POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

L’Agence spatiale a un an

Marc Serres: «Il faut qu’on prenne des risques»



264604.jpg

La première année de l’Agence spatiale luxembourgeoise a été chargée pour son directeur, Marc Serres, et la quinzaine de personnes qui l’entourent... mais la deuxième le sera tout autant, prédit-il. (Photo: Mike Zenari pour la LSA)

L’Agence spatiale luxembourgeoise (LSA) aura un an et un nouveau site internet ce jeudi 12 septembre. Son directeur, Marc Serres, et sa petite équipe de 15 personnes ont été au four et au moulin. Tour d’horizon avant une fin d’année musclée.

Au deuxième étage d’un ministère de l’Économie qui vit à l’heure de l’espace et du cinquantième anniversaire de l’aventure Apollo 11 jusqu’aux empreintes de pas qui accueillent les visiteurs du ministère au rez-de-chaussée, les salles portent des noms d’astronautes.

C’est là que le directeur de l’Agence spatiale luxembourgeoise (Luxembourg Space Agency – LSA), Marc Serres , a accepté d’évoquer ses premiers 365 jours à la tête de ce qu’il appelle le «one-stop shop de l’espace».

Loin des one-stop shops du monde de l’entreprise, celui-là doit naviguer entre des acteurs publics chatouilleux dès qu’il s’agit d’espace et des acteurs privés qui veulent aller vite. L’initiative «Space Resources» du ministre de l’Économie, Étienne Schneider , a dérangé les géants et amusé les petits, mais elle a offert une incroyable vitrine médiatique au Luxembourg.

Un an après la création de l’agence, il reste toujours une ambiguïté de langage. La LSA n’est pas la Nasa. Qu’est-ce que l’Agence spatiale luxembourgeoise?

Marc Serres. — «L’Agence est toujours un département du ministère de l’Économie, mais on réfléchit à faire évoluer la situation. Traditionnellement, les agences spatiales ont été créées parce qu’il y avait des missions à mettre en place ou pour des buts de recherche scientifique. Elles sont le bras armé de l’État. Notre ambition à nous est de travailler en support des entreprises.

Nous ne définissons pas ce qu’il y a à faire, c’est l’entreprise qui vient nous voir et nous dit qu’elle aimerait bien s’attaquer à ce nouveau marché ou développer ce nouveau produit ou ce nouveau service. Et c’est à nous de voir dans quelle mesure on est prêts à cofinancer cette démarche. Il y a un rôle pour l’État, ce n’est pas parce que l’objectif est commercial qu’il n’y en aurait pas. Il y a des risques associés à cette démarche que des entrepreneurs privés ne veulent pas prendre tout seuls.

Nous avons aussi un objectif pour le pays, développer un secteur économique, avoir des entreprises présentes et qui vont contribuer au développement économique, apporter une valeur ajoutée à l’économie. Ça change par rapport à d’autres agences, qui définissent leurs priorités, et les entreprises sont des contractants ou des sous-contractants. Nous, nous sommes un facilitateur.

Ce qu’on fait est dans l’intérêt de la population. On ne s’amuse pas, on ne gaspille pas l’argent!
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Comment juge-t-on de leur intérêt? Prenons iSpace, maintenant sur trois continents… Ils n’ont qu’un bout de recherche ici, le domaine qui est le plus facilement transférable…

«Des risques de catastrophe existent pour toutes les entreprises. Mais il est inévitable, pour des entreprises qui veulent jouer un rôle global, d’être présent sur tous les continents. Il y a encore un certain protectionnisme dans le secteur spatial. Ce n’est pas évident pour une entreprise européenne de gagner des contrats avec la Nasa et ce n’est pas évident pour une entreprise américaine de gagner des contrats en Europe.

Nous verrons à terme si le secteur spatial ne va pas devenir un peu plus global, ce qui n’est pas impossible. On le voit avec le secteur des télécoms par satellite. Dans le domaine de l’exploration, c’est difficile. Pour iSpace, par exemple, on a discuté avec eux d’une démarche, ils ont consenti à faire des investissements au Luxembourg. Il n’y a pas de garantie. Ils se sont engagés à créer un certain nombre d’activités au Luxembourg et après, même nous financièrement, on n’a pas dépensé tout l’argent.

C’est un engagement plutôt moral jusqu’à ce qu’ils aient un contrat commercial avec l’ESA. Le risque existe, il y a une entreprise qui a déjà disparu ( Planetary Resources, ndlr ) et une autre qui a failli disparaître ( Deep Space Industries, ndlr ). Le risque est là. Il faut vivre avec. Comme le risque qu’une entreprise quitte le Luxembourg aussi. Mais il faut qu’on prenne des risques. C’est une mission du ministre.

