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nicolas henckes (clc)

«Obtenir des aides pour les factures les plus urgentes»



Nicolas Henckes et la CLC posent la question de l’intervention de la Société nationale de crédit et d’investissement pour aider des entreprises – qui ne font pas partie de groupes internationaux – en difficulté. (Photo: Matic Zorman / archives Paperjam)

Nicolas Henckes et la CLC posent la question de l’intervention de la Société nationale de crédit et d’investissement pour aider des entreprises – qui ne font pas partie de groupes internationaux – en difficulté. (Photo: Matic Zorman / archives Paperjam)

Pour sauver un maximum d’entreprises, la CLC demande au gouvernement des subventions non remboursables. Une manière d’éviter des faillites dans les commerces en raison de la crise du Covid-19. Son directeur, Nicolas Henckes, fait le point à quelques heures de la présentation du programme de stabilisation de l’économie du gouvernement par trois ministres.

Le commerce fait partie des secteurs dans la tourmente en raison du coronavirus. Alors que certains croulent sous la demande, d’autres sont au bord de la faillite. La Confédération luxembourgeois du commerce (CLC) espère de nouvelles aides de la part de l’État dans son plan de stabilisation qui sera dévoilé ce mercredi à 18h par trois ministres: Pierre Gramegna  (DP) pour les Finances, Franz Fayot   (LSAP) pour l’Économie et Lex Delles  (DP) pour les Classes moyennes.

Quels sont les effets du coronavirus sur le commerce?

Nicolas Henckes . – «Nous avons 17 fédérations sectorielles, donc des situations très diverses. Des entreprises sont en première ligne. Dans la fédération alimentation et distribution, les supermarchés et les grossistes sont très sollicités. Pour le groupement de transports, il y a pas mal de difficultés. Les camions roulent et sont obligés de rouler même si, aux frontières, ce n’est pas toujours très simple. Le syndicat des pharmaciens travaille normalement. La fédération des laboratoires d’analyses médicales est à 300% en ce moment.

Ensuite nous avons toutes les autres fédérations fortement touchées par la crise, notamment celle des agences de voyages. Elles sont en urgence vitale parce qu’elles ont été les premières touchées et vont probablement l’être encore longtemps après. Les consommateurs ne reprendront certainement pas tout de suite l’activité normale de voyages. De même pour tout ce qui concerne les voyages d’affaires, qui devraient s’effondrer dans les semaines et mois qui viennent.

Nous avons aussi toutes les boutiques de vêtements qui se retrouvent dans une situation très complexe. Elles ont fait des commandes auprès des marques pour la nouvelle collection. Certaines viennent d’être livrées ou vont l’être prochainement, mais les marques exigent des paiements maintenant avec des magasins qui sont fermés et qui n’arrivent pas à écouler les produits. Ils craignent en plus, avec une fermeture prolongée, de ne plus jamais pouvoir les écouler, car une fois que la saison est passée, ces produits ne seront plus à la mode.

Si les gens ont le temps de lire, achetez vos livres, s’il vous plaît, chez les libraires luxembourgeois et pas sur des plates-formes internationales.

Nicolas Henckes,  directeur,  CLC

Nous surveillons de très près les indépendants. J’espère que le gouvernement va leur fournir une aide très solide dans les annonces de ce soir. Certains sont des forains. La plupart n’ont pas eu de revenus depuis les marchés de Noël et comptaient sur la réouverture des foires dans les différentes communes pour recommencer à gagner un peu d’argent. Évidemment, toutes ces foires ont été annulées.

Nous avons les marchands de meubles, toutes ces activités où il n’y a plus vraiment possibilité de faire des affaires. En ce qui concerne les libraires, certains arrivent encore à faire un tout petit peu de chiffre d’affaires via leurs ventes sur internet. Si les gens ont le temps de lire, achetez vos livres, s’il vous plaît, chez les libraires luxembourgeois et pas sur des plates-formes internationales.

De quelles aides les entreprises peuvent-elles déjà bénéficier?

