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Parlement européen

Von der Leyen prête à envisager un report du Brexit



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Ursula von der Leyen passait ce mardi son second grand oral devant le Parlement européen. (Photo: European Union 2019/Source: EP)

Ursula von der Leyen, candidate à la présidence de la Commission européenne, passait ce mardi son second grand oral face au Parlement européen. Elle a développé dans les grandes lignes sa vision de l’Union européenne, peinant cependant à convaincre totalement. Le vote des députés aura lieu à 18h.

Le Parlement européen votera ce mardi soir pour ou contre le fait de nommer à la présidence de la Commission européenne Ursula von der Leyen, présentée pour cette fonction par le Conseil. Elle a donc, ce mardi matin, défendu pour la seconde fois sa vision de l’avenir de l’Union européenne et les actions qu’elle souhaite mener à bien. Semblant cependant  peiner à convaincre, tout comme la semaine passée .

L’actuelle ministre allemande de la Défense a pourtant expliqué aux élus européens «avoir tenu compte de [leurs] discussions des derniers jours. (...) Car il est important de renforcer l’Europe, qui doit grandir et s’épanouir.» 

Votre discours a rendu le Brexit encore plus populaire au Royaume-Uni. Grâce à Dieu, nous nous en allons...

Nigel Farage,  chef de groupe des non-inscrits

Parmi les annonces principales faites par Ursula von der Leyen, il y a notamment son ouverture à un éventuel report du Brexit. «Du moins, si on a encore besoin de temps», a développé la possible future présidente de la Commission. «Le Royaume-Uni restera cependant un partenaire, un allié et un ami.» Le député britannique Nigel Farage a, de son côté, fait fi de toute nuance, accusant von der Leyen «de vouloir, via des textes et des lois, prendre le contrôle de tous les aspects de notre vie». Avant d’ajouter: «Mais je suis plutôt content: votre discours a rendu le Brexit encore plus populaire au Royaume-Uni. Grâce à Dieu, nous nous en allons...»

La réplique a été cinglante et immédiate: «En vous entendant, j’ai encore été plus convaincue qu’il fallait travailler avec les Britanniques. Mais des gens comme vous, on peut s’en passer.»

La BEI deviendra en partie une banque climatique

Ursula von der Leyen a aussi confirmé que le changement climatique était la priorité numéro 1 des années à venir. Elle a indiqué vouloir proposer un «green deal européen» au cours des 100 premiers jours de son mandat. Les objectifs seront de faire baisser, d’ici à 2030, les émissions de carbone de 50, et même 55%. L’ambition étant aussi de faire de l’Europe le premier continent neutre en émissions en 2050. «La BEI deviendra, dès lors, en partie une banque climatique», a souligné la candidate.

Il faut donner accès à nos PME aux marchés des capitaux.

Ursula von der Leyen,  candidate à la présidence de la Commission européenne

Mais pour cela, il faut aussi «une économie forte, ce qui passera par le renforcement de nos PME, qui sont souples, agiles, innovantes. Et leur donner accès aux capitaux, et donc pour cela achever l’union des marchés des capitaux.»

Inclure les citoyens dans la construction européenne

Une fiscalité plus juste et donc mettant aussi à contribution les géants du numérique, un salaire minimal permettant de vivre de manière décente, un corps de 10.000 agents au sein de Frontex, une gestion humaine de l’immigration et de l’arrivée des réfugiés, une Union de la défense toujours transatlantique, mais plus européenne, un respect sans faille de l’État de droit sont aussi quelques-uns des sujets évoqués par Mme von der Leyen. Qui veut aussi inclure les citoyens dans la construction européenne via une grande conférence qui débutera en 2020 et durera deux ans, mais aussi améliorer le système des «Spitzenkandidaten» et envisager des listes électorales transnationales. 

Enfin, elle a annoncé souhaiter que les pouvoirs du Parlement soient renforcés, notamment dans le domaine de la prise d’initiatives législatives. «Je suis votre allié naturel», a-t-elle fait savoir,  avant de confirmer que la parité hommes-femmes sera de mise au sein du prochain collège des commissaires européens.

Dans leurs répliques, certains présidents des groupes politiques ou des députés ont regretté le silence de von der Leyen sur des thèmes majeurs: la santé, le numérique, les fusions des grandes entreprises pour faire face à la concurrence mondiale...

Au moins 50 voix du groupe S&D 

Pour devenir présidente, Ursula von der Leyen devra recueillir au moins 374 voix des 747 députés. Son «hearing» a donc tenté d’être le plus rassembleur possible, rencontrant les préoccupations directes des socialistes, des libéraux et des Verts. Les jeux sont pourtant loin d’être faits. Le PPE, S&D et Renew Europe représentent 440 voix. Mais si le PPE votera en bloc pour von der Leyen tout comme Renew Europe, avec une déperdition attendue d’une dizaine de voix dans chaque groupe, il n’en sera pas de même au sein du S&D où entre un tiers et la moitié des députés, selon les estimations, voteront certainement contre elle.

Or, si les groupes ECR et ID font de même, il faudra à von der Leyen au moins 50 voix des socialistes – qui se réunissent dans l’après-midi – puisque les écologistes ( et notamment l’élue luxembourgeoise Tilly Metz ) ne lui accorderont pas leur soutien.

Le vote des députés débutera à 18h. Le résultat est attendu vers 19h30. Si elle n’est pas élue, Ursula von der Leyen sera définitivement écartée. Le Conseil européen aura alors un mois pour présenter un nouveau candidat, dans un contexte de crise.