ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Nouvel An de la Fedil

2019, année de l’intelligence artificielle



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Xavier Bettel: «Nous allons fédérer l’écosystème des compétences, par exemple en soutenant des cours en la matière, dans une perspective d’upskilling, mais aussi de recherche.» (Photo: Nader Ghavami)

La troisième révolution industrielle a occupé les discours lors de la réception du Nouvel An de la Fedil, jeudi soir. Xavier Bettel a annoncé que son gouvernement allait proposer cette année une série d’actions concernant l’intelligence artificielle.

La dernière cérémonie de vœux pour Xavier Bettel et la dernière cérémonie de vœux du patronat. Comme le veut la tradition, la Fedil a rassemblé ses membres, mais aussi les représentants du monde économique, politique et institutionnel jeudi soir pour sa réception du Nouvel An.

Un millier de personnes réunies à Luxexpo The Box qui ont tout d’abord écouté le président – depuis trois ans – de la Fedil, Nicolas Buck

Si le Luxembourg a été un des plus grands bénéficiaires de la mondialisation et a réussi à créer un environnement économique qui lui permet de «boxer hors catégorie», comme le rappelle souvent Nicolas Buck, des défis pointent à l’horizon. 

À commencer par la pérennité des recettes de l’État, compte tenu de l’évolution de l’économie mondiale. Nicolas Buck demande à ce sujet la tenue d’une discussion à l’échelle macroéconomique avec le gouvernement sur les paramètres internationaux qui peuvent influer sur l’avenir du Grand-Duché.

Approche constructive

Contrairement au discours tenu lors du pot des présidents de la Chambre des métiers et de la Fédération des artisans, le ton n’était pas alarmiste sur les relations État-patronat. Certes, les coûts supplémentaires engendrés par les droits accordés aux personnes en matière de temps de travail et de politique familiale ont été soulignés dans le discours de Nicolas Buck, mais l’approche globale se voulait constructive.

Nicolas Buck

Nicolas Buck, président de la Fedil. (Photo: Nader Ghavami)

«Il y a beaucoup d’ambition dans l’accord de gouvernement et nous le supporterons lorsque nous le pourrons, là où cela fera du sens», a déclaré Nicolas Buck. Outre les problèmes sur le moyen ou long terme, le levier pour résoudre ceux qui se présentent à court terme est «d’aller plus vite», «pour innover, pour prendre les décisions, augmenter la vitesse de l’administration», indique Nicolas Buck. 

Et de citer l’ancien entraîneur du club de football de Liverpool, Bob Paisley: «If you’re in the penalty area and don’t know what to do with the ball, put it in the net and we’ll discuss the options later.»

«L’administration montrera l’exemple dans l’IA» 

Message visiblement reçu par Xavier Bettel, qui a parlé de la Fedil comme d’un partenaire «fiable» et que le Premier ministre, tout droit revenu du Forum économique mondial de Davos, dit vouloir consulter sur le sujet de l’intelligence artificielle. 

«Faire face à cette évolution ne relève pas d’un choix, mais d’une nécessité», estime Xavier Bettel. «Cela est vrai, aussi, ce n’est pas un choix mais une nécessité de faire face à cette évolution, également pour nous en tant que gouvernement. Et nous le ferons.»

L’année 2019 nous donnera l’opportunité de vous présenter une série d’actions afin de donner les impulsions nécessaires à une société à l’avant-garde de l’innovation.

Xavier Bettel, Premier ministre  

Pour le Luxembourg qui veut continuer à se positionner dans le digital à l’international, l’intelligence artificielle apparaît comme un nouveau pilier à bâtir. Le projet de «HPC», ce superordinateur européen en devenir, initié par différents pays dont le Luxembourg et dont la structure de gestion y sera logée, est cité comme exemple.

«Nous allons fédérer l’écosystème des compétences, par exemple en soutenant des cours en la matière, dans une perspective d’upskilling, mais aussi de recherche. Et nous mettrons en vitrine ceux qui sont déjà champions dans l’intelligence artificielle, afin d’attirer ceux qui ont besoin de ces compétences», a ajouté Xavier Bettel. L’année 2019 nous donnera l’opportunité de vous présenter une série d’actions afin de donner les impulsions nécessaires à une société à l’avant-garde de l’innovation.»

L’administration devrait d’ailleurs montrer l’exemple, selon Xavier Bettel, «en tant qu’utilisateur de l’intelligence artificielle. L’État deviendra un utilisateur, mais non sans prendre des précautions et évaluer les risques et biais possibles.»

Bienvenue dans l’hypercapitalisme

Risques de dérive, gestion des données, adaptation du marché du travail, importance de l’éducation... ces autres enjeux liés à la révolution industrielle ont émaillé les discours de Xavier Bettel et celui de l’autre orateur invité, l’économiste libéral français Nicolas Bouzou. 

À 40 ans, à défaut de prétendre devenir président de la République, il a partagé avec fougue ce qui pourrait s’apparenter à un programme économique dans lequel l’Europe est vue pour ses bienfaits – social, sécurité, paix – et ce qu’il reste à construire pour ne pas se laisser dépasser par les blocs américain et chinois dans la course à la troisième révolution industrielle. 

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou, économiste libéral. (Photo: Nader Ghavami)

«Nous entrons dans un nouveau régime de croissance qui ne sera pas celle du 21e siècle», déclare Nicolas Bouzou. «Nous n’entrons pas dans l’après-capitalisme, on est plutôt dans l’hypercapitalisme.» Un point de divergence avec le futurologue américain Jeremy Rifkin, qui a alimenté la réflexion du premier gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng sur la troisième révolution industrielle, plus ample et plus rapide que les deux précédentes en raison de la nature même de la technologie.

Dans un contexte dans lequel le carburant de l’innovation est la donnée, avoir fait le RGPD, c’est baroque!

Nicolas Bouzou, économiste

«L’intelligence artificielle, aujourd’hui, ce sont des algorithmes qui analysent les données et en fonction de ces données prennent des décisions», ajoute Nicolas Bouzou. «Tous les secteurs qui font appel à l’intelligence artificielle sont des secteurs qui consomment de la donnée. Dans un contexte dans lequel le carburant de l’innovation est la donnée, avoir fait le RGPD, c’est baroque!»

Devenir des leaders ou des sous-traitants, tel serait le choix auquel sont confrontés les pays européens. Et du point de vue de l’économiste, tout doit être fait pour libérer l’innovation, réaliser les marchés de capitaux et digitaux à l’échelle européenne pour éviter d’être relégués en seconde ligue. 

Et l’humain dans tout ça? Sérieux, empathie, créativité, rigueur, vision systémique ne pourront pas être implantés dans une machine. Ce qui fait dire à Nicolas Bouzou que la révolution industrielle qui s’ouvre ne doit pas être débridée, mais pas non plus vue comme une menace absolue.