«Le chômage partiel, qui permet aux entreprises de financer leur principal poste de coût qui est souvent le salaire de ses employés. Nous sommes contents de toutes les mesures annoncées: délai de paiement de la TVA, des cotisations sociales, des impôts…

Pour certaines entreprises, notamment celles qui ne font pas partie de groupes multinationaux, [il faudrait] que la SNCI prenne des participations directes pour leur permettre de survivre.

Nicolas Henckes,  directeur,  CLC

Le gouvernement va annoncer de nouvelles mesures lors de la présentation de son plan de stabilisation ce soir. Qu’attendez-vous?

«Ce que nous négocions, ce sont des subventions non remboursables de la part du gouvernement. Nous verrons les montants qu’ils vont annoncer ce soir.

Combien faudrait-il?

«C’est difficilement évaluable. Il faut amener une gradation en fonction de la taille de l’entreprise. Nous espérons avoir des aides qui ne vont pas forcément remplacer le chiffre d’affaires qui a été perdu, mais qui permettront à l’entreprise de payer ses factures les plus urgentes. Nous pourrions imaginer des aides pour les indépendants de quelques milliers d’euros. Ce sont des détails qui seront annoncés ce soir.

Imaginez-vous d’autres outils?

«Pour certaines entreprises, notamment celles qui ne font pas partie de groupes multinationaux, avoir la possibilité que la SNCI (Société nationale de crédit et d’investissement) prenne des participations directes pour leur permettre de survivre.

Tous les propriétaires qui le peuvent devraient au moins accorder des délais de plusieurs mois pour le paiement des loyers de mars et avril.

Nicolas Henckes,  directeur,  CLC

Plusieurs villes ne réclameront pas de loyers aux commerçants pendant la crise. Est-ce un exemple à suivre?

«Oui, c’est notre vœu. Nous avons quatre des plus grandes villes du pays qui ont déjà fait cette annonce (Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Dudelange et Ettelbruck). Toutes les villes n’ont pas des locaux commerciaux qu’elles louent. Il ne faut pas jeter la pierre à une ville qui ne le fait pas.

Tous les propriétaires qui le peuvent devraient au moins accorder des délais de plusieurs mois pour le paiement des loyers de mars et avril. Et si possible, même accorder de sérieuses réductions. Bien sûr, certains ont des emprunts qui financent les surfaces commerciales qu’ils louent, il ne faut pas non plus qu’ils se mettent en danger.

Malgré les aides, risque-t-il d’y avoir beaucoup de faillites?

«Nous espérons minimiser le nombre de faillites. Qu’il n’y en ait pas, cela m’étonnerait, hélas.

Comment imaginez-vous la reprise?

«C’est ce que nous avons commencé à essayer de voir avec nos fédérations. Chaque secteur devra avoir son propre plan. Ce sont des informations que nous essaierons de fournir au gouvernement pour qu’eux-mêmes puissent voir comment ils vont vouloir gérer la reprise des activités.

Nous encourageons nos membres à tout faire pour garder un minimum d’activité.

Nicolas Henckes,  directeur,  CLC

Et les entreprises dont la production augmente avec le coronavirus, comment les accompagnez-vous?

«Avec les grandes surfaces, nous avons eu le premier problème: les achats de panique. Ils ont mis un coup dans la chaîne d’approvisionnement. Maintenant, cela s’est calmé.

Nous nous préparons à gérer la situation de manque de personnel. C’est pour cela que nous avons mis en place, avec la House of Entrepreneurship, l’Adem et le soutien du ministère du Travail, la plate-forme Jobswitch pour le prêt de main-d’œuvre entre entreprises.

Avez-vous d’autres conseils à donner aux commerces en difficulté?

«Nous encourageons nos membres à tout faire pour garder un minimum d’activité et à ne pas hésiter à contacter Letzshop pour mettre en place le plus rapidement possible une boutique en ligne pour vendre leurs produits. Cela peut leur permettre de générer un minimum de revenus.»