POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Rentrée parlementaire

Déi Gréng se tourne vers l’après-Covid… et les élections



«Il est normal que tout le monde se positionne» à l’approche de la campagne, reconnaît la présidente de la fraction déi Gréng, la députée Josée Lorsché, qui assure par ailleurs que cela ne met pas à mal le travail de la coalition. (Photo: déi Gréng)

«Il est normal que tout le monde se positionne» à l’approche de la campagne, reconnaît la présidente de la fraction déi Gréng, la députée Josée Lorsché, qui assure par ailleurs que cela ne met pas à mal le travail de la coalition. (Photo: déi Gréng)

Pour marquer la rentrée politique, les députés déi Gréng ont décidé de se détourner du Covid pour se focaliser sur d’autres thèmes, dont la sécurité. Et si ce dernier l’oppose au DP à la Ville, la fraction n’a pas hésité à s’en emparer, quitte à marquer les désaccords au sein de la coalition.

Après plus d’un an et demi de pandémie, les députés déi Gréng n’ont pas souhaité inscrire leur rentrée politique sous le signe du Covid. «Nous voulons que d’autres thèmes se retrouvent au milieu des discussions», a déclaré d’emblée la présidente de la fraction, Josée Lorsché , lors de leur conférence de presse de rentrée mercredi 6 octobre au matin.

En fait de thèmes, il y en avait trois essentiels: la santé, la fiscalité et la sécurité. Or, ce dernier, qui a défrayé la chronique ces dernières semaines quant à  l’insécurité dans les quartiers de la gare et de Bonnevoie, a pourtant créé de fortes tensions entre deux des partenaires de la coalition gouvernementale , à savoir le DP – dans la majorité à la Ville de Luxembourg avec le CSV – et déi Gréng – dans l’opposition au conseil communal.

Et la fraction déi Gréng n’a pas semblé vouloir enterrer la hache de guerre: selon elle, si certains partis – comprenez le DP et le CSV – mènent une «politique symbolique» – entendre le recours à une société de sécurité privée –, déi Gréng se concentre quant à lui «sur la résolution des problèmes à la racine» en dépassant «40 ans de répression infructueuse au profit d’une approche transversale qui rende justice à la complexité de la question et propose des solutions globales».

Un chemin commun «un peu plus difficile»

«Dans les coalitions, il existe toujours des sujets où il faut trouver un chemin commun. Cette fois-ci, c’est un peu plus difficile», a reconnu Josée Lorsché. Le chemin commun passe en l’occurrence par le renforcement des forces de police décidé par le ministre de la Sécurité intérieure, Henri Kox (déi Gréng). Fort de cela, «nos coalitionnaires n’ont plus les mêmes arguments pour dire qu’il faut des agents de sécurité», assure Josée Lorsché, pour qui «il faut bouger d’un côté pour supprimer le besoin de faire des mesures que nous n’approuvons pas», à savoir le recours à ces fameuses sociétés de gardiennage.

«L’Abrigado est vraiment vétuste, ce n’est pas un modèle qui peut fonctionner», juge Josée Lorsché, qui prône la multiplication des projets «Housing First» et des logements pour les personnes dépendantes. (Photo: déi Gréng)

«L’Abrigado est vraiment vétuste, ce n’est pas un modèle qui peut fonctionner», juge Josée Lorsché, qui prône la multiplication des projets «Housing First» et des logements pour les personnes dépendantes. (Photo: déi Gréng)

Mais pas question pour déi Gréng de se concentrer uniquement sur la répression: il faut aussi tabler sur la police de proximité et l’élargissement des offres d’aide aux toxicomanes plutôt que sur leur criminalisation. «L’Abrigado est vraiment vétuste, ce n’est pas un modèle qui peut fonctionner», juge ainsi Josée Lorsché, qui prône la multiplication des projets «Housing First» et des logements pour les personnes dépendantes.

Se positionner en vue des élections

Mais rappeler un tel désaccord sur un sujet sensible lors de sa rentrée politique est-il une manière de s’affirmer et de se positionner en vue des échéances électorales qui se rapprochent? C’est en tout cas une tendance que relevait la veille déi Lénk lors de sa propre rentrée politique : «Tout le monde se prépare déjà, au sein de cette coalition, aux élections législatives de 2023», quitte à ce que cela les empêche de mener des projets communs, remarquait ainsi leur porte-parole, Carole Thoma.

«Il est normal que tout le monde se positionne» à l’approche de la campagne, reconnaît Josée Lorsché, qui assure par ailleurs que cela ne met pas à mal le travail de la coalition: «Nous sommes un parti à part entière, il faut montrer que nous avons toujours notre identité, mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas travailler ensemble. Nous sommes dans un système qui est toujours encadré par la coalition et nous sommes décidés à le réaliser.»

Réformes fiscales ciblées

Côté fiscalité, si déi Gréng semble avoir accepté l’abandon de la réforme fiscale annoncée par le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP), des changements ciblés restent nécessaires, selon le député François Benoy (déi Gréng), d’autant plus après la crise sanitaire qui a frappé de plein fouet les plus précaires. La fiscalité reste en effet un outil pour lutter contre les inégalités et le changement climatique.

Avec, en vue, le prix du CO2, qui devra augmenter ces prochaines années, et même après 2023. Et, en parallèle, des allégements fiscaux pour les citoyens et les familles à faible revenu. La fiscalité est aussi un levier pour faire face à la crise du logement: il s’agit ici de sortir de l’amortissement accéléré – un outil dépassé – et de réformer d’urgence la taxe foncière, afin de mobiliser les surfaces constructibles et les logements vacants.

De manière générale, il serait dommageable «de retomber dans les vieux réflexes d’une politique d’austérité», assure François Benoy. «Nos finances publiques se portent relativement bien» et «une politique d’investissement forte reste nécessaire», prévient-il. Reste à savoir si cela fera l’unanimité au sein de la coalition.