PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Accord international

La Place se prépare à la transposition de Bâle III



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Serge de Cillia, CEO de l’ABBL, va activer le lobbying de la fédération. (Photo: Maison Moderne)

L’Autorité bancaire européenne évalue l’impact de Bâle III à 135,1 milliards d’euros. Le lobbying des fédérations bancaires nationales, dont l’ABBL, s’organise avant la transposition en droit de l’accord international.

Le chantier de Bâle III date de la crise de 2008 et a pour but de renforcer les fonds propres des banques pour qu’elles soient solvables, donc capables de faire face à leurs engagements, à tout moment.

Entériné en 2017 par les différentes banques centrales internationales, l’accord de Bâle III doit maintenant être transposé en droit, pour une entrée en vigueur d’ici 2027.

Problème: l’impact de cette réglementation sera plus élevé que prévu. L’Autorité bancaire européenne (EBA) a ainsi communiqué le 2 juillet une estimation de 135,1 milliards d’euros de surcoût en capital, pour que les exigences en fonds propres soient respectées par les banques, soit 24,4% de plus qu’actuellement. Alors que l’EBA avait annoncé un surcoût de 39 milliards d’euros en mars.

«Impact colossal»

Pour Serge de Cillia , CEO de l’ABBL (Association des banques et banquiers, Luxembourg), «l’étude d’impact de l’EBA est un désastre. L’estimation est finalement loin de celle qui a été faite en 2017. L’impact s’avère en fait colossal!»

Tandis que les fédérations française, allemande et néerlandaise se sont récemment réunies pour faire entendre leur mécontentement à Bruxelles, l’ABBL compte aussi activer son lobbying.

Une entrevue avec la CSSF (Commission de surveillance du secteur financier) est déjà prévue sur ce sujet dès la rentrée afin d’évaluer l’impact réel pour le secteur au Grand-Duché. Le bureau de représentation de l’ABBL à Bruxelles est lui aussi sollicité, tandis que des rendez-vous sont déjà prévus avec la présidence finlandaise du Conseil de l’Union européenne en septembre, puis avec la présidence croate début 2020.

Réévaluation des modèles

«La Place luxembourgeoise est très bien capitalisée. Elle atteint un ratio de solvabilité moyen de 24,8%, supérieur à celui de la France ou de l’Allemagne. Mais cela ne signifie pas que l’impact sera nul. Et il vaut mieux plaider sa cause avant que la rédaction des textes soit finalisée», atteste Serge de Cillia.

Un tel surcoût en capital va nécessiter une remise en cause des modèles internes d’évaluation des risques des établissements bancaires, mais aussi de l’organisation interne.

«Même les entités luxembourgeoises qui dépendent d’un siège situé dans un autre pays devront réévaluer leurs risques opérationnels et passer en revue leurs process organisationnels et informatiques», précise Serge de Cillia. «Dans tous les cas, il va y avoir une augmentation substantielle des frais pour que les banques se mettent en conformité», signale-t-il.