POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Analyse

«La balle du Brexit reste dans le camp anglais»



256097.jpg

Associé au sein du cabinet Arendt, Me Philippe-Emmanuel Partsch suit de longue date le processus de Brexit de très près. (Photo: Arendt & Medernach)

L’accession de Boris Johnson au poste de Premier ministre va-t-elle impacter le processus de Brexit? Pour Me Philippe-Emmanuel Partsch, associé au sein du cabinet Arendt & Medernach et spécialiste du droit européen de la concurrence, c’est aux Britanniques de prendre l’initiative.

Boris Johnson sera mercredi  le nouveau Premier ministre britannique, succédant à Theresa May . Un événement qui aura sans aucun doute un impact sur le processus de Brexit. Pour rappel, le Royaume-Uni a jusqu’au 31 octobre pour signer  l’accord de sortie passé entre le gouvernement May et l’Union européenne , mais  mis en échec plusieurs fois au Parlement de Londres . Sans quoi, on assistera à un «hard Brexit», une sortie désordonnée, qui pourrait coûter cher aux deux parties.

On est dans le scénario de ‘Messieurs les Anglais, tirez les premiers’.
Philippe-Emmanuel Partsch

Philippe-Emmanuel Partsch,  avocat au sein du cabinet Arendt, spécialiste du droit européen de la concurrence

Ce «hard Brexit» a d’ailleurs souvent eu les faveurs de Boris Johnson, défenseur acharné d’un départ de son pays de l’UE. Les jeux sont-ils donc faits? «Ce sera à voir», souligne  M e  Philippe Emmanuel Partsch , associé au sein du cabinet Arendt & Medernach, spécialiste du droit européen de la concurrence et très au fait du dossier Brexit. «La balle reste clairement dans le camp anglais, et il s’agit d’un débat britanno-britannique avant tout. La nouvelle présidente de la Commission a laissé entendre qu’elle était  prête à beaucoup de choses pour éviter un «hard Brexit»  et a donc semblé conciliante. Mais je n’ai tout de même pas le sentiment que l’Union européenne va beaucoup bouger. D’autant que la Commission entrera en fonction début novembre. On est vraiment dans le scénario de ‘Messieurs les Anglais, tirez les premiers’...» 

Renégocier un accord? Peu probable

Reste donc à savoir ce que le futur gouvernement britannique pourrait demander. «Si c’est renégocier ce qui l’a été pendant deux ans, je crois que ce sera une fin de non-recevoir de l’Europe. Un nouveau report? N’oublions pas que la France s’était déjà opposée au second report accordé. Alors un troisième, cela paraît improbable», poursuit-il.

En réalité, c’est actuellement la bouteille à encre. Et il faudra attendre sans doute quelques jours avant d’y voir un peu plus clair. Car si le «hard Brexiter» Boris Johnson arrive à la tête de l’exécutif, «il ne faut pas oublier que le Parlement anglais a limité les pouvoirs du Premier ministre dans ce dossier. Sa marge de manœuvre sera restreinte».

D’autant plus «que son parti est très affaibli et a vu  sa représentativité limitée suite aux élections européennes . Johnson le sait. Comme il sait que les Britanniques sont de plus en plus nombreux à vouloir un abandon de la procédure de Brexit.»

Tension dans le détroit d’Ormuz et sur les marchés

De plus, certains éléments extérieurs pourraient peser dans la balance. «La tension est vive dans le détroit d’Ormuz. Le Royaume-Uni a demandé l’aide de l’Union européenne dans ce dossier. Cette situation pourrait être instrumentalisée et jouer un rôle», développe Me Partsch. Tout comme le contexte économique mondial, puisque «l’on sent un ralentissement de l’économie et des marchés fébriles. La situation est potentiellement explosive.»

La tentation des USA

Mais Boris Johnson, même devenu «partisan du Brexit de par un certain opportunisme politique», pourrait jouer une autre carte pour convaincre les Britanniques. «Sans doute rêve-t-il d’un grand accord de libre-échange avec les USA. Il pourrait faire valoir que la vie sera meilleure avec un accord avec les USA, et plus avec l’Europe: moins de contraintes au niveau des aides d’État, moins de contraintes sur les transactions financières...», conclut Me Partsch, qui précise qu’il s’agit là de «politique-fiction». Car peut-on imaginer que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne «pour se placer sous un protectorat américain, en devienne un nouvel État»? Sans doute que non.

Mais en ce qui concerne le Brexit, la politique-fiction est parfois devenue réalité.