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Analyse

L’affaire de la Gare peut-elle fissurer la coalition?



Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il manque des policiers dans le quartier de la gare.  (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il manque des policiers dans le quartier de la gare.  (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Les tensions sont aujourd’hui importantes entre certains membres du collège échevinal de la Ville de Luxembourg et du gouvernement, en raison des problèmes liés à la sécurité dans le quartier de la gare. Peuvent-elles fragiliser l’alliance DP-déi Gréng au niveau national?

Mercredi matin, lors de la réunion en urgence des commissions sécurité intérieure, défense et justice, et même si cela ne se dit qu’en «off», cela a «chauffé» par écrans interposés (la réunion étant organisée en visioconférence) entre la bourgmestre de la Ville Luxembourg, Lydie Polfer (DP), et la ministre de la Justice, Sam Tanson (déi Gréng).

Il ne faut évidemment pas chercher très loin pour trouver la raison de cette passe d’armes, tout étant évidemment lié à l’incident survenu samedi soir dans le quartier de la gare  (qui avait d’ailleurs provoqué cette réunion convoquée au débotté), mais aussi, plus largement, à la problématique récurrente de la sécurité (et du trafic de drogues) dans ce même quartier. 

Ce n’est pas la première fois que le ton monte ainsi entre les partis à ce sujet. C’est le cas, pour ainsi dire, chaque fois qu’il revient au-devant de l’actualité, dans la foulée d’un fait divers plus ou moins grave, d’un incident ou d’un accident. La bourgmestre reprochant à Sam Tanson ou à son collègue Henri Kox  (déi Gréng), ministre de la Sécurité intérieure, de rester globalement trop inactifs alors que le sentiment d’insécurité augmente dans ce quartier de la capitale.

Mais dans les rangs des Verts, qu’il s’agisse de leurs ministres, des élus locaux ou tout simplement de la tête du parti, on n’approuve guère le choix de la Ville de Luxembourg d’avoir fait appel à G4S, une société privée de gardiennage, pour surveiller les biens communaux, et ainsi de «privatiser la sécurité». Ni, de manière plus générale, de politiser ce thème: «Ne faisons pas de politique avec la peur parce que sinon, au final, les gagnants seront ceux qu’aucun politicien ne veut voir gagner», juge ainsi le vice-Premier ministre, François Bausch (déi Gréng).

Un même constat

Les deux camps se rejoignent sur un point: il existe bien un problème dans le quartier de la gare, et une présence policière reste la solution n°1 afin de le résoudre. Si les effectifs dans ce même quartier ont augmenté d’une vingtaine d’unités en 2020, pour un total d’environ 70 à 75 fonctionnaires , ce n’est pas encore suffisant. Certains évoquant un nombre nécessaire et minimal d’une centaine d’agents. Un recrutement à plus grande échelle a ainsi été lancé, comme le ministre Kox l’avait annoncé en janvier dernier . Mais celui-ci n’aboutira pas avant un certain temps…

Par contre, les positions diffèrent quant aux missions confiées à des sociétés privées.

«Il existe un besoin de plus de policiers à la gare. Et si ce n’est pas possible d’en trouver, il faut bien une autre solution! La question n’est pas de savoir si on est pour ou contre la présence d’une société de gardiennage dans les rues, mais bien de comment on apporte aux gens le sentiment de vivre en sécurité alors que la situation s’aggrave. Tout en n’oubliant pas non plus le côté social…», expliquait cette semaine  Claude Lamberty , secrétaire général du DP, bien aligné sur la position de Lydie Polfer. 

«On va toujours vers plus de répression. On ne règlera rien ainsi…», lui répondait François Benoy , député déi Gréng et conseiller communal à la Ville de Luxembourg. Ce dernier prônant à moyen terme une solution plus douce, susceptible de «résoudre les problèmes plus durablement», parlant de «s’attaquer aux racines du problème en décentralisant les offres sociales et de santé qui se concentrent aujourd’hui sur le quartier de la gare».

On se retrouve donc devant une forme d’opposition de fait liée à la stratégie et aux positions idéologiques de ces deux partis, qui, pour rappel, s’ils forment une coalition gouvernementale avec le LSAP (que l’on entend très peu, à tous les étages, sur ce dossier), ne sont pas dans le même camp au niveau du conseil communal de la Ville de Luxembourg: le DP y est associé au CSV au sein de la majorité, et déi Gréng se trouve dans l’opposition, avec le LSAP, l’ADR et déi Lénk.  

Le «paquet de mesures» d’Henri Kox

Toute la question est de savoir si le jeu des attaques-répliques entre ceux qui sont partenaires d’un côté, mais s’affrontent de l’autre, ne finira pas par avoir des conséquences fâcheuses, et si «l’affaire du quartier de la gare» pourrait fissurer la coalition nationale DP-déi Gréng. 

Pour le moment, les élus contactés déminent le terrain: les tensions communales entre Verts et libéraux n’ont pas eu lieu auparavant et n’ont pas actuellement de répercussion sur leur entente au sein du gouvernement. Mais personne n’ose dire que cela ne sera jamais le cas. Et une simple visite de terrain menée en commun devant les photographes et les caméras, comme cela a été le cas en janvier dernier, ne suffira plus à donner l’illusion que tout va de nouveau mieux dans le meilleur des mondes.

La révision de la loi de 2002 régissant les sociétés de sécurité privée actuellement en cours d’écriture au ministère de la Justice sera un très important «stress test» pour évaluer la durabilité de la relation des Verts et des «bleus». De même dans le cas du «paquet de mesures» concernant la sécurité aujourd’hui en préparation au sein du ministère d’Henri Kox.

Peu de choses ont filtré concernant ces mesures, si ce n’est que de nombreux arbitrages sont encore nécessaires et que le «paquet» en question devrait être livré au conseil de gouvernement dans le courant du mois d’octobre… Où les discussions pourraient, c’est évident, être vives, mais où tout sera mis en œuvre pour trouver un consensus qui convienne à tous.