POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

État de la nation

Un discours convaincant pour certains, flou pour d’autres



Après le discours du Premier ministre et les premières réactions à chaud mardi, viendra le temps du débat à la tribune de la Chambre mercredi. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Après le discours du Premier ministre et les premières réactions à chaud mardi, viendra le temps du débat à la tribune de la Chambre mercredi. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Le Premier ministre a dressé un état de la Nation en 1h50 de temps de parole mardi après-midi. Une longueur inédite pour un exercice qui, comme souvent, est applaudi du côté de la majorité, mais décrié sur les bancs de l’opposition.

Mardi après-midi, tous les députés présents au Cercle Cité, où la Chambre trouve refuge durant la crise sanitaire, ont bien entendu le même discours sur l’état de la Nation prononcé par le Premier ministre Xavier Bettel (DP).

On pourrait cependant en douter quand on prend connaissance des premiers commentaires des différents responsables de fraction. Des analyses faites à chaud, tandis que les commentaires officiels auront lieu ce mercredi à la Chambre lors du débat.

Manque de substance pour le Piratepartei

«On doit encore réfléchir un peu à notre prise de parole, mais cela ira vite tant le discours du Premier ministre manquait de substance», commentent Sven Clement et Marc Goergen pour le Piratepartei. Le premier cité se demande «où on peut trouver une trace de leadership politique depuis sept ans. Il n’y a eu aucune annonce nouvelle; seule la baisse de l’amortissement accéléré en est une selon moi. Pour le reste, on a eu droit à un état des lieux, mais sans donner de perspectives. Comment, dans ce pays, peut-on attendre que les députés contrôlent le gouvernement alors que celui-ci ne fait même pas son travail?»

Les deux députés se demandent «où est passé le climat? Où est passé le logement? On aligne des choses que l’on va soi-disant faire. Mais ils n’ont plus de contact avec la réalité, ne se rendent plus compte de ce que vivent les gens. Ce sont les citoyens de notre génération qui paient la note du climat, qui ne trouvent pas à se loger dans leur pays... Ils attendent du concret et il n’y en a pas.»

Sven Clement estime que l’exercice a donc été «de la politique politicienne. La meilleure démonstration est dans la réforme des FIS et des stock-options. Il y a peu, nous avons déposé des motions en ce sens à la Chambre et le gouvernement a voté contre... pour mieux les proposer maintenant. Quand cela ne convient pas, on est contre. Puis quand cela convient, on revient avec.»

Les trois partis de la majorité ne savent pas se mettre d’accord sur une réaction rapide face à la crise.
Fernand Kartheiser

Fernand Kartheiser,  député,  ADR

Pour l’ADR et Fernand Kartheiser , «le Premier ministre a finalement paraphrasé le programme de coalition du gouvernement. Je crois qu’il faut interpréter ce discours comme un manque de flexibilité du gouvernement: il y a une crise très grave que l’on essaie de banaliser, de minimiser. Les trois partis ne savent pas se mettre d’accord sur une réaction rapide face à la crise. Par exemple, le programme vert est intégralement préservé avec des choses très nocives pour les entreprises au Luxembourg. On le maintient parce que c’est important pour les Verts, alors qu’il faudrait y renoncer dans les circonstances actuelles. De la même façon, la croissance automatisée de la fonction publique continue bien que l’État soit déficitaire. On ne peut plus se permettre ce genre de croissance. Il y a une certaine inertie, une incapacité de s’adapter à la nouvelle réalité.»

Le nouveau chef de file du parti, Gast Gibéryen ayant tiré sa révérence ce mardi, estime de plus qu’il y a «un certain flou dans les annonces: la réforme fiscale générale n’aura pas lieu en 2021, mais aura-t-elle lieu en 2022 ou 2023? De même sur la question des FIS, on ignore ce qui se passe: Xavier Bettel évoque une taxation des revenus des FIS alors que ce qui nous intéresse, c’est une taxation de leurs profits!»

Dans les rangs du CSV, Martine Hansen estimait «repartir avec nombre de questions par rapport à des points développés dans le discours». Elle aussi se plaignait «d’un manque de stratégie, de vision, notamment au niveau des finances publiques. Et ce fut aussi très pauvre sur le logement. Quant au climat, on a entendu une répétition de ce qui est dit depuis un an.»

Deux choses sont à retenir: la volonté de sauver les emplois et la détermination à aider les entreprises.
Gilles Baum

Gilles Baum,  chef de fraction,  DP

A contrario, Gilles Baum , chef de la fraction DP, le camp du Premier ministre, s’en fait son plus ardent défenseur. «J’ai vu un Premier ministre très engagé et déterminé à sortir notre pays de cette crise», assène-t-il. «Deux choses sont à retenir: la volonté de sauver les emplois et la détermination à aider les entreprises. Le gouvernement a de nouveau manifesté sa volonté de ne pas laisser tomber les gens dans le chômage, d’éviter les drames sociaux et économiques…» Pour lui, un vrai message a été lancé aux entreprises: «On leur dit de ne pas avoir peur, qu’il faut investir et que nous sommes à leurs côtés. On doit relancer le moteur économique du pays, et cela se fera avec elles.»

L’exercice oral était compliqué, admet-il, «car il faut évidemment parler de la crise sanitaire, mais aussi thématiser le climat, le logement... Ce que le Premier ministre a très bien fait. Sans oublier cette volonté de plus de justice fiscale, même si la grande réforme n’aura pas lieu.» Cela alors que la trésorerie publique est éprouvée. «Mais les dépenses ont été faites pour sauver les emplois, elles avaient un sens. Il suffit de voir où elles ont été affectées.»

Pas des dépenses de luxe pour le LSAP

Pour le LSAP et son chef de fraction Georges Engel , «le Premier ministre a fait un très bon discours, évoquant les thèmes qu’il fallait». Et dans les rangs socialistes, ont a évidemment apprécié l’attention soutenue qui sera encore portée sur les plus faibles de la société, les jeunes, les seniors... «L’État-providence peut se le permettre. Le LSAP travaille depuis des décennies pour cela. La trésorerie se reconstituera quand les temps seront meilleurs. Les dépenses qui sont faites et qui se feront ne sont pas et ne seront jamais du luxe, mais des nécessités», poursuit-il.

Et, évidemment, il se montre aussi très satisfait de la réforme des FIS, des stock-options, des warrants... Cela figurait dans l’accord de coalition, le Premier ministre a annoncé leur mise en œuvre, «ce qui est très bien puisque ce sont de très anciennes demandes du LSAP», savoure le chef de fraction.

Au sein de Déi Gréng, on fait montre aussi d’une grande pondération en reconnaissant que le Premier ministre «a tenu un bon discours, sur des thèmes très divers, dans un contexte de crises. Une crise sanitaire, une crise sociale, mais aussi une crise du logement ou encore une crise climatique. Et tous ces thèmes ont été abordés. On doit se féliciter de la prolongation des mesures contre le chômage, mais aussi des efforts en faveur de l’éducation ou de la culture», note Josée Lorsché , la chef de la fraction. Qui, comme elle l’a déjà dit, constate que Xavier Bettel est aussi d’avis que la stabilité à venir «passera par la durabilité. C’est la voie que plus personne ne songerait à ne plus vouloir emprunter.»

Les débats officiels sur l’état de la Nation débuteront ce mercredi.