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La finance durable en recherche de benchmark



Selon Sachin Vankalas, le directeur général de Luxflag, le fait que ce panorama existe est «une initiative la bienvenue». (Illustration: Maison Moderne)

Selon Sachin Vankalas, le directeur général de Luxflag, le fait que ce panorama existe est «une initiative la bienvenue». (Illustration: Maison Moderne)

La plate-forme française Novethic, spécialisée dans la finance durable, a publié son dernier panorama européen des labels du secteur. LuxFlag déplore que les critères de comparaison ne lui permettent pas de mettre en avant ses spécificités.

Habitués à évaluer les fonds prétendants à l’appellation «finance durable», les labels se voient évalués à leur tour. C’est Novethic qui a entrepris ce ­chantier pour tenter d’établir une classification européenne. Fondée en 2001 et basée à Paris, Novethic est une filiale du groupe public Caisse des dépôts, et produit des études de référence sur le secteur de la finance durable. L’organisme a publié, fin janvier, la 2e édition de son « Panorama des labels européens de finance durable ».

«Le panorama a le mérite d’exister, et c’est une initiative bienvenue», commente Sachin Vankalas , directeur général de LuxFlag, qui se place au 4e rang des sept labels analysés, en termes de nombre de fonds labellisés. En matière d’encours, LuxFlag arrive 3e (avec 50,9 milliards d’euros), loin derrière le label ISR français (137,8 milliards d’euros) et le belge Towards Sustainability (138,6 milliards d’euros). Ce dernier, créé en 2019 par Febelfin (fédération belge du secteur financier), a d’ailleurs fait une entrée fracassante. «Par le nombre de produits, comme par les exigences de son standard qui allie analyse ESG (environnement, social, gouvernance) globale du portefeuille et exclusions fortes, Febelfin impose de facto un nouveau standard de marché», lit-on dans le panorama.

Critères d’exclusion

Novethic compare les labels sur base de leurs référentiels d’attribution et de leurs exigences d’impact. Les organismes comme LuxFlag évaluent en effet les titres présents dans les portefeuilles des fonds, par exemple en récompensant ceux qui appliquent des critères négatifs d’exclusion de certains secteurs d’activité, comme les énergies fossiles. «Mais un certain flou règne puisque des labels ESG peuvent intégrer des critères environnementaux, et les labels environnementaux excluent les entreprises controversées sur des dimensions ESG. La variété des terminologies (ISR, ESG, greenfin, climate) ne facilite pas la lisibilité de la démarche», constate Novethic.

En matière d’exclusion, les référentiels des labels font notam­ment des distinctions «très techniques» entre les différents modes de production et d’extraction, qui rendent la comparaison pour le moins ardue.

Pour les labels «verts», Novethic a, au final, passé au crible la taxonomie des «écoactivités» prise pour base par les labels et le seuil minimum de chiffre d’affaires «vert» qu’ils exigent des fonds. LuxFlag Climate Finance ressort comme le plus exigeant, avec 37,5% minimum de chiffre d’affaires «vert» requis (24,75% pour LuxFlag Environnement, 15,5% pour Greenfin, 10% pour Nordic Swan Ecolabel).

Malgré la difficulté à les différencier, les labels servent pourtant de repère aux investisseurs. «Les labels peuvent jouer un rôle déterminant afin de séparer le bon grain de l’ivraie. Ce qui est seulement possible en mettant en évidence les produits d’investissement qui intègrent la durabilité dans leur processus d’investissement, et en évaluant les décisions de ceux qui prétendent le faire», remarque Sachin Vankalas, general manager de LuxFlag.

Question de portée

Avec la hausse de la demande de produits financiers durables, chacun cherche à mettre en avant ses critères d’attribution. «Au moment où la taxonomie européenne et le projet d’écolabel commencent à prendre forme, il est dommage de constater que, hormis les exclusions climat, chaque pays promeut son propre référentiel. Un paradoxe pour les grandes sociétés de gestion qui commercialisent leurs fonds durables Ucits dans plusieurs pays européens», lance Novethic.

LuxFlag pourrait quant à lui tirer son épingle du jeu si Novethic comparait les labels en fonction de leur portée internationale ou du nombre de gérants: les fonds qu’il a déjà labellisés sont domiciliés dans sept juridictions et administrés dans 14 pays par 81 gestionnaires d’actifs différents. Tandis que les autres labels sont focalisés sur leur marché national. Et LuxFlag dispose aussi d’un label dédié à la microfinance, qui n’est pas pris en compte dans le panorama.

«De telles études permettent d’avoir une vue d’ensemble du marché. Cependant, il est très important que les paramètres qui mettent en comparaison les différents prestataires de services soient définis en consensus avec les praticiens et les utilisateurs potentiels afin d’arriver à des résultats justes et pertinents. Sans aucun doute, la neutralité et la conduite impartiale de ces recherches jouent un rôle extrêmement important», ajoute Sachin Vankalas, qui pointe les liens de Novethic avec l’exécutif français. Les français ISR et Greenfin sont par ailleurs des certifications publiques, portées par le gouvernement. Ce que Sachin Vankalas ne manque pas de relever: «LuxFlag est né d’une initiative publique-privée, qui est encore aujourd’hui l’un des principaux éléments de distinction par rapport aux autres agences.»

En moins d’un an, le nombre de fonds labellisés en Europe a doublé pour atteindre plus de 800 fonds fin 2019, sur environ 60.000 existants. Le potentiel de développement des labels est encore important. Ne manque plus à l’écosystème de la finance durable qu’une agence de notation indépendante et le futur écolabel concocté par l’Union européenne.