PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

AVIS D’EXPERT

Les facteurs ESG pour l’instant relégués au second plan



Pour Ann Steele, les facteurs ESG peuvent contribuer à la reprise, mais ne constituent pas les critères premiers de performance. (Photo: Columbia Threadneedle)

Pour Ann Steele, les facteurs ESG peuvent contribuer à la reprise, mais ne constituent pas les critères premiers de performance. (Photo: Columbia Threadneedle)

Ann Steele, European equities portfolio manager chez Columbia Threadneedle Investments, s’exprime sur les conséquences de la pandémie sur les investissements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Dans une note d’analyse publiée le 1er avril, Ann Steele, European equities portfolio manager chez Columbia Threadneedle Investments, explique les impacts possibles de la pandémie de coronavirus sur les investissements ESG et sur la lutte contre le changement climatique.

Paperjam.lu vous en livre la version traduite en français:

Quels effets la pandémie a-t-elle sur les investissements ESG?

Ann Steele. – «La situation extraordinaire de Covid-19, l’incertitude et la volatilité des marchés ont été torrides pour les investisseurs.

Désormais, le maintien du chiffre d’affaires et l’endettement deviennent des éléments-clés pour les investisseurs, avant les considérations ESG.

Prenons l’exemple du secteur financier. Avec des marchés turbulents, un ralentissement de l’économie, l’incertitude des consommateurs et la pression sur les revenus des ménages, les régulateurs prennent les devants.

Cela crée de l’incertitude pour les banques et des menaces autour de l’adéquation entre les fonds propres et les prêts non productifs. Des facteurs qui l’emportent sur les considérations ESG.

Les entreprises de meilleure qualité, dont les facteurs ESG sont une composante de cette qualité, seront les premières à bénéficier de la reprise du marché.
Ann Steele

Ann Steele,  European equities portfolio manager,  Columbia Threadneedle Investments

Cela ne signifie pas que les considérations ESG tombent à l’eau. Les entreprises de meilleure qualité, dont les facteurs ESG sont une composante de cette qualité, seront les premières à bénéficier de la reprise du marché.

Les facteurs ESG peuvent contribuer à la reprise, mais les performances ne seront pas nécessairement liées à la durabilité ou à l’agenda écologique.

Les entreprises ont beaucoup investi dans le développement de stratégies ESG et dans l’embauche d’experts ESG. Ces investissements pourront-ils être rentabilisés, même si les marchés sont en baisse?

«L’investissement responsable et les stratégies ESG ont récemment bénéficié d’un fort engouement. Les défenseurs de ces stratégies en vantent les mérites et l’importance, et la tourmente actuelle n’a pas stoppé cet élan.

Pour nous, l’ESG fait partie de notre approche d’investissement fondamentale, qui applique 50% d’analyse financière et 50% d’analyse non financière. Aucune des deux analyses n’est superflue pendant cette période de marché.

Nous avons par exemple observé d’excellentes réactions de la part des entreprises , comme, par exemple, Ahold, qui a accordé à 70.000 employés une augmentation de salaire de 10% et deux semaines de salaire supplémentaires si jamais ils tombent malades. Ou encore Morrisons, qui a créé un fonds pour le personnel et les familles, Prada, qui a donné 80.000 combinaisons et 110.000 masques au personnel soignant en Toscane, et Louis Vuitton, qui fabrique du désinfectant pour les mains.

Dans les secteurs les plus résistants, la qualité ESG est plus facilement reconnaissable, car les actions se maintiennent bien, comme dans les produits de consommation courante, les soins de santé ou les services publics. Les leaders de l’ESG que sont Unilever ou Lonza en sont des exemples marquants.

Les facteurs ESG ne sont pas le moteur principal de la performance: ils sont un facteur secondaire en tant que composante non financière.
Ann Steele

Ann Steele,  European equities portfolio manager,  Columbia Threadneedle Investments

Dans une telle situation, les considérations ESG sont-elles encore prises au sérieux, compte tenu de l’ampleur de la baisse des marchés?

«Les facteurs ESG ne sont pas le moteur principal de la performance: ils sont un facteur secondaire en tant que composante non financière.

L’expérience récente des secteurs des voyages  et des loisirs montre que des problèmes énormes émergent. Les compagnies aériennes sont touchées, tout comme les hôtels et les restaurants . Le confinement, ainsi que le travail à domicile, renforce ces effets.

Or, la qualité ESG n’a pas été un facteur atténuant pour ces secteurs. Ces derniers jours, les changements d’allocation d’actifs, comme les rachats de fonds communs de placement, signifient que les entreprises de meilleure qualité, et plus liquides, sont vendues dans une course désespérée à la liquidité .

Le coronavirus a-t-il fait reculer les efforts de l’industrie pour être plus verte?

« L’Union européenne poursuivra son programme écologique et ses réformes en matière de financement durable, mais nous assisterons à d’autres dynamiques au niveau mondial.

L’Agence internationale de l’énergie a averti que le coronavirus pourrait réduire les émissions de carbone à court terme, mais qu’il menace l’action climatique à long terme, car il modifie le modèle politique et économique de la transition énergétique.

La chute brutale des prix du pétrole cette année poussera la Chine ou l’Inde, dont la demande en énergie est croissante, à bloquer les niveaux de prix actuels.

Selon Bloomberg, 2020 pourrait voir la première chute de la croissance de l’énergie solaire depuis les années 1980, et les ventes de véhicules électriques pourraient s’arrêter.

La tendance à l’investissement responsable est là pour durer, même si la volatilité actuelle des marchés nous rappelle brutalement qu’elle n’est pas la cause première de la performance financière. L’investissement responsable n’est qu’un des facteurs utilisés dans une prise de décision pragmatique d’investissement. Ce n’est pas une panacée.»