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Statec

Le plus haut taux d’inflation depuis 1984



Entre mars et avril, les prix des produits alimentaires ont encore augmenté en moyenne de 1,3%. (Photo: Matic Zorman/archives)

Entre mars et avril, les prix des produits alimentaires ont encore augmenté en moyenne de 1,3%. (Photo: Matic Zorman/archives)

En avril, le taux d’inflation s’est fixé à 7%, indique le Statec, contre 6,1% un mois plus tôt. Il n’avait jamais été aussi haut depuis 1984.

L’indice des prix à la consommation a encore progressé de 0,8% en avril dernier, dévoile le Statec, chargé de le calculer. Le taux annuel d’inflation se fixe à 7%, contre 6,1% un mois plus tôt.

Ce n’est pas l’évolution des prix des produits pétroliers qui est la plus impactante, se «limitant» à 1,1% en avril par rapport à mars. Néanmoins, en comparaison avec avril 2021, la hausse des prix dérivés du pétrole est de 59,2%.

En un an, +5,6% d’augmentation pour les produits alimentaires

Hors pétrole, l’inflation subit surtout la poussée des prix des services (+1% en un mois) ou de la restauration (+1,2%). L’alimentation connaît aussi une augmentation de +1,3% en comparaison mensuelle. Entre mars et avril, la viande a augmenté de 2,4%, les légumes frais de +3,7%, les graisses et les huiles de +1,4%. A contrario, le riz (-1,1%) ou le café (-1,3%) ont diminué de prix. «En comparaison annuelle, le passage en caisse des produits alimentaires s’est renchéri de 5,6% pour les consommateurs», note le Statec.

L’inflation sous-jacente (c’est-à-dire l’indice désaisonnalisé, mesure sur le long terme qui donne un indice plus précis, ndlr) connaît «aussi une trajectoire très dynamique, s’élevant à 4,2% en avril», explique encore le Statec. Un effet du conflit en Ukraine? En tout cas, une partie des facteurs qui expliquent ce phénomène sont antérieurs: décalage entre la reprise de l’offre et de la demande post-Covid, avec, à la clé, un rebond du prix du pétrole et une envolée du prix du gaz. L’agression russe, tout comme le maintien de la stratégie zéro Covid en Chine, avec des fermetures d’usines et de ports, et donc des perturbations des chaînes logistiques, a empêché la dissipation de ces pressions haussières.

Au cours des prochains trimestres, l’inflation sous-jacente devrait continuer à être stimulée par les goulets d’étranglement et les prix de l’énergie. Le Statec pointe aussi une possible dépréciation de l’euro, qui contribuerait à renchérir les produits importés. Une accélération des salaires pourrait aussi prolonger la poussée inflationniste.

L’incertitude encore…

Le Statec note que la guerre augmente l’incertitude autour des prévisions, notamment en ce qui concerne les prix de l’énergie. Elles ne tiennent en effet pas compte d’une possible suspension des livraisons de gaz vers l’Europe, ou de la répercussion des hausses des prix des matières premières sur les produits finaux.

À toute chose, malheur est bon: cette incertitude et les perturbations liées à la guerre dégradent l’environnement conjoncturel, «ce qui aura un impact modérateur sur l’inflation».

5,8% d’inflation cette année

Dans ses prévisions, le Fonds monétaire international table pour la zone euro sur un taux d’inflation de 5,3% cette année, puis un freinage à 2,3% en 2023.

Pour le Luxembourg, le Statec anticipe une inflation 5,8% cette année, alors qu’elle s’élevait à 4,4%, selon les prévisions émises en février dernier. En 2023, il faudrait s’attendre à un taux d’inflation à 2,8%. Un coup de frein dû au ralentissement de l’inflation sous-jacente et à un recul du prix du pétrole, tel qu’auguré par Oxford Economics.

Au regard de ces projections, un nouvel index pourrait donc tomber dès le 1er juillet, seulement trois mois après le précédent déclenchement de l’indexation des salaires . Toutefois, conformément aux mesures décidées en tripartite , cette prochaine indexation sera automatiquement repoussée à avril 2023, afin de soutenir les entreprises face, entre autres, à la hausse induite de la masse salariale. Pour compenser le report de cet index, plusieurs aides ont été proposées par le gouvernement dans le cadre du  Solidaritéitspak , à commencer par le CIE (crédit d’impôt énergie), qui devait initialement débuter en août, pour compenser le non-déclenchement de la prochaine tranche indiciaire que le Statec avait initialement prévue à cette période…