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Le reporting des critères ESG



Mercredi 1er juillet 2020, trois experts d’Arendt conversaient en direct sur Paperjam.lu, à l’occasion du premier podcast Arendt We Live intitulé «ESG: towards a new golden age of data?». L’occasion pour nos invités d’évoquer les perspectives et les enjeux d’un sujet capital pour la Place financière. «Last but not least», Philippe Wery, CEO d’Arendt Business Advisory, conclut aujourd’hui cette série en revenant sur la question du reporting ESG.

Si l’on parle d’un nouvel âge d’or de la data ESG, c’est bien parce que cette dernière a de beaux jours devant elle. Nous sommes en effet nombreux à penser que les activités liées aux ESG vont revigorer l’économie pour les quelques décennies à venir. Revigorer, dynamiser, responsabiliser, mais pas changer la sphère sociétale si l’on en croit Philippe Wery: «Le modèle économique de notre système actuel va non seulement demeurer, mais il demeurera tel qu’il était auparavant, basé sur le concept de croissance perpétuelle. Il faudrait donc plutôt parler d’un nouvel âge d’or pour notre bon vieux capitalisme, ce qui en soit ne me pose pas de problème mais doit être dit pour éclairer ceux qui parfois mélangent économie verte et changement sociétal de fond.»

Quoi qu’il en soit, il est clair que la clé du succès de cette évolution de l’ESG dans le monde financier est et sera la data qui permettra à l’industrie de se reposer sur une information réplicable, qualitative, cohérente et comparable. Pour le moment, la data dans les domaines du non-financier et de l’ESG en particulier est un nouveau-né ou au mieux un jeune enfant, elle doit grandir, apprendre et expérimenter, gagner en maturité et en stabilité avec le temps. «Maîtriser, contrôler et faire le suivi de ces données non financières prendra du temps, mais deviendra essentiel pour rester compétitif, notamment lorsque la grande majorité de l’industrie se sera tournée vers les fonds ESG», précise Philippe Wery.

Le parcours se gagne sur le green

En effet, il faudra être plus green que green lorsque tout le monde sera green. La data sera alors le moyen le plus efficace de se distinguer le plus objectivement possible. Avant l’âge d’or, ce sera donc sans doute la ruée vers l’or qui aura lieu. La bataille a d’ailleurs d’ores et déjà commencé, la «Data war» a été déclarée. Les principaux fournisseurs de données financières (Morningstar, Bloomberg, Sustainalytics, Thomson Reuters…) ont bien compris le potentiel bénéfice de s’étendre aux données non financières et ont développé leur offre au marché en conséquence.

L’enjeu final, derrière toutes ces initiatives, est d’obtenir un cadre et des méthodologies comparables et transparentes, au moins que nous puissions facilement comprendre pourquoi les résultats sont différents selon le cadre utilisé. Aujourd’hui, les résultats peuvent varier de plus de 50% selon le cadre et les méthodologies de mesure utilisés, ce qui n’est pas acceptable ni fiable pour mener des analyses comparatives de qualité et ainsi s’assurer de choisir les bons investissements.

Maîtriser, contrôler et faire le suivi de ces données non financières prendra du temps mais deviendra essentiel pour rester compétitif.

Philippe Wery,  CEO,  Arendt Business Advisory

Un challenge pour tous les acteurs

L’implémentation ESG fait face à de nombreux challenges. Pour les gestionnaires de portefeuilles qui devront s’interroger sur ce qu’ils devront prendre en compte et analyser pour suivre la compliance ESG, sur l’authenticité et la fiabilité de la data qui leur est fournie.

«Au niveau des entreprises, le questionnement sera encore différent: que faudra-t-il mesurer? Comment construire un bilan ESG utile pour la société et ses objectifs? Pour les gestionnaires de portefeuilles?», complète Pierre Wauthier, Lead Advisor Real Estate & ESG.

Les investisseurs eux aussi feront face à plusieurs problématiques. Comment être sûr que leurs investissements sont vraiment ESG compliant? Comment choisir leurs futurs investissements? À quel fournisseur de data faire confiance?

Les questions sont et resteront nombreuses le temps que les acteurs réalisent le potentiel de collaborer et que les méthodologies de mesure se standardisent progressivement.

Reporting Financier Vs Reporting ESG

«Si le reporting ESG est encore dans ses très jeunes années, le reporting financier est quant à lui un adulte mature», précise Philippe Wery avec beaucoup de recul. Ce dernier s’appuie sur des données techniques détaillées, comparables depuis des années, transposables entre différentes zones géographiques et utilisées à la fois par toutes les entreprises et tous les investisseurs pour analyser un actif. Elles sont stables dans le temps et répondent à des standards professionnels.

En plus de sa jeunesse, le reporting ESG a l’obligation de couvrir de bien plus grandes zones que son homologue financier, avec des éléments provenant non seulement des entreprises mais aussi de toutes les parties prenantes. Cela prendra donc du temps avant que le reporting ESG atteigne le seuil de maturité et d’efficacité du reporting financier. L’essentiel est d’avancer, quelle que soit l’amplitude de la foulée.

Si le reporting ESG est encore dans ses très jeunes années, (…) cela prendra du temps avant qu’il atteigne la maturité et l’efficacité du reporting financier.

Philippe Wery,  CEO,  Arendt Business Advisory

4 questions directes à Philippe Wery

E=S=G?

Dans un monde idéal, ce devrait être le cas. Mais dans le monde actuel, la réponse est non: E a beaucoup plus d’importance que S et surtout que G. Mais on peut imaginer que les choses évoluent et ce sera d’ailleurs sûrement le cas à ce sujet.

Les critères ESG changent-ils le monde économique?

Non, on n’entre pas dans une nouvelle ère économique. On entre dans une ère économique plus responsable. Le système, qui se  base sur le principe de la croissance perpétuelle, et qui s’alimente notamment au travers des nouvelles techniques et technologies développées, ne change pas. C’est ainsi que nous avançons depuis la révolution industrielle et que nous continuerons donc de le faire pour un certain bout de chemin.

N’est-il pas illusoire de fixer des critères sur un sujet mouvant comme les ESG?

Lorsque je travaillais dans le solaire, j’ai participé aux premiers calculs de cycles de vie des panneaux ou de consommation CO2. Tout n’était pas parfait dès le premier jour, il a fallu changer et apporter des modifications. Mais le principal était d’avancer. La vérité ne vient pas toujours tout de suite et nous apporterons les corrections nécessaires au sujet des ESG aussi.

En quoi la data est-elle capitale?

Aujourd’hui, pour regarder la santé d’une entreprise, vous regardez ses comptes annuels. C’est de la donnée. Il en sera de même pour savoir si l’entreprise respecte les critères ESG dans une perspective d’investissement. Le problème étant que nous ne disposons pas encore d’un panel de données aussi exhaustif pour les ESG. Mais avoir la meilleure data possible, maîtriser sa chaîne de valeur complète sera un sérieux avantage concurrentiel.

Retrouvez l’intégralité du Podcast Arendt We Live sur Paperjam.lu