Luxembourg n’a jamais eu autant de visibilité que depuis qu’on s’est lancés dans les ressources spatiales.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Est-ce que le grand public est prêt à ce qu’on prenne ces risques-là? 

«Ce qu’on fait est dans l’intérêt de la population. On ne s’amuse pas, on ne gaspille pas l’argent! Dans l’histoire du Luxembourg, le pays a pris des risques à plusieurs reprises. C’est un sujet qui n’est pas facile. On fait aussi beaucoup d’efforts pour expliquer ce qu’on fait et comment on le fait.

Il y aura toujours des gens qui ont des doutes et qui seront très critiques, mais ce n’est pas une mauvaise chose. M. Schneider est extrêmement clair et enthousiaste, il y croit vraiment. On ne peut pas faire un essai pendant deux ans et arrêter. Aujourd’hui, il nous donne les moyens d’avancer et de voir où cela va nous mener. Nous pourrons montrer des résultats dans quelques années et convaincre les plus réticents.

Comment les grandes agences ou l’Agence spatiale européenne ont-elles pris la création de l’agence luxembourgeoise?

«Personne ne m’a dit ‘c’est une connerie’. Dans le secteur, on est quand même connus pour être un acteur majeur, notamment au travers des communications par satellite ainsi que pour SES. C’est peut-être plus en dehors de l’Europe, pour les gens qui ne connaissaient pas le Luxembourg ou qui ne savaient pas que SES est un acteur de référence, qu’est venue la surprise. Ce petit Luxembourg n’a jamais eu autant de visibilité que depuis qu’on s’est lancés dans les ressources spatiales.

À l’ESA, on a surtout été actifs dans le volet ‘télécoms’, qui fait l’objet d’une attitude un peu différente de l’agence européenne, avec des appels à candidatures. Nos contributions sont pour les deux tiers, même plus, sur des programmes de télécoms et d’applications. Le volet qui a un potentiel commercial. La coopération fonctionne très très bien. On a un certain lead parce qu’on a mis des moyens pour soutenir notre industrie.

Il y a quelques mois, l’Agence spatiale a développé sa propre stratégie en matière de ressources spatiales, et c’est un pas énorme pour nous.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Un aspect qui montre cela est la présidence du Luxembourg du comité en charge des télécoms à l’ESA (avec Mathias Link, ndlr). Avec notre démarche sur les ressources spatiales, on a commencé à discuter avec d’autres parties de l’ESA, un effort important pour nous parce qu’on est venus avec une démarche pas très traditionnelle, mais l’ESA a tout de suite été intéressée.

Il y a quelques mois, l’Agence spatiale a développé sa propre stratégie en matière de ressources spatiales, et c’est un pas énorme pour nous. On a réussi à faire avancer l’ESA afin qu’elle définisse sa propre stratégie. On discute sur une idée, je ne peux pas en dire trop, de quelque chose de spécifique sur ce sujet. On est au milieu des discussions. On communiquera au milieu du mois d’octobre. Une initiative conjointe ESA-Luxembourg qui s’intègre dans les deux stratégies.

Est-ce que le Brexit change quelque chose dans les équilibres à l’Agence européenne?

«La Grande-Bretagne reste un État membre, donc non. Mais indirectement quand même, parce qu’il y a les programmes européens, et c’est là que le changement va opérer. Comme l’ESA est un acteur de la mise en œuvre des projets européens, ça aura un certain impact. À moins que Londres décide de changer sa politique vis-à-vis de l’ESA.

En un an, qu’est-ce que vous avez fait à l’Agence? Partir de zéro, ça doit être quand même excitant… 

«On a entamé beaucoup de choses. La création de la LSA est une étape dans l’historique. On y a travaillé avant. Ce qui a vraiment changé, c’est l’initiative sur les ressources spatiales, à l’origine de la création de l’agence. L’Agence poursuit différentes missions suivant deux grands axes: le soutien des entreprises dans le domaine des télécoms, puisque c’est là qu’on a les opportunités commerciales, et les ressources spatiales.

On a aussi ce master à l’université, des initiatives pour les gens qui sortent de l’université, pour avoir un premier contrat à l’ESA, et quelques initiatives extra-scolaires.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Toute une série d’éléments transversaux sont apparus, sur lesquels on était plus ou moins actifs. L’éducation et la formation: on a pris part au réseau Esero pour adresser les niveaux primaire et secondaire , pour utiliser l’espace comme un moyen pédagogique dans un cours de science ou de math. Là, on travaille avec l’ESA et le bureau a été confié au Luxembourg Science Center.

