PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

chute des marchés

«La journée de lundi a été brutale, horrible»



Les bourses européennes clôturaient toutes dans le rouge lundi soir. (Photo: Shutterstock)

Les bourses européennes clôturaient toutes dans le rouge lundi soir. (Photo: Shutterstock)

La journée du 9 mars a donné des sueurs froides aux traders. L’ampleur de la chute des marchés a rappelé les décrochages des bourses de la dernière crise de 2008. Témoignage de Luke Hickmore, investment director chez Aberdeen Standard Investments.

C’était un lundi noir pour les marchés financiers. Le 9 mars, les bourses ont plongé, réagissant fortement à la décision unilatérale de l’Arabie saoudite de baisser drastiquement le prix de son pétrole et d’augmenter sa production, après l’échec de négociations avec la Russie.

Les cours du pétrole ont chuté d’environ 30%, du jamais vu depuis 1991 et le déclenchement de la première guerre du Golfe.

Une dégringolade amplifiée par les conséquences du coronavirus , qui a entre autres entraîné dans son sillage les autres valeurs énergétiques, les matières premières (colza, huile de palme), les valeurs bancaires et celles liées au tourisme.

Résultat: les bourses européennes clôturaient toutes dans le rouge lundi soir (-7,69% pour la Bourse de Londres, -7,94% pour Francfort, -7,96% pour Madrid, -8,39% pour Paris, -11,17% pour Milan), affichant des plus bas historiques.

À Wall Street, une suspension de séance a été nécessaire peu après l’ouverture, conformément à la procédure de «coupe-circuit» activée pendant quelques minutes en cas de forte baisse, pour donner de l’air aux investisseurs. Le Dow Jones a finalement perdu 7,79% et le Nasdaq 7,29%, leur pire séance depuis 2008.

À la clôture des bourses, Luke Hickmore, investment director chez Aberdeen Standard Investments, réagissait à chaud pour Paperjam.

Comment qualifieriez-vous cette journée?

Luke Hickmore. – «C’était une journée brutale, horrible. Pour les actions et pour les obligations, c’est un des mouvements de marché les plus choquants qui m’ait été donné de voir en 30 ans de carrière. L’impact a été particulièrement large en termes de secteurs et de valeurs touchés.

Quelles sont les valeurs qui ont le plus souffert?

«Le secteur de l’énergie est clairement le plus grand perdant de la journée. British Petroleum a par exemple perdu près de 20%. Ce secteur est suivi par les banques, du fait de la préoccupation croissante autour de l’impact du Covid-19.

Il peut en effet y avoir des conséquences sur la qualité du crédit dans le monde. La journée d’hier était donc aussi extraordinairement mauvaise pour le marché du crédit.

Étant donné le niveau du VIX (surnommé «l’indice de la peur»), qui mesure la volatilité des marchés, est-on dans un scénario similaire à 2008?

«La réaction des marchés hier a été similaire en termes de rapidité du choc, mais il y a plusieurs différences significatives. La première, contrairement à 2008, c’est que vous pouvez toujours trader.

La seconde, c’est que les régulateurs ont obligé les banques à renforcer leurs capitaux depuis la dernière crise. Une rupture de la chaîne d’approvisionnement en Chine peut occasionner des problèmes importants pour des entreprises qui peuvent arriver au point de ne plus pouvoir honorer leurs engagements, notamment le remboursement de leurs dettes. Dans ces cas-là, un secteur bancaire sain est indispensable.

Les marchés attendent un stimulus fiscal ciblé pour les entreprises, notamment les PME, pendant un, voire deux trimestres.

Luke Hickmore,  investmentdirector,  Aberdeen Standard Investments

À quelles conditions les marchés peuvent-ils se refaire?

«La contamination doit être contenue et le nombre de cas doit baisser en Italie. Ensuite, des actions coordonnées des banques centrales sont souhaitées.

Après la Fed , la BCE rend sa décision de politique monétaire jeudi 12 mars. Son taux de dépôt devrait baisser, mais il est aussi possible qu’elle augmente la taille de son programme d’achat de dette privée.

Les marchés attendent également un stimulus fiscal ciblé pour les entreprises, notamment les PME, pendant un, voire deux trimestres.

À l’aune des actions prises, les marchés peuvent se calmer dans les 7 à 10 prochains jours.

À partir de quand peut-on parler de krach boursier?

« On peut parler de krach à partir d’une chute de 20% des marchés. On évoquera davantage une correction pour une baisse de 10%. Il faut se rappeler que dans les années 1930, le marché actions américain avait plongé de 85%. Ça, c’est vraiment un krach!

Néanmoins, si la séance d’hier devait se reproduire encore un jour ou deux dans la même ampleur, nous atteindrons une baisse de 30 à 40%. Et nous arriverons là certainement à un krach.»