Les co-présidents du LSAP, Dan Biancalana et Francine Closener, sont notamment inquiets de la baisse, selon eux, du volet social au sein de la coalition CSV-DP. (Photo: LSAP)

Les co-présidents du LSAP, Dan Biancalana et Francine Closener, sont notamment inquiets de la baisse, selon eux, du volet social au sein de la coalition CSV-DP. (Photo: LSAP)

Le LSAP a tenu son congrès national, ce dimanche 16 mars, à Dudelange. L’occasion de réformer ses statuts et d’insister sur les points que le parti de gauche considère comme «inquiétants» avec la coalition CSV-DP au pouvoir.

Plus de 300 membres étaient réunis ce dimanche 16 mars à Dudelange pour le congrès national du LSAP. Les co-présidents du parti de gauche, et – par ailleurs bourgmestre de Dudelange – font le point sur les temps forts de cet événement annuel.

Lors du congrès national du 16 mars, vous avez proclamé votre volonté d’être un rempart contre l’extrême droite, pour quelles raisons?

Dan Biancalana (D.B.) – «Ces partis mettent à l’épreuve la démocratie et le processus démocratique, et c’est pour cela que nous nous voyons aussi comme un cordon sanitaire, à la fois au niveau local et au niveau national. Les socialistes ont toujours combattu l’extrême droite et cela va continuer dans ce sens. 

Quand vous dites extrême droite, le parti que vous visez est l’ADR au Luxembourg?

Francine Closener (F.C.) – «Bien sûr, et d’autres partis qui pourraient émerger dans les années à venir.

D.B. – «Même s’ils présentent des positions qui peuvent plaire, il ne faut pas les soutenir politiquement, pour leur donner le moins de légitimité possible dans leur positionnement politique.

F.C. – «Nous ne voulons pas donner aux extrêmes droites la légitimité d’être un parti comme tous les autres, parce que ce n’est pas le cas. Car le grand danger est d’en faire des partis ‘normaux’.

Le fait que l’ADR ait obtenu un siège supplémentaire à la Chambre des députés aux dernières élections législatives vous a-t-il inquiétés?

F.C. – «C’est toujours inquiétant quand l’extrême droite gagne, mais je pense qu’au Luxembourg, nous avons toujours eu la chance d’avoir une paix sociale puisqu’on avait des délégations et des syndicats forts. Et le modèle luxembourgeois repose tripartite où le gouvernement a toujours pris en compte les avis de tous les partenaires sociaux avant de décider, ça c’était notre force. Donc c’est important pour le gouvernement en place de se rendre compte que la paix sociale est aussi un moyen de lutter contre l’extrême droite. 

Certains partis d’opposition et les syndicats s’inquiètent justement que le dialogue social se soit détérioré avec le nouveau gouvernement.

D.B. – «Disons que pour l’instant, il est mis à très rude épreuve. L’OGBL et le LCGB font front commun sur de nombreux sujets, nous pouvons dire merci au gouvernement au moins pour ça.

La paix sociale et le dialogue social sont en danger, ce qui nourrit de nouveau les extrêmes.
Dan Biancalana

Dan Biancalanaco-présidentLSAP

Le modèle du dialogue social luxembourgeois est-il en danger actuellement?

D.B. – «Le dialogue social, ce n’est pas ce que fait le gouvernement actuel. Il ne suffit pas d’écouter, il faut aussi travailler activement à trouver des solutions, un compromis. Chacun doit pouvoir trouver son compte, à la fois le gouvernement, le patronat, les syndicats et les salariés. Il ne suffit pas de dire ‘on vous écoute et puis on fait à notre guise’, ce qui est l’approche actuelle du gouvernement. Donc oui, la paix sociale et le dialogue social sont en danger, ce qui nourrit de nouveau les extrêmes.

On dirait qu’au niveau du CSV, le volet social n’a plus voix au chapitre. C’est pour cela que dans le cadre du congrès, on a aussi insisté pour dire que le LSAP est l’alternative par rapport au gouvernement actuel et qu’on est la meilleure voie.

F.C. – «On ne veut pas seulement critiquer, on veut montrer des alternatives qui sont meilleures. Ce qui était à l’époque le problème du CSV lorsqu’il était dans l’opposition, ils étaient ‘destructeurs’, mais ne proposaient pas de solution. Ce qu’ils continuent de faire en étant au pouvoir; il suffit de regarder ce projet de réforme des pensions et les débats de ce mercredi (19 mars, ndlr).

Vous voulez aussi être le parti de la paix. De quelle manière?

D.B. – «Le LSAP a toujours été un parti en faveur de la paix, une tradition pacifiste a toujours été présente au sein de notre parti. Mais dans les discussions actuelles en Europe, par rapport à l’Ukraine, la Russie, le programme Rearm Europe ou encore au changement de positionnement des États-Unis, le sujet de la défense est très présent. Je crois que le Luxembourg est prêt à prendre ses responsabilités et nous avons aussi soutenu le Premier ministre à la Chambre par rapport à cela. Mais il faut quand même faire attention au réarmement, on ne veut pas rentrer dans cette spirale belliqueuse.

F.C. – «Nous soutenons bien sûr le plan présenté par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, mais nous restons attentifs à ce qui va être fait, à la manière dont le gouvernement luxembourgeois va maintenant agir, et pas au détriment de l’État social. Nous allons observer cela avec beaucoup d’inquiétudes.

300 membres du LSAP étaient réunis ce dimanche 16 mars à Dudelange pour le congrès national du parti. (Photo: LSAP)

300 membres du LSAP étaient réunis ce dimanche 16 mars à Dudelange pour le congrès national du parti. (Photo: LSAP)

Vous avez l’impression que la dimension sociale est moins présente dans le gouvernement actuel?

D.B. – «Oui, et cela nous inquiète. Il y a une différence si le LSAP est dans le gouvernement ou non et c’est aussi le retour que nous avons du terrain.

F.C. – «On a l’impression que ce n’est plus une priorité. La balance penche plutôt vers le volet sécuritaire, or, pour nous, c’est l’humain qui est au centre. Ce n’est pas aux gens de s’adapter aux lois, mais aux lois d’être faites pour les humains.»

La réforme des statuts a aussi été adoptée lors du congrès national, quels en sont les principaux changements ?

D.B. – «Le but était de les moderniser et aussi de les adapter à la réalité du fonctionnement du parti. Ils sont la continuité d’une résolution qui a été prise au congrès de l’année dernière. Il s’agit d’avoir davantage de démocratie interne au sein du parti, plus de transparence, de consulter davantage nos membres, de donner plus régulièrement un retour des décisions qui sont prises au sein du parti. Il y a beaucoup de sections qui nous ont transmis aussi leurs réflexions sur le sujet, donc ça montre que les sections se sont vraiment attelées à ce travail de réflexion sur les statuts, nous ont donné un retour.»