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UN NOUVEAU AU MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE

Attentes et interrogations sur le ministre Fayot



L’arrivée de Franz Fayot au ministère de l’Économie suscite des attentes, mais aussi des questions sur sa marge de manœuvre au sein d’une coalition à trois. (Photo: Matic Zorman/Archives Maison Moderne)

L’arrivée de Franz Fayot au ministère de l’Économie suscite des attentes, mais aussi des questions sur sa marge de manœuvre au sein d’une coalition à trois. (Photo: Matic Zorman/Archives Maison Moderne)

Le nouveau ministre de l’Économie prête serment mardi après-midi auprès de S.A.R. le Grand-Duc et prendra officiellement ses fonctions en fin de journée. Le début d’un mandat aux contours encore mystérieux.

Si l’arrivée de  Franz Fayot  au ministère de l’Économie est plutôt bien accueillie par la classe politique  au vu de son expérience  – il préside la commission parlementaire correspondante depuis 2013 –, sa politique et sa touche personnelle restent à définir.

« Étienne Schneider  était ce que les Anglais appellent un ‘maker’, Franz Fayot est moins impulsif, il prend beaucoup plus de recul avant de prendre une décision», estime  Léon Gloden , député CSV et ancien collègue de M. Fayot chez Elvinger Hoss Prussen. «C’est un autre style que M. Schneider», confirme  Claude Lamberty , député et secrétaire général du DP. «C’est un homme intelligent et je suppose qu’il a bien identifié les défis de notre pays.»

J’espère qu’il mettra l’accent sur une économie faible en consommation de ressources et d’énergie.
Josée Lorsché

Josée Lorsché,  députée, cheffe de la fraction Déi Gréng

Pour le reste, la politique du ministère de l’Économie ne devrait pas prendre de virage. «Il doit respecter l’accord de coalition, c’est un fait», souligne  Josée Lorsché , cheffe de la fraction Déi Gréng. «Il a prononcé dernièrement des discours très favorables à l’économie verte. Aussi, j’espère qu’il mettra l’accent sur une économie faible en consommation de ressources et d’énergie.» Un sujet qui avait nourri des tensions entre Étienne Schneider et Déi Gréng, notamment lors de l’annonce de l’arrivée des entreprises Knauf et Fage, et plus récemment Google. «J’espère que M. Fayot travaillera avec  Claude Turmes  (ministre de l’Énergie, ndlr) pour faire bouger les choses», notamment en matière d’économie circulaire.

De son côté,  Gast Gibéryen , député ADR, «souhaite bon courage au nouveau ministre», tout en glissant sa «principale revendication»: «J’espère avant tout qu’il changera la politique de son prédécesseur, car tous les grands problèmes du pays actuellement sont des répercussions de la croissance économique. Nous avons besoin de croissance qualitative, ce à quoi Google et Fage ne correspondent pas, parce qu’ils prennent trop de terrains et de ressources et ne paieront quasiment pas d’impôts.»

Les jalons sont bien établis, reste à voir s’il aura assez de marge de manœuvre pour remettre en question quelques décisions.
Sven Clement

Sven Clement,  député Piraten

L’ADR réitère sa réclamation d’une réelle étude d’impact «sur les points positifs et négatifs qu’un projet d’installation aurait au niveau des infrastructures, des ressources, du logement, de la mobilité, de l’énergie, de l’emploi, des investissements requis par les Communes et l’État, des impôts que cela rapporterait».

«Je ne m’attends pas à de grands bouleversements dans la stratégie économique du Grand-Duché», indique  Sven Clement , député Piraten. «Les jalons sont bien établis, reste à voir s’il aura assez de marge de manœuvre pour remettre en question quelques décisions.» Hormis les grands dossiers déjà lancés, comme l’aventure spatiale ou Google et Fage. «Cela va être intéressant de voir comment M. Fayot va intégrer l’équipe multicolore du gouvernement, puisqu’il va travailler avec les ministres des Classes moyennes ( Lex Delles , DP, ndlr), des Finances ( Pierre Gramegna , DP, ndlr), des Affaires étrangères ( Jean Asselborn , LSAP, ndlr), ou encore de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire (Claude Turmes, Déi Gréng, ndlr). C’est d’ailleurs peut-être ce qui a amené M. Schneider à quitter le navire: l’économie est le domaine dans lequel les trois partis sont les plus éloignés les uns des autres!»

Quant à sa proposition de taxation sur la succession directe, j’espère qu’il va la mettre dans un tiroir très profond…
Léon Gloden

Léon Gloden,  député CSV

Léon Gloden «espère que Franz Fayot pourra être un bon ambassadeur de l’économie luxembourgeoise et prendre les bonnes décisions pour contribuer à promouvoir un développement durable de l’économie. Quant à sa proposition de taxation sur la succession directe, j’espère qu’il va la mettre dans un tiroir très profond…» Le député pense encore au développement économique des régions auxquelles M. Schneider était très attaché.

Côté positionnement politique, le député CSV «pense qu’il va aussi connaître une réalité politique différente de celle de président du parti socialiste», alors que Mme Lorsché attend justement beaucoup de la volonté affichée de «travailler dans le sens de la responsabilité sociale envers les travailleurs».

Étienne Schneider était proche des milieux et des intérêts économiques des grandes entreprises, il faut voir comment Franz Fayot, qui se réclame de l’aile gauche du LSAP, fera.
Marc Baum

Marc Baum,  député Déi Lénk

«Je ne crois pas qu’il change radicalement de politique, mais il pourrait mettre l’accent sur autre chose que M. Schneider», estime  Georges Engel , chef de la fraction LSAP. Quant à  Marc Baum , député Déi Lénk, il s’interroge: «Étienne Schneider était proche des milieux et des intérêts économiques des grandes entreprises, il faut voir comment Franz Fayot, qui se réclame de l’aile gauche du LSAP, fera.» «Aura-t-il une vision du développement économique un peu différente de celle de M. Schneider, qui misait surtout sur le développement de la compétitivité en gagnant chaque année 10.000 emplois avec tous les défis qui y sont liés? Ou une autre vision d’une économie moins consommatrice et qui prendra en charge le défi de la transition écologique?»

À Franz Fayot de tracer sa route et de montrer ce qu’il peut apporter de plus ou de différent par rapport à un prédécesseur qui aura  marqué la politique économique du Luxembourg depuis 2012 .