PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

L’ombre du coronavirus flotte sur les marchés internationaux



Olivier Goemans, head of investment strategy and innovation (Bil). (Photo: Bil)

Olivier Goemans, head of investment strategy and innovation (Bil). (Photo: Bil)

Les investisseurs sont passés de l’optimisme à la panique concernant les mesures de confinement du virus, alors qu’il s’est propagé dans les pays proches et éloignés de la Chine, où il est apparu. Personne ne sait encore vraiment si l’épidémie pèsera sur les résultats du premier trimestre, ni si elle contredira le scénario de «stabilisation de la croissance mondiale» que les marchés avaient imaginé pour 2020 après que les États-Unis et la Chine ont trouvé un terrain d’entente dans le conflit commercial qui les oppose.

Alors que des cas d’infection apparaissent dans le monde entier, l’Italie est le dernier pays en date à restreindre la circulation des citoyens pour tenter d’endiguer la propagation du virus. Quelque 100.000 personnes ont été mises en quarantaine, principalement dans les régions de la Lombardie et de la Vénétie. Mardi, le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a averti qu’il était probable que l’épidémie se transforme en une pandémie susceptible de causer des perturbations «sérieuses» dans la vie quotidienne aux États-Unis.

La peur ou les fondamentaux

Les traders semblent avoir perdu tout espoir d’une résolution rapide de la crise, ce qui s’est traduit par une violente correction des actifs à risque. Après l’avertissement du CDC, le S&P 500 a subi une nouvelle baisse de 3% en sus de ses précédentes pertes, et le bon du Trésor à 10 ans, considéré comme une valeur refuge, a vu son rendement atteindre un nouveau plancher historique de 1,31%. Le rendement des bons du Trésor à 30 ans a également atteint un nouveau plus bas record, de 1,81%. L’indice de référence européen a pour sa part cédé plus de 7% à la suite de l’épidémie en Italie.

Reste à savoir si la réaction est justifiée. Certains prétendent que le marché est guidé par la peur plutôt que par les fondamentaux, d’autres affirment que les marchés se sont, jusqu’à présent, montrés complaisants quant aux risques du virus et à ses retombées économiques.

Impact économique incertain

Il est encore impossible d’évaluer l’impact économique de l’épidémie, bien que l’on puisse supposer qu’elle plombera les résultats du premier trimestre. La publication des premières données macroéconomiques pour le mois de février la semaine prochaine nous donnera la tendance.

La réalité est que l’économie du Vieux Continent semble moins résistante aux perturbations potentielles. Son secteur manufacturier commençait à peine à se remettre d’un précédent épisode de paralysie, et voilà qu’aujourd’hui, l’économie axée sur les exportations risque à nouveau de pâtir des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, de l’arrêt de l’activité et de la faiblesse de la demande (en particulier de la Chine).

L’Italie a déjà appelé Bruxelles à une certaine souplesse en ce qui concerne l’application du cadre budgétaire, au cas où le virus devait avoir un impact économique prolongé sur le pays, déjà au bord de la récession technique après un repli de -0,3% au quatrième trimestre 2019.

Si le virus continue à se propager, des dépenses publiques considérables seront nécessaires pour le maîtriser, mais aussi pour en réparer les dommages. De son côté, la banque centrale chinoise a fait preuve de proactivité et d’agilité en soutenant l’économie par une série de baisses de taux et d’injections de liquidités. Aux États-Unis, les marchés pensent que la Fed volera elle aussi à leur secours, et ils tablent désormais sur une baisse de taux en juin. Le problème en Europe est que les options de la BCE en matière de politique monétaire sont limitées. Au final, cette crise sanitaire pourrait être l’événement catalyseur qui fera bouger les lignes en matière de dépenses budgétaires.