POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

discours sur l’État de la nation

«Il n’y aura pas de réforme fiscale générale en 2021»



Pour le Premier ministre, l’heure n’est pas venue de faire des économies. «L’austérité n’est pas une réponse. Ce n’est pas celle que nous voulons», a-t-il dit. Une grande réforme fiscale générale attendra donc encore, même si des ajustements auront lieu. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Pour le Premier ministre, l’heure n’est pas venue de faire des économies. «L’austérité n’est pas une réponse. Ce n’est pas celle que nous voulons», a-t-il dit. Une grande réforme fiscale générale attendra donc encore, même si des ajustements auront lieu. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Le Premier ministre, Xavier Bettel, a livré son septième discours sur l’état de la Nation ce mardi après-midi. La crise sanitaire et ses conséquences ont occupé une très large place dans les 53 pages de son texte.

Le président de la Chambre,  Fernand Etgen (DP), a ouvert la séance de ce mardi tout juste à 14h30, comme prévu. Un après-midi largement occupé par le discours du Premier ministre,  Xavier Bettel (DP), sur l’état de la Nation, un exercice instauré en 1974 par l’autre Premier libéral, Gaston Thorn.

Sans surprise, il a tout de suite été question de la crise sanitaire, qui a notamment imposé à la Chambre de prendre ses quartiers au Cercle Cité. Un effort parmi d’autres, «et il en faudra encore d’autres, même si nous travaillons à recréer une normalité». Xavier Bettel sait que les échanges seront sans doute vifs dans les jours à venir quant aux décisions prises, mais, dit-il, «nos objectifs sont les mêmes: saisir des opportunités pour aider notre pays, soutenir le Luxembourg, offrir des perspectives d’avenir à nos jeunes».

Les gens et les chiffres

Le Premier ministre a rappelé que les décisions sont prises sur des bases chiffrées, qui permettent des comparaisons et de voir «ce à quoi on est confrontés. Mais il faut aussi parler des gens avant de parler des chiffres. (…) Nous avons dû prendre des décisions, nombreuses, et avec le recul, on voit qu’elles ont été correctes. Oui, on a sauvé des vies et évité que des gens tombent malades en agissant vite et de manière conséquente. Le Covid peut être bénin pour beaucoup, mais mortel pour une minorité, et le rôle de la société est de protéger cette minorité.» Car «c’est un fait scientifique: le Covid est bien plus dangereux, de 3 à 13 fois, qu’une grippe saisonnière. Il ne faut donc pas minimiser.»

Le Luxembourg, a indiqué le Premier ministre, fait heureusement partie des pays où les soins de santé ne sont pas sous tension. et se félicite d’avoir pu «soutenir nos entreprises, via des aides directes et indirectes. Et on n’a pas non plus assisté à une explosion du chômage.  Il reste évidemment un sentiment d’insécurité, c’est normal», dit-il. Que le gouvernement tentera encore de juguler via diverses mesures.

Par exemple, 14.800 demandes de chômage partiel ont été acceptées, et 375.196 salaires payés de cette manière. Et nombre de personnes très inquiètes d’une perte de revenu ont pu être rassurées.

Xavier Bettel l’a dit: «On est d’avis qu’on aura besoin d’autres aides au-delà du 31 décembre de cette année. Ce sont des aides exceptionnelles dans un contexte exceptionnel, notamment vis-à-vis d’entreprises dont le business model souffre. Beaucoup d’entreprises saines ou vulnérables seront aidées, car elles souffrent des décisions prises pour le bien et la sécurité de tous, mais n’ont pas de problèmes structurels. Le chômage partiel va aussi aller plus loin que la fin d’année pour les entreprises vulnérables, mais aussi les autres qui souffrent de la pandémie. Mais nous devrons évidemment veiller avec les partenaires sociaux à ce qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale.»

Pas de nouveaux impôts mais une réforme des FIS

Il faut en tout cas, dit le Premier ministre, rester mobilisés: «Ce n’est pas le moment de remettre en question le modèle luxembourgeois.» Et tenir la ligne. Il n’y aura donc pas de nouveaux impôts non prévus dans l’accord de coalition. «Ce serait un mauvais signal, empêchant une reprise. Nous allons nous concentrer sur le renforcement de la cohésion sociale. Il n’y aura donc pas de réforme fiscale générale en 2021», assure Xavier Bettel.

