POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Mécanisme européen de stabilité

Pierre Gramegna candidat à l’ESM: quelles sont ses chances?



Candidat à la direction du Mécanisme européen de stabilité, Pierre Gramegna ne peut pas seulement compter sur son expérience, car, au sein des institutions de l’UE, la juste répartition des représentations étatiques et politiques est essentielle. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Candidat à la direction du Mécanisme européen de stabilité, Pierre Gramegna ne peut pas seulement compter sur son expérience, car, au sein des institutions de l’UE, la juste répartition des représentations étatiques et politiques est essentielle. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Le futur directeur général du Mécanisme européen de stabilité (ESM) sera désigné le 23 mai. Pierre Gramegna est candidat à ce poste soumis à l’équilibre de représentativité au sein des institutions qui régissent l’UE. Philippe Poirier explique comment seront évaluées ses chances de l’obtenir.

Pierre Gramegna  (DP), ancien ministre des Finances, est officiellement candidat au poste de directeur général du Mécanisme européen de stabilité (ESM) . Il bénéficie aussi du soutien du gouvernement luxembourgeois, qui, dans sa communication officielle, souligne qu’il a été sollicité par plusieurs États membres en ce sens. Mais, alors que d’autres candidats sont aussi en lice, cela sera-t-il suffisant?

L’un des principes chers à l’UE est la recherche de l’équilibre et d’une forme de justesse. «Tous ces postes à responsabilité au sein des institutions de l’Union européenne font traditionnellement l’objet de négociations, car l’UE veut maintenir par ce biais un équilibre dans la représentation étatique, mais aussi dans les couleurs politiques au sein de son organisation.»

Philippe Poirier , politologue à l’Université du Luxembourg, suggère de commencer par regarder quels sont les derniers pays membres représentés aux postes à responsabilité au sein de l’Union européenne pour évaluer les chances de voir un Luxembourgeois emporter l’adhésion de la commission d’attribution du poste de directeur général de l’ESM.

On observe que quatre Allemands ont été nommés récemment ou occupent des postes à la tête d’institutions européennes, dont financières: Ursula von der Leyen (présidente de la Commission européenne), Klaus-Heiner Lehne (président de la Cour des comptes européenne), et  Werner Hoyer , président de la Banque européenne d’investissement reconduit pour six ans en 2018. Klaus Regling , l’actuel directeur général du Mécanisme européen de stabilité, qui quittera ses fonctions le 23 mai, est également Allemand. «Il y a donc fort à parier que ce ne sera pas un Allemand cette fois.»

Si aucun candidat n’emporte la majorité auprès de la commission d’attribution, celle-ci peut relancer un appel à de nouvelles candidatures. Pour rappel, c’est le 23 mai que l’Eurogroupe désignera un candidat final . Qui devra alors recevoir l’onction du conseil des gouverneurs de l’ESM le 16 juin.

En ce qui concerne plus spécifiquement le financement des dettes publiques, Philippe Poirier avance l’idée que l’UE cherche une balance entre les États qui ont pu bénéficier d’un support de l’ESM, notamment depuis la crise de 2008 (qui a véritablement conduit la Grèce à la faillite étatique), et ceux qui ont contribué à les financer. «En caricaturant, on parlerait de balance Nord-Sud, mais c’est évidemment plus complexe… Néanmoins, cela arrive souvent à l’UE: il y a des critères de droit coutumier, et des règles d’usage, non formelles.» Au sein de l’UE, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola , Maltaise, et le président de l’Autorité bancaire européenne, José Manuel Campa, Espagnol, sont les seuls représentants des États membres dits «du Sud» à des postes d’envergure.

La résiliente exemplarité ou la stabilité performante?

Un autre critère de désignation du candidat retenu est sa famille politique, toujours dans cette quête d’équilibre au sein des postes de direction de l’UE. Partis populistes ou libéraux européens, les Verts, les conservateurs… «S’il y a peu de sociaux-démocrates et déjà plusieurs libéraux, un candidat socialiste aura toutes ses chances à l’ESM», prédit Philippe Poirier.

Pierre Gramegna  présente un profil à la fois de technicien et de diplomate (il a été ambassadeur du Luxembourg au Japon et en Corée du Sud), et possède une solide expérience comme ministre des Finances pendant huit ans. Il remplit, a priori, les critères d’éligibilité pour ce poste, mais pour le politologue, «cela n’est pas forcément le critère essentiel pour l’UE».

De plus, il n’est pas le seul candidat compétent à briguer le poste de directeur général de l’ESM. Un ex-ministre des Finances portugais, João Leão, un ex-vice-ministre des Finances hollandais, Menno Snel , ainsi qu’un chef de cabinet italien au Commissariat européen de l’économie, Marco Buti, sont en lice. Si on suit le raisonnement de Philippe Poirier, le candidat portugais, socialiste, est le concurrent le plus sérieux de Pierre Gramegna (DP) assimilé plutôt centre droit au Parlement européen.

Représentation des sept partis politiques au sein du Parlement européen. (Illustration: Parlement européen)

Représentation des sept partis politiques au sein du Parlement européen. (Illustration: Parlement européen)

De plus, le Portugal a été un bon élève au sein de l’Union , notamment dans son rebond économique après la crise de 2008, avec une croissance significative jusqu’à la pandémie. La commission décisionnaire pourrait être amenée à récompenser une forme d’exemplarité dans la résilience en nommant João Leão à la direction de l’ESM, tout en apportant un fauteuil socialiste dans la liste des «patrons de l’UE». Un trio de femmes pourrait aussi être amené à échanger régulièrement avec le futur directeur de l’ESM, toutes de droite ou de centre droit: Christine Lagarde , présidente de la Banque centrale européenne est, pour sa part, issue de la droite conservatrice, tout comme Ursula von der Leyen. La commissaire européenne chargée de la concurrence, Margrethe Vestager , est quant à elle de centre droit. Un candidat de gauche amènerait parité et équilibre.

Enfin, interrogé sur l’existence d’appuis politiques dont pourrait bénéficier Pierre Gramegna au sein de l’UE, le politologue écarte le sujet: «Cela ne se joue pas à ce niveau. Le DP fait partie du groupe libéral européen, c’est un parti intégré, mais pas assez puissant.»

On notera enfin que Pierre Gramegna a échoué deux fois, alors qu’il était ministre, à présider l’Eurogroupe. En 2017, il avait été devancé par le Portugais Mário Centeno, puis par l’Irlandais Paschal Donohoe en juillet 2020.

Contacté par notre rédaction sur les motivations de sa candidature, Pierre Gramegna n’a pas donné suite.