POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

covid-19

Le jeu délicat des arbitrages en temps de crise



La ministre de la Santé et le Premier ministre ont été très vigilants quant aux éléments de langage utilisés. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

La ministre de la Santé et le Premier ministre ont été très vigilants quant aux éléments de langage utilisés. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Le gouvernement a décidé de «relâcher» certaines mesures mises en place en décembre pour tenter de freiner la pandémie de Covid-19. Mais d’autres sont maintenues. Des arbitrages délicats ont été effectués en conseil de gouvernement, alors que la situation peut encore évoluer à tout moment.

Pas question de parler d’un déconfinement total, «le mois de janvier n’est pas le moment pour y procéder». Mais bien de choix effectués pour «tenter de se rapprocher d’une vie normale». Mardi, les éléments de langage utilisés par le Premier ministre Xavier Bettel  (DP) et la ministre de la Santé Paulette Lenert  (LSAP) pour évoquer les décisions du conseil de gouvernement  ont fait l’objet d’un soin méticuleux.

Car les arbitrages ont été délicats à faire, et chacun se doutait qu’ils seraient délicats à justifier. Et s’il a été de bon ton de répéter qu’ils avaient été pris de manière unanime, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu débat à leur sujet. Au point que Xavier Bettel a confessé que «le plus simple aurait été de tout fermer, mais parfois, pour trouver un équilibre, il faut en payer le prix».

Trouver le bon cap est en effet plus que complexe, alors que le Royaume-Uni se reconfine, que l’Allemagne va durcir ses mesures, que la Belgique va prolonger les siennes, que la France regarde avec inquiétude la situation se dégrader dans le Grand Est…

Vague brisée, mais situation mitigée

Au Luxembourg, les chiffres de la pandémie sont en baisse. «Inférieurs à ceux de début décembre», a indiqué Xavier Bettel. Le taux de positivité de la semaine passée a baissé, à 3,06%, «pour être plus ou moins dans la moyenne européenne». Dans les hôpitaux, moins de lits sont occupés par des patients Covid: «50% de moins», souligne même le Premier ministre. Dans les eaux usées, le virus est aussi moins présent.

Mais la lucidité pousse aussi à constater que les tests ont été moins nombreux ces dernières semaines, les effets des réunions de famille et des voyages à l’étranger durant les congés ne sont pas encore connus, la mutation britannique du virus est bien présente dans le pays et se propage bien plus vite que ce qui était attendu…

La vague pandémique «a été brisée», mais la situation «reste mitigée» et, surtout, très incertaine. Difficile donc de savoir exactement vers quoi ou vers où on se dirige, et quelles décisions prendre. D’ailleurs, le gouvernement a prévu une sortie de secours et indiqué qu’il réagira de suite «si on ne va pas dans la bonne direction», et cela même, si nécessaire, avant que le nouveau projet de loi ne soit voté, sans doute vendredi ou samedi.

Les chiffres de la santé mentale se dégradent

L’option a néanmoins été d’assouplir certaines dispositions, avant de refaire une évaluation à la fin du mois de janvier. Car, si les chiffres de la santé physique s’améliorent, ceux de l a santé mentale se dégradent, notamment chez les jeunes . Mais dans d’autres catégories de la population aussi, selon les professionnels de terrain . La réouverture des écoles dès lundi prochain, la reprise des activités sportives sous conditions, la possibilité pour les magasins non essentiels d’à nouveau ouvrir leurs portes, le feu vert donné aux lieux de culture, le couvre-feu décalé à 23h au lieu de 21h… doivent aider à inverser la tendance.

Même si le télétravail reste fortement recommandé partout où cela est possible et que le secteur horeca ne peut reprendre ses activités. Les rassemblements dans la sphère privée et dans le domaine public restent aussi limités, tels qu’ils le sont depuis quelques semaines. Le danger est «là où les gestes barrières sont plus difficiles à respecter».

Les mesures maintenues:

- Une famille ne pourra donc toujours recevoir que deux autres personnes faisant partie d’un même ménage sous son toit;

- Le secteur de l’horeca restera fermé;

- Le télétravail reste d’application partout où cela est possible;

- Les rassemblements publics seront toujours limités à 4 personnes. Au-delà de 4 personnes, le port du masque et le respect d’une distance de 2 mètres sont obligatoires;

- La vente d’alcool sur la voie publique reste interdite.

Les mesures modifiées:

Les commerces non essentiels vont pouvoir à nouveau ouvrir, sous des conditions très strictes: 2 clients au plus dans les petits commerces, et 1 client pour 10m² dans les plus grands;

- Les écoles vont rouvrir leurs portes dès lundi. Le congé pour raisons familiales ne sera donc plus valable;

- Le secteur de la culture va aussi pouvoir reprendre ses activités, sous des conditions précises;

- Il en sera de même pour le sport. Les salles de fitness vont à nouveau accueillir du public, sous certaines conditions;

- Le couvre-feu est porté à 23h.

Pas de nécessité de revoir la stratégie de vaccination

Dans le même temps, la vaccination a débuté. De manière satisfaisante, et donc sans aucune nécessité d’en revoir l’organisation ou le déroulement. Il n’est pas question non plus de limiter les injections à une seule par personne. «S’il y a un mode d’emploi avec le vaccin, c’est qu’il y a une bonne raison», fait valoir Xavier Bettel. Qui a rappelé que le Luxembourg avait commandé près d’un million de doses via la Commission. «Les commandes sont entre de bonnes mains», avance Paulette Lenert.

Pas question, donc, d’envisager une date quant à une immunité collective, «ce serait de la spéculation». Et spéculer, par les temps qui courent, est un jeu bien trop dangereux.