ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Plan de stabilisation

Critères trop restrictifs pour l’aide de 5.000 euros



Commerce, artisanat… Tous trouvent trop restrictifs les critères d’accès aux 5.000 euros non remboursables. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Commerce, artisanat… Tous trouvent trop restrictifs les critères d’accès aux 5.000 euros non remboursables. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Dans plusieurs secteurs revient la même requête: généraliser l’aide directe de 5.000 euros, réservée aux entreprises de moins de 10 salariés obligées de cesser leur activité. Ils attendent aussi un plan de reprise progressive.

Plus d’une semaine après l’annonce du plan de stabilisation du gouvernement pour venir en aide aux entreprises luxembourgeoises touchées par la crise du Covid-19, les représentants des différents secteurs économiques listent leurs doléances .

Aide non remboursable en cas d’activité ralentie

Les commerçants espèrent «un élargissement du champ d’application des aides pour les indépendants», commence Nicolas Henckes, directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC). «Ils sont trop nombreux à passer à travers le filet. Par exemple, tous les consultants en marketing ou ressources humaines peuvent, en théorie, travailler. Mais en pratique, il n’y a plus d’activité.» Or, l’offre non remboursable de 5.000 euros ne concerne que ceux qui ont dû cesser leur activité suite au règlement modifié du 18 mars. Elle exclut également les entreprises de plus de 10 salariés. Nicolas Henckes demande d’inclure celles qui emploient jusqu’à 20 personnes. «Elles représentent plus de 50% des entreprises du pays», calcule-t-il. Il souhaite également que le montant – 5.000 euros – soit plus élevé pour ces dernières.

La confédération se préoccupe aussi de la reprise de l’activité. «Il est temps de commencer à se préparer pour que, quand le gouvernement le décidera, nous puissions y aller progressivement. Ce sont des discussions qui commencent et qui seront très importantes pour un redémarrage ordonné sans mettre en péril la santé des collaborateurs», explique Nicolas Henckes.

L’espoir d’une application rapide

«Je crois que les mesures qui ont été proposées sont suffisantes», ajoute Luc Frieden , président de la Chambre de commerce. «Les entreprises demandent à ce qu’elles soient rapidement mises en œuvre. L’autre difficulté sera de rembourser les dettes si l’activité ne peut pas reprendre en mai», dit-il, en faisant référence aux prêts et reports de charges permis par le gouvernement. «Il faut d’abord attendre des précisions sur la durée du confinement.»

Il assure garder un œil sur ce qu’il se passe ailleurs en Europe et dans le monde. «Si les mesures nationales sont bonnes, elles ne protégeront pas les entreprises luxembourgeoises si la crise se développe à l’étranger», s’inquiète-t-il.

Moins de reports et plus d’aides directes dans l’artisanat

Secteur différent, mais revendications similaires: «Nous plaidons pour un renforcement des aides non remboursables», lance Tom Wirion , directeur général de la Chambre des métiers. Il souhaite les voir élargies à «tout le secteur de l’artisanat». Il prend l’exemple d’entreprises qui n’ont pas été obligées d’arrêter leur activité mais n’ont plus de clients.

«Nous demandons à ce que soit envisagée dès maintenant une stratégie de reprise graduelle de l’activité», continue-t-il. «C’est un vaste chantier, il est important d’en parler pour rassurer les entreprises, leur donner une perspective.»

Après la reprise, la relance. «Les problèmes de liquidités vont s’amplifier, nous plaidons pour des aides directes.» Le gouvernement permet le report de charges, mais «il faudra les rembourser, cela étale le problème dans le temps», estime Tom Wirion. La Chambre des métiers développe une liste de mesures concrètes qu’elle compte proposer au gouvernement dans les prochains jours.

Gérer le coût des investissements

«Pour le moment, nous sommes en train d’évaluer la situation», note de son côté Romain Schmit , secrétaire général de la Fédération des artisans.

«Nous n’avons pas encore de visibilité sur le volet garanties des banques», rapporte-t-il. Plusieurs mesures ont été annoncées pour faciliter le financement bancaire en cette période, comme un régime de garantie étatique pour de nouveaux crédits bancaires. Elles importent beaucoup selon lui: «Pour les artisans, le loyer est marginal. Le point important est l’investissement pour le financement de l’équipement lourd.» Il attend que les banques mettent en place des procédures.

«Sur l’aide directe de 5.000 euros, nous avons des retours mitigés. Beaucoup d’entreprises ne fonctionnent pas parce qu’il n’y a plus de clients, mais n’y ont pas droit. Les indépendants se sentent oubliés», poursuit-il.

«Le chômage partiel a donné lieu à beaucoup de critiques, beaucoup d’entreprises ont fait des demandes qui n’ont pas été acceptées parce qu’elles n’étaient pas complètes  et elles ne savent pas quoi faire. Mais la procédure semble se mettre en place», analyse-t-il.

La fédération enverra un questionnaire à ses entreprises pour prendre un peu plus en détail leur température dans les prochains jours.

L’Horesca face au manque de main-d’œuvre

Dans la restauration aussi, l’aide financière non remboursable reste le Graal. «Je crois qu’il faut l’élargir pour les entreprises qui emploient jusqu’à 20 personnes, voire 50», propose François Koepp , secrétaire général de l’Horesca. Il prend l’exemple de l’Allemagne, où un plan d’urgence pour les indépendants et professions libérales permet des subventions directes qui varient selon les länder et le nombre de salariés. «Il faut faire un calcul du montant au prorata du nombre de salariés ou par tranches», demande-t-il. Une aide financière, mais aussi morale d’après lui.

«Il faudrait trouver un revenu de remplacement pour les indépendants, qui n’ont pas de réserve», complète-t-il.

Un autre problème est apparu pour les restaurants qui poursuivent l’activité via un service de livraison: le manque de main-d’œuvre. «Il y a des salariés qui refusent de travailler», alerte François Koepp. Des établissements manqueraient de chefs qui craignent pour leur santé en se rendant sur leur lieu de travail.

Enfin, une question revient en boucle de la part des restaurateurs: «Quand est-ce que cela va s’arrêter? Quand pourrons-nous rouvrir?», termine-t-il.