j’ai fait de même et ce serait un peu étrange que je critique leur manière de procéder. Néanmoins, il faut aussi savoir faire la part des choses et ne pas exagérer de manière systématique. Il y a tout de même des fonctions nécessaires au bon fonctionnement de l’État et à la sécurité, et on ne peut tout détricoter.

Je suis convaincu qu’il faudra recruter à nouveau des non-Luxembourgeois dans la fonction publique.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre

L’armée connaît aussi une fin d’année agitée avec le dossier Schleck?

« Ma position est connue: je suis pour les libertés syndicales, mais elles ne peuvent être le garant de choisir ce qu’on veut faire et où le faire. L’armée doit fonctionner et il y a une hiérarchie. 

Vous avez annoncé des recrutements dans la police et l’armée. Mais cela sera-t-il possible?

«Il faut donner une chance au succès. Mais sans recruter, cela ne marchera pas. Comme il faut être Luxembourgeois, le réservoir est limité. Cela se voit en ce qui concerne la police, l’armée mais aussi d’autres corps de l’État.

Faut-il ouvrir à nouveau la fonction publique aux non-Luxembourgeois?

«Je suis d’avis que sans cela, on ne saura plus recruter. Ce ne sera pas possible dans tous les services. Et il faudra des critères, comme réserver le recrutement à des expatriés installés au Luxembourg depuis un certain nombre d’années. Les syndicats sont opposés à cela… mais sont d’accord quant au fait qu’il faut renforcer la fonction publique et les services régaliens. 

2023 sera une année électorale, avec François Bausch comme candidat ministre?

«Je reste sur ce que j’ai déjà dit: 10 ans, c’est assez en tant que ministre.

Vous partirez avec le sentiment du devoir accompli?

«Mon aspiration a toujours été double. Tout d’abord, je n’ai jamais voulu quitter mon parti, comme certains, en disant: après moi, le déluge. J’ai voulu faire de Déi Gréng un parti important, mais aussi que la succession soit prête. Ensuite, j’ai toujours voulu contribuer à avoir plus de femmes dans nos organes, de mettre en avant les femmes talentueuses… Je pense que chez Déi Gréng, on a réussi cela. On a maintenant neuf députés dont cinq femmes, une coprésidente, 40% de nos élus communaux sont des élues…

Que pensez-vous des quotas?

«Ils ne sont pas suffisants. Il faut aussi une vraie volonté politique. Je pense qu’au sein de Déi Gréng, on a démontré qu’elle existait.»