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La data au cœur des 35 ans de Luxinnovation



Les exemples cités par Alex Pentland illustrent la nécessité pour les États d’avancer rapidement sur le sujet des data. (Photo: Luxinnovation)

Les exemples cités par Alex Pentland illustrent la nécessité pour les États d’avancer rapidement sur le sujet des data. (Photo: Luxinnovation)

L’agence nationale pour la promotion de l’innovation a célébré jeudi soir ses 35 ans en imaginant ce que pourrait être un monde dans lequel la data serait au service de toute la société. En premier lieu des citoyens.

Comment tirer profit des data que nous générons pour construire une société plus «inclusive»? Pour guider les politiques? Au profit de l’ensemble de la société? Ces questions ont été abordées de différentes manières jeudi soir durant la soirée de célébration des 35 ans de Luxinnovation, organisée dans les locaux de l’Athénée de Luxembourg en présence du Grand-Duc .

En «keynote speech», l’un des informaticiens les plus renommés au monde, le professeur et directeur du MIT Connection Science and Human Dynamics Groups, Alex Pentland. Forbes l’avait désigné en 2011 comme l’un des sept scientifiques spécialisés dans les données les plus «puissants au monde».

Loin d’offrir une vision naïve, il a partagé des exemples d’utilisation de la donnée pour piloter et orienter rapidement l’action des pouvoirs publics. L’Estonie – qui a par ailleurs ouvert une ambassade digitale au Luxembourg – et Beijing étaient citées à cet égard.

Les sources des données essentielles? Les organismes gouvernementaux, les télécoms, les banques ou encore les hôpitaux. «Nous n’utilisons jamais les données personnelles», prévient Alex Pentland. «Nous utilisons les réponses, les agrégats pour comprendre.»

Vous devez traiter la donnée comme le territoire, le travail, le capital.

Alex Pentland,  directeur ,  MIT Connection Science and Human Dynamics Groups

Réduire le chômage dans certains quartiers en optimisant les réseaux de transport public, connecter des quartiers entre eux en améliorant les transports publics… la mobilité était décidément un levier mentionné à plusieurs reprises par le professeur sur scène. De quoi inspirer la situation locale…

Si les données «augmentées» par la technologie peuvent produire des statistiques de nouvelle génération, la gouvernance de cet ensemble est primordiale. «Vous devez traiter la donnée comme le territoire, le travail, le capital», prévient Alex Pentland. «Vous devez garder une trace de ces data, montrer les réponses et non les data en tant que telles, les stocker avec un audit régulier.» En résumé: garder le contrôle des données.

La cybersécurité est le pendant évident d’une telle vision où des sortes de coopératives locales seraient en charge de la collecte et de la gestion des données. À l’image des banques nées autrefois aux États-Unis, imaginait encore le professeur Pentland sur scène.

Infrastructures, expérimentation et cadre incitatif

Au Luxembourg, le gouvernement a présenté en mai dernier «la vision stratégique à l’égard de l’intelligence artificielle et la stratégie d’innovation basée sur les données pour soutenir l’émergence d’une économie durable et de confiance» .

Une stratégie qui devra favoriser le développement économique «autour des opportunités du big data tout en assurant la protection des données personnelles, la liberté et la propriété intellectuelle», déclarait le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, Étienne Schneider (LSAP), en ouverture de séance en tant que ministre de tutelle de Luxinnovation, partie prenante de cette vision.

La stratégie repose sur plusieurs piliers, précisait encore le président de Luxinnovation, Mario Grotz : «L’infrastructure ICT dont le pays s’est doté avec comme nouvel étendard le futur HPC ; la possibilité pour les entreprises d’expérimenter ainsi un environnement réglementaire et des instruments financiers.»

Les «données et la durabilité» sont les deux mots-clés retenus par la CEO de Luxinnovation, Sasha Baillie , pour imaginer le futur de l’économie lors d’un panel tenu avec son président et modéré par notre ancien collègue et rédacteur en chef,  Jean-Michel Gaudron , head of content & event chez Luxinnovation.

«Nous voulons utiliser les données pour le bénéfice de la société en général et le citoyen en particulier», déclarait pour sa part le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Claude Meisch (DP), dans son discours de conclusion. «Nous avons besoin d’un ‘nouveau deal’ sur les ‘nouvelles données’.»

Au même moment, les syndicats étaient réunis en front commun pour évoquer le dialogue social national et les dangers d’un monde du travail digitalisé où les salariés doivent être davantage protégés. Des visions partagées sur une même soirée qui illustrent l’ampleur du chantier sur le plan technologique, réglementaire et, en premier lieu, politique.

Rectificatif: la réunion des syndicats est déplacée au mardi 19 novembre.