Mais une réforme des FIS dès janvier 2021 aura bien lieu, avec une taxation à hauteur de 20%. Le taux d’amortissement va aussi passer de 6 à 5% et sa durée être réduite, tandis que le prochain budget du ministère du Logement sera augmenté de 11% par rapport à cette année.

La fiscalité des sociétés de gestion de patrimoine familial va aussi être revue, tout comme le régime des stock-options et warrants. Le régime des impatriés sera aussi adapté et va avoir une base légale.

2021 sera aussi l’année d’introduction de la taxe carbone: 20 euros la tonne en 2021, 25 euros en 2022 et 30 euros en 2023. Les prix des carburants vont donc augmenter mais le crédit d’impôt pour salariés, indépendants et retraités sera augmenté à 96 euros et  l’allocation de la vie chère augmentera de 10%.

Dans le prochain budget, une prime participative sera aussi proposée pour que les salariés soient intéressés aux résultats financiers de leur société.

On notera encore que la fonction publique sera renforcée en 2021 de 1.000 personnes, notamment «pour remplacer des départs» ou assurer des nominations. Et que le ministère de l’Éducation verra son budget gonfler de 169 millions supplémentaires.

Donner des perspectives aux jeunes

Quant au chômage, il était avant la crise à hauteur de 5,5%. «La situation a rapidement changé depuis mars. En août, après une huasse très forte, le taux était de 6,4%, ce qui indique une légère reprise. Mais ce qui nous préoccupe, c’est le chômage des jeunes, très concernés et impactés par cette crise. (…) Nous avons pris des mesures spéciales. Mais si cela n’était pas suffisant, nous agirons de nouveau. Il faut que les jeunes aient des perspectives. Le gouvernement ne va pas seulement observer, mais aussi assumer sa responsabilité, pour aussi maintenir la paix sociale dans notre pays», affirme Xavier Bettel.

Un Premier ministre qui veut garder confiance, voit un frémissement de reprise, des entreprises qui relèvent la tête, des perspectives moins graves que celles d’avril en ce qui concerne les finances publiques… «Mais on a tout de même un déficit historique, dû à des aides massives et des recettes fiscales en baisse. Au 31 août, les recettes avaient baissé d’un milliard dans nos caisses. Mais l’austérité n’est pas la bonne réponse, et ce n’est pas celle que nous voulons. Il faut des investissements. En 2021, nous allons passer à 4,3% de notre PIB en investissements, contre 3,7% les années précédentes. On peut se le permettre car nous avons su assainir nos finances publiques. Même pendant la crise,  toutes les agences nous ont accordé la note triple A . Néanmoins, oui, cette crise va avoir un impact sur notre dette et la Chambre a autorisé des emprunts exceptionnels.»

Pas de reconfinement en vue

D’un point de vue sanitaire, le Premier ministre a indiqué que les gestes barrières étaient efficaces «là où ils sont respectés». Et si ce n’est pas le cas partout, le gouvernement «ne voit pas non plus de raison de prendre de nouvelles restrictions». Même si des ajustements auront lieu. 

Le spectre d’un reconfinement généralisé s’éloigne aussi. «On connaît mieux le virus, sa propagation, et on a investi beaucoup dans les secteurs sanitaires et hospitaliers», souligne encore le Premier ministre. 

Pour garder la situation sous contrôle, la phase 2 du «large scale testing» sera importante, tout comme le monitoring en continu qui analyse notamment les eaux usées et leur teneur en Covid-19. Ce qui peut aider à déterminer des clusters.

Quant à un vaccin, Xavier Bettel évoque l’échéance possible de décembre, ce qui, de son propre aveu, «est ambitieux». Et si le chiffre des infections augmente, «cela nous a choqués, mais c’était prévu. La situation est sérieuse, mais il n’y a aucune raison de paniquer.» 

L’ambition reste, comme déjà dit, de tout faire pour éviter un reconfinement. Dont on sait que les conséquences pourraient être désastreuses.

Paperjam vous proposera analyse et réactions au discours de Xavier Bettel dans sa newsletter de mardi 8 heures.

Retrouvez le discours de Xavier Bettel