POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

face à la hausse des infections au covid-19

De nouvelles restrictions à venir



Paulette Lenert et Xavier Bettel défendent la stratégie de dépistage à grande échelle malgré les retombées fâcheuses en ce qui concerne la comparaison des chiffres au niveau européen. (Capture d’écran: gouvernement.lu)

Paulette Lenert et Xavier Bettel défendent la stratégie de dépistage à grande échelle malgré les retombées fâcheuses en ce qui concerne la comparaison des chiffres au niveau européen. (Capture d’écran: gouvernement.lu)

Ce mercredi, le Premier ministre, Xavier Bettel, et la ministre de la Santé, Paulette Lenert, sont revenus sur l’évolution de la pandémie et les mesures que le gouvernement pourrait prendre en cas de nouvelle hausse des infections.

C’est à l’issue du conseil de gouvernement et quelques heures après le coup de griffe de l’opposition parlementaire que se sont exprimés Xavier Bettel  (DP) et Paulette Lenert  (LSAP) lors d’un exercice désormais éprouvé d’information et de pédagogie autour de la crise sanitaire.

«On peut interpréter les chiffres comme on veut, mais le fait est qu’ils sont élevés», a admis d’emblée M. Bettel, alors que le compteur affichait 100 infections supplémentaires en 24 heures mardi soir. «C’était prévisible: nous savions que le déconfinement comportait le risque de faire augmenter les infections. Toutefois, la hausse, bien qu’élevée, n’est pas exponentielle, mais linéaire. Cela veut dire que les chiffres sont alarmants, mais pas choquants.»

Cette évolution commande des réactions à plusieurs niveaux du gouvernement.

Primo: rassurer les pays européens, en particulier nos voisins , quant au risque que représente le Luxembourg pour leurs ressortissants. «Chaque ministre va prendre contact avec ses homologues à l’étranger pour expliquer la situation au-delà des chiffres.» M. Bettel interviendra en ce sens lors du Sommet européen de vendredi et samedi à Bruxelles. «Il est important de rappeler à nos collègues le principe de solidarité européenne. On nous dit de faire beaucoup de tests . Il ne faut donc pas nous punir pour ça.»

Si les chiffres devaient encore augmenter dans les prochains jours, le gouvernement se réunirait en conseil dimanche avec les experts pour définir les étapes à venir.
Xavier Bettel

Xavier Bettel,  Premier ministre

Toutefois, le gouvernement a décidé de communiquer désormais principalement le chiffre des infections des résidents – 82% des cas positifs actuellement – «parce que des conséquences nationales sont tirées de ces chiffres», explique Mme Lenert.

Secundo: prévoir de nouvelles mesures de restriction en fonction de l’évolution des chiffres. «Les experts ont besoin de quelques jours encore pour recevoir des relevés de données et voir où nous en sommes et ce qu’il convient de faire. Si les chiffres devaient encore augmenter dans les prochains jours, le gouvernement se réunirait en conseil dimanche avec les experts pour définir les étapes à venir.»

Sachant que, par l’adoption de la nouvelle loi Covid-19 jeudi, la Chambre entérinera l’extension des mesures barrières aux rassemblements privés .

Surtout, le Premier ministre s’est employé à défendre la stratégie de dépistage à grande échelle entamée par le pays et qui conduit à révéler des cas positifs chez des patients asymptomatiques, gonflant mathématiquement la courbe des infections. «Il faut expliquer, éduquer, mais il ne faut pas mettre en jeu la santé de notre population parce que plusieurs pays nous considèrent comme un pays à risque», souligne M. Bettel. «Ce serait mauvais signe.»

«Le dépistage est la pierre angulaire de notre stratégie», renchérit Mme Lenert. «C’est ce qui nous a différenciés de nos voisins dès le début de la crise. Il nous permet de repérer le virus au plus vite, pas pour notre fierté personnelle, mais afin d’identifier les personnes infectées pour briser la chaîne de transmission.» Et de rappeler que les pays qui testent beaucoup sont aussi ceux dans lesquels la mortalité due au coronavirus est la plus faible.

Six amendes de 8.000 euros contre des bars ou restaurants récidivistes

Sur les 82.000 tests effectués depuis le déconfinement, 66% l’ont été au titre du dépistage à grande échelle. Les cas positifs révélés par ce biais représentent 15% de tous les cas positifs découverts.

Mme Lenert voit la preuve du succès du dépistage massif dans un chiffre, 41%: c’est la part des nouveaux patients testés Covid+ qui étaient déjà placés en quarantaine. Autant de personnes qui ne transmettront donc pas le virus sans se savoir infectées. En deux semaines, plus de 4.000 personnes contacts ont été identifiées, jointes et dépistées. «Nous avons rattrapé notre retard hier soir et avons la situation en main», se félicite Mme Lenert.

Répondant aux interrogations sur l’origine des nouvelles infections, la ministre répète qu’aucun cluster spécifique n’a été identifié. «Certaines entreprises ont plus de cinq cas, mais rien qu’on ne puisse pas gérer.» C’est bien dans la sphère privée que se concentre la grande majorité des contaminations. Parfois sur un malentendu, comme cette personne qui avait fêté son anniversaire en trois fois, afin de respecter la limite de 20 personnes. «Mais si les gestes barrières ne sont pas respectés, le risque de contamination existe toujours», souligne la ministre, qui prône d’ailleurs l’idée que chacun tienne un registre de ses contacts, en particulier lors de soirées ou de fêtes, afin de faciliter le traçage du Covid-19 en cas de contamination.

De son côté, la force publique veille. La ministre a signifié 23 amendes à l’encontre d’établissements relevant de l’Horesca depuis l’entrée en vigueur de la loi du 24 juin. Les bars et restaurants encourent en effet une amende allant jusqu’à 4.000 euros si des clients ne sont pas servis à table (250 euros par client). Quatre établissements ont ainsi été sanctionnés. Et six ont dû s’acquitter de 8.000 euros pour récidive. «Nous espérons que le message est compris parce que ce sont des montants qui font mal», commente Mme Lenert.

La ministre socialiste a annoncé une nouvelle campagne de dépistage ciblée cette fois sur le personnel des hôpitaux, maisons de retraite et structures pour personnes handicapées. 40.000 invitations ont ainsi été envoyées.