On a aussi ce master à l’université , des initiatives pour les gens qui sortent de l’université, pour avoir un premier contrat à l’ESA, et quelques initiatives extra-scolaires, comme l’école d’été autrichienne où on peut envoyer un jeune en cours d’études supérieures ou un PhD, avec le GLAE.

Au niveau du financement, on a progressé vers la mise en place d’un fonds d’investissement. On voit le bout du tunnel. Avant la fin de l’année, on viendra avec une communication plus claire. Il y a des implications juridiques.

Pourquoi ça prend tellement de temps? On a presque l’impression d’avoir entendu parler du fonds avant d’avoir entendu parler de l’Agence…

«En France, ils ont créé CosmiCapital , ils ont même choisi leur équipe de gestion avant nous et le fonds n’est pas opérationnel. Nous avons voulu nous donner le temps de faire les choses correctement. Notre objectif est d’être le premier fonds en Europe qui est dédié au spatial et qui couvrirait des investissements qui vont au-delà du Luxembourg. Il y a déjà Seraphim en Grande-Bretagne, qui est très national. Je crois même qu’ils ne peuvent pas investir au-delà de la Grande-Bretagne. Notre fonds aura une portée plus large.

Quand on met tous les éléments ensemble, naturellement, le Luxembourg devient une Place très attractive.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

On en connaît l’enveloppe?

«On a un objectif, mais c’est délicat d’en dire plus au moment où nous effectuons ces démarches.

Est-ce que ce sera une sorte de transposition de ce qu’on fait dans le Digital Tech Fund?

«Il y a des similarités, mais le Digital Tech Fund est extrêmement centré sur le Luxembourg. Aller plus loin, ici, c’était nécessaire pour attirer d’autres investisseurs qui se fichent de savoir où ils investissent. Comme on ne sera pas le seul investisseur… Le fonds pourra investir dans le monde entier.

Pour amener les sociétés au Luxembourg? Non, pas du tout...

«Il y aura une certaine contrainte sur un lien avec le Luxembourg, mais pas sur l’entièreté des investissements. On ne peut pas forcer le fonds à investir rien qu’au Luxembourg parce qu’on est un des investisseurs. Il y aura une volonté de retour au Luxembourg, mais pas sur 100% des investissements. Cette initiative est là pour contribuer au développement de notre économie.

De manière directe ou indirecte. Cela va le faire! Cela fera partie des éléments de l’écosystème, comme les talents, les outils de financement, etc. Et quand on met tous ces éléments ensemble, naturellement, le Luxembourg devient une Place très attractive. Les choses qui se passent naturellement ont de bien meilleures chances d’être durables. On vise plutôt l’early stage, pas dans des tickets à 20 millions d’euros.

L’early stage, c’est aussi le stade où on perd de l’argent plus facilement… Huit ou neuf investissements sur dix partent en fumée...

«Ça ne veut pas dire qu’on ne s’intéresse pas aux autres étapes du développement d’une société. Au niveau du financement, notre analyse était assez claire, confirmée par la Banque européenne d’investissement. Ils ont fait un exercice global avec la Commission européenne: il y a un manque de moyens d’investissements en capital, particulièrement vrai pour le spatial. Ici, on s’est attaqués à une première problématique. La question se pose aussi pour l’upscaling.

Tous les trous ne sont pas bouchés, mais à un moment donné, d’autres acteurs devront prendre la main.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Cela vaudra pour les sociétés qui arrivent à un niveau de maturité et qui ont besoin d’investissement pour ce développement. Le Luxembourg n’a pas nécessairement vocation à résoudre tous les problèmes. On travaille aussi sur la stratégie de financement. En matière de R&D et d’innovation, on n’est pas mal équipés avec tous les programmes dont nous disposons, comme les aides d’État, qui ne sont pas spécifiques à l’espace, mais aussi tous les programmes de l’ESA qui sont extrêmement ouverts et flexibles pour aider les entreprises en matière d’innovation.

Tous les trous ne sont pas bouchés, mais à un moment donné, d’autres acteurs devront prendre la main. Aujourd’hui, il y a au niveau de la Commission européenne une démarche pour mettre en place un projet pilote de financement de fonds. Des moyens pour contribuer à des fonds dans le secteur spatial. Le projet n’est pas opérationnel. C’était prévu pour la fin de l’année, on entend qu’il va y avoir du retard. Il serait cofinancé par le Fonds européen d’investissement et la Commission et géré par l’EIF.

