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analyse

État de la Nation: une vision obstruée par la crise



Le Premier ministre a tenté de prendre de la hauteur malgré la contamination de tous les leviers économiques, politiques et sociaux par l’épidémie de Covid-19. (Photo : Matic Zorman / Maison Moderne)

Le Premier ministre a tenté de prendre de la hauteur malgré la contamination de tous les leviers économiques, politiques et sociaux par l’épidémie de Covid-19. (Photo : Matic Zorman / Maison Moderne)

Dans son discours sur l’état de la Nation, le Premier ministre a tenté de marier gestion de la crise actuelle et réponse aux maux plus profonds du pays.

Désormais rompu à l’exercice, Xavier Bettel (DP) prononçait mardi son discours dans des conditions particulières. Au Cercle Cité, et non à la Chambre, et devant un parterre de députés à bonne distance. Tant pis pour les effets de banc, courants dans la salle traditionnelle de la Chambre.

Très attendu pour cette édition marquée du sceau du Covid-19 , le Premier ministre a navigué entre la défense de sa gestion de la crise et le choix de priorités plus fondamentales pour l’avenir du pays. Concernant l’épidémie, il a finalement repris les mêmes accents que lors de ses interventions régulières sur l’évolution de l’épidémie devant les députés ces derniers mois. Ou peut-être a-t-il emprunté à la solennité du discours sur l’état de la Nation pour ces points destinés à convaincre les députés de l’action du gouvernement face à la crise. Toujours est-il que l’habitude a quelque peu émoussé la théâtralité de son discours.

«Renforcer le Luxembourg, saisir les opportunités qui se présentent et créer des perspectives», tel est le triptyque choisi cette année, taisant délibérément l’ombre pourtant persistante du Covid-19 qui continue de menacer le pays, sa population, son système de santé et son économie. L’opposition y voit la preuve que le Premier ministre minimise la gravité de la situation. M. Bettel se présente comme un leader responsable et réaliste. Il juge que l’état actuel de l’épidémie ne commande pas de nouvelles mesures restrictives, alors que l’alerte se propage à nouveau dans certains pays européens, dont nos voisins. Et rappelle une nouvelle fois qu’un confinement «ne s’imposera pas à nouveau», histoire de rassurer le milieu économique.

Un mot pour chacun, et des enjeux de longue haleine

Aux annonces de prolongation des aides décidées dans le contexte du Covid-19 (fonds de relance et de solidarité, chômage partiel, aide à la création d’entreprise, compensation de la perte de revenus…) se sont ajoutées d’autres mesures que M. Bettel a pu dévoiler à la veille du dépôt du budget 2021 par le ministre des Finances Pierre Gramegna  (DP). Taxation des fonds d’investissement spécialisés (FIS) et abolition du régime des stock-options, dont les dérives détournent 300 millions d’euros par an des caisses de l’État, sont donc au menu. Promises par l’accord de coalition DP-LSAP-Déi Gréng, elles ont toutefois abouti grâce à une fronde liant syndicats, partis de gauche et même société civile (Fondation Krieps pour les FIS).

La réforme fiscale générale attendue pour 2021 n’aura cependant pas lieu.

Ces annonces disparates, de la prime participative que les salariés pourront toucher sur les bénéfices de leur entreprise à la limitation des transactions par des sociétés intermédiaires, trouveront peut-être leur articulation dans le discours de M. Gramegna.

D’autres témoignent de la priorité laissée à l’urgence climatique, déjà en tête du discours sur l’état de la Nation de 2019. Le gouvernement revient à la charge concernant l’introduction d’une taxe carbone – cette fois en y mettant les formes avec les mesