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stratégie nationale

L’ambitieux plan du gouvernement en faveur de l’IA



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L’intelligence artificielle et la robotisation feront de la casse. Mais la stratégie du gouvernement prévoit de former les gens dès leur plus jeune âge aux métiers de demain, pour avoir les ressources dont les entreprises ont besoin sur place. Un des grands défis. (Photo: Shutterstock)

Le Premier ministre et son vice-Premier ministre ont présenté vendredi après-midi la stratégie nationale sur l’intelligence artificielle. Les datas sont au cœur des réflexions, mais il faudra passer par une adaptation du règlement européen sur la protection des données.

Un an après la France et son plan à 1,5 milliard d’euros d’ici 2022 et six mois après l’Allemagne et son programme à 3,5 milliards d’euros d’ici 2025, le Luxembourg a présenté vendredi après-midi des «orientations politiques à l’égard de l’intelligence artificielle et de la digitalisation continue des secteurs économiques prioritaires».

En quelques minutes, le Premier ministre et ministre de la Digitalisation, Xavier Bettel , et son vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, Étienne Schneider , ont égrené les sommes que le Luxembourg a déjà investies par tous les canaux possibles, de la recherche aux infrastructures.

«Nous avons déjà probablement investi plus, rapporté au PIB, que nos grands voisins», finit par conclure M. Schneider.

Que faut-il retenir de cette stratégie?

Trois ambitions: faire du Luxembourg une des sociétés numériques les plus avancées en Europe et dans le monde; créer une économie durable basée sur les données (data-driven) et construire une intelligence artificielle centrée sur le citoyen (human-centric).

Une démarche transversale: le document présenté par le Premier ministre s’intitule «Artificial intelligence, a strategic vision for Luxembourg» (20 pages). Il est accompagné d’une autre note, établie par le ministère de l’Économie, intitulée «The data-driven innovation strategy for development of a trusted and sustainable economy in Luxembourg» (47 pages).

Xavier Bettel a indiqué que tous les ministres étaient impliqués dans les réflexions et le déploiement de la stratégie. Comme c’était déjà le cas, au début de son premier mandat, sur Digital Lëtzebuerg. Avec intelligence (pas artificielle celle-là), puisque la digitalisation n’appartient pas au seul ministère éponyme. Des groupes d’experts seront aussi formés sur un certain nombre de thématiques et le gouvernement devrait lancer une consultation publique au troisième trimestre.

Des mesures sur trois axes: les 47 pages se déclinent par secteur d’activité, selon trois axes. Le renforcement de l’infrastructure digitale, le soutien aux entreprises pour intégrer les technologies innovantes digitales et la création d’un environnement légal et financier favorable à l’économie des données.

Sept chapitres: pour son baptême du feu médiatique, Max Gindt a insisté sur les sept chapitres de cette stratégie.

1. Le Luxembourg veut servir de laboratoire vivant pour les applications concrètes de l’intelligence artificielle, comme la mobilité ou la médecine personnalisée, et offrir une «sandbox» – terme qui renvoie à l’endroit où l’on teste de nouvelles technologies – européennes.

2. La donnée sera présente à tous les carrefours de cette stratégie, qu’il s’agisse, en exploitant les 99,5% qui ne sont pas encore traités, de trouver de nouvelles niches de croissance, de développer des infrastructures publiques ou encore de créer un cadre réglementaire attractif.

3. Éthique, respect de la vie privée et sécurité pour une «stratégie de la confiance», a redit le Premier ministre.

Il y a des métiers qui existent et qui n’existeront plus et des métiers qui n’existent pas et qui existeront. Nous voulons pouvoir former les gens pour trouver ici les ressources dont les entreprises auront besoin.

Xavier Bettel,  Premier ministre et ministre de la Digitalisation,  Luxembourg

5. Le secteur public doit se réinventer en profitant des bénéfices offerts par l’intelligence artificielle.

6. Avoir mis en place des programmes d’éducation dès le plus jeune âge, mais pour toute la vie. Là encore, le Premier ministre a répété qu’«il y a des métiers qui existent et qui n’existeront plus et des métiers qui n’existent pas et qui existeront. Nous voulons pouvoir former les gens pour trouver ici les ressources dont les entreprises auront besoin.»

7. Au bénéfice de la coopération internationale, notamment au profit des objectifs du développement durable.

Des secteurs déjà identifiés mais à accompagner. Sans surprise, la stratégie s’adresse aux secteurs qui font partie de la diversification de l’économie luxembourgeoise: l’industrie manufacturière 4.0, la logistique, les écotechnologies, les technologies de la santé, l’industrie spatiale et les services financiers.

L’Europe, une chance... et un problème

Pour avoir une chance de jouer un rôle dans la médecine prédictive, par exemple, et de réussir un jour à soigner le cancer, il faudra des données, beaucoup de données. Que le Luxembourg n’a pas et doit obtenir des autres États membres, pour se placer au niveau des États-Unis ou de la Chine. Seulement, avec le règlement européen sur la protection des données, qui fête son premier anniversaire, cela s’annonce compliqué.

«C’est un sujet sur lequel devra se pencher la prochaine Commission européenne», a admis Étienne Schneider. Même si, comme le disait en aparté son conseiller Mario Grotz ensuite, toutes les entreprises et tous les secteurs ne sont pas soumis tout à fait aux mêmes contraintes selon qu’ils ont des filiales dans plusieurs pays ou pas.

L’Europe est une chance mais également un obstacle sur certains sujets, comme la 5G par exemple. Récemment, la commissaire aux Transports, Violeta Bulc, a fait voter un texte qui consacre le wifi plutôt que la 5G, alors qu’elle a soutenu le test-bed franco-allemand-luxembourgeois automobile en 5G. Sans répondre vraiment, les deux ministres ont rappelé leur soutien au plus haut niveau de l’exécutif européen... qui va changer.