Sur le volet de la recherche, il y a encore des initiatives à prendre. On a fait cette étude sur la chaîne de valeur des ressources spatiales pour voir comment le Luxembourg devrait se positionner dans le futur et on a entamé un dialogue plus large avec les acteurs de la recherche au Luxembourg. D’ici la fin de l’année, il y aura aussi des décisions à prendre sur la manière dont on doit se positionner.

Encore la position de «first mover» du Luxembourg?

«L’étude n’a pas eu vocation à identifier des entreprises mais à avoir une meilleure compréhension de la façon dont les ressources spatiales et les applications pourraient évoluer dans le futur. Y compris les éléments critiques pour développer des chaînes de valeur. C’est à nous de nous positionner, y compris en termes d’investissements. Ça nous a éclairés sur des décisions à prendre.

En matière réglementaire, il y a eu des avancées nationales. On a surtout fait un travail international. On a été très actifs sur des groupes formels et informels. Comme l’initiative prise par le gouvernement des Pays-Bas pour réfléchir aux différents volets à prendre en compte si on veut avoir un cadre international pour encadrer l’exploitation des ressources de l’espace. Ils ont un professeur à l’université de Leiden très engagé là-dessus pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants parce qu’ils sont partis du traité de la Lune.

De l’attitude réticente, on est passés à un mode plus constructif, les gens ne résistent plus.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Ce groupe est constitué de politiques, des universités, des entreprises et des juristes. Le Luxembourg cofinance son fonctionnement et le prochain se réunira en marge de NewSpace Europe. Ce sera sa dernière réunion avant de produire son rapport. Comme les 20 ‘building blocks’ à prendre en compte pour bâtir un cadre international. Mais tout cela doit se discuter aux Nations unies. Les ressources spatiales sont systématiquement à l’ordre du jour depuis trois ans. On a globalisé la discussion.

Et en même temps, nous avons commencé, nous, petite LSA, à discuter avec la Nasa. C’est un travail de longue haleine, on voit des progrès. De l’attitude réticente, on est passés à un mode plus constructif, les gens ne résistent plus. Il pourrait aussi y avoir un groupe de travail ad hoc aux Nations unies. C’est une proposition qui est venue d’autres pays, une bonne surprise pour nous. D’autres pays sont réellement intéressés à avancer sur ce sujet, sachant qu’il n’y a pas encore de marché. C’est une opportunité pour tout le monde. L’enjeu nous dépasse.

Enfin, avec l’arrivé de Lynn ( Robbroeckx, comme responsable de la communication , ndlr), nous avons pas mal avancé. Pour notre anniversaire, nous allons sortir un nouveau site, plus élaboré, qui rentrera plus dans le détail des opportunités et des soutiens qu’on peut offrir, qui expliquera mieux aussi les différentes démarches qu’on a entamées. Au niveau de la communication, on a beaucoup travaillé, pour intéresser ou attirer les gens.

Les décisions qui seront prises par le gouvernement dans le plan d’action national auront un impact sur l’année prochaine.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale européenne

Un an après, est-ce qu’il y a des frustrations, des freins?

«Comme on a démontré qu’on a dépassé les attentes avec peu de moyens, les attentes augmentent tous les jours. On a atteint un niveau de saturation au niveau des activités qu’on peut faire. On est une quinzaine: une partie du ministère et des gens externes, pour une durée déterminée, comme Gary Martin, dont le contrat se termine à la fin de l’année et qui est là depuis deux ans. Si on veut répondre à toutes les attentes, il va falloir penser à étoffer un peu l’équipe.

Plus d’accords égalent plus de relations vers l’extérieur, et ces dialogues entre personnes nécessitent plus de moyens et de temps. Mais le travail est extrêmement intéressant et tout le monde est pleinement engagé sans être à un niveau de frustration… L’objectif reste de monter les compétences au Luxembourg et de les garder au Luxembourg. Même si elles se retrouvent ailleurs, c’est aussi une manière de diffuser ces compétences. Ce serait embêtant, mais Gary Martin restera un formidable ambassadeur…

L’ESA, c’est une quinzaine de comités, qui se réunissent quatre à six fois par an pour deux à trois jours; on voyage beaucoup, on communique avec beaucoup d’autres interlocuteurs en Europe. À Vienne, aux Nations unies, on a beaucoup de support de représentation là-bas. Mais on doit quand même y aller. Ce ne sont pas beaucoup de réunions: deux semaines de réunions une fois par an. L’Union européenne se positionne, ce qui signifie de nouvelles opportunités pour chaque pays.

Les entreprises ne sont pas toujours bien équipées pour nous donner assez précisément la part du spatial, mais c’est important de le faire avec une marge d’erreur relativement petite.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Quelle sera l’ambition de la deuxième année?

«Il y a des réflexions en cours. Tout cela va venir avant la fin de l’année. On va avoir des mois chargés, comme la préparation du conseil ministériel de l’ESA, notre principal instrument de financement de la RDI. On a en cours une large consultation de tous nos acteurs, pour décider des programmes auxquels on va participer et à quelle hauteur on va participer.

On a entamé un exercice de collecte d’informations sur les chiffres d’affaires et les emplois dans le secteur. C’est un effort considérable puisqu’aucune statistique ne permet de le dire avec précision. Ça restera difficile. Les entreprises ne sont pas toujours bien équipées pour nous donner assez précisément la part du spatial, mais c’est important de le faire avec une marge d’erreur relativement petite.

Est-ce qu’il y a une volonté de communiquer? De dire «l’espace représente 5% du PIB et 1.000 emplois»?

«On ne s’est pas défini d’objectifs quantitatifs. La question se pose. Notre approche est de laisser la liberté aux entreprises de se développer. C’est difficile de se dire ‘nous voulons cinq entreprises par an’. Il peut y en avoir plus une année et beaucoup moins une autre année. Nous, on doit être prêts à les soutenir. Définir les objectifs par rapport à notre approche, ce n’est pas la bonne méthode.

Le ministre l’a déjà dit: d’ici la prochaine décade, il verrait bien un secteur à 5% du PIB. J’ai déjà eu la question de savoir s’il allait remplacer le secteur financier, là on parle de 30%... Je n’ai pas de boule de cristal. 30%, c’est très ambitieux. 5%, ça voudrait dire qu’on essaie de doubler, donc d’avoir un deuxième acteur de la taille de SES. Peut-être que c’est encore réaliste. De manière très optimiste, si le développement des ressources spatiales prend l’ampleur que ça pourrait avoir, par rapport à la taille du secteur minier terrestre, on a déjà eu un secteur qui prenait 40% du PIB… On parle d’une quinzaine d’années avant éventuellement les premiers succès commerciaux.

On souhaite que l’Agence devienne le one-stop shop du secteur, quitte à ce que nous ne fassions pas toutes les choses nous-mêmes, mais pour que quiconque ait un interlocuteur unique pour l’aiguiller ensuite.

Les décisions qui seront prises par le gouvernement dans le plan d’action national auront un impact sur l’année prochaine. On s’attend à ce qu’elle soit chargée en termes de nouvelles initiatives. Cette initiative est bien supportée! Étienne Schneider est quand même exceptionnel dans la manière dont il le fait! Qui aurait le courage de dire ‘on arrête tout ça’? Il y a beaucoup de questions qui se posent. C’est normal.

On est dans une phase de construction, pas encore dans un régime stationnaire. C’est aussi un défi pour nous de répondre à tout avec la précision qu’on attend de notre part parce qu’il y a encore beaucoup d’incertitude.

On va avoir besoin de plus de satellites, de plus petits satellites.
Marc Serres

Marc Serres,  directeur,  Agence spatiale luxembourgeoise

Est-ce que vous suivez certains développements particulièrement? Les Indiens qui vont sur la Lune, la Chine de l’espace qui se développe à toute vitesse, les géants des technologies qui lancent leurs propres réseaux de télécoms par satellite?

«Ce qui nous intéresse d’abord, ce sont les sujets qui ont un lien avec le Luxembourg. Tout ce qui est le développement de méga-constellations, comme celles que les géants sont en train de préparer ou de lancer, c’est un énorme enjeu pour nous. De par notre présence dans le secteur des satcoms et de SES au Luxembourg, mais aussi parce que cela crée de nouvelles opportunités.

On va avoir besoin de plus de satellites, de plus petits satellites. LuxSpace développe une plate-forme de microsatellites, et évidemment ses développements visent un marché qui grandit. On suit les évolutions liées à l’exploration de l’espace, comme la possibilité de faire de grandes économies si on organise l’utilisation de ressources là où on veut aller les exploiter.

Pour la Lune, on a iSpace, on regarde ce que font les autres. Après, ce que je trouve vraiment intéressant, ce sont ces idées un peu disruptives de ce qu’on peut faire dans l’espace, comme la production de fibre optique dans l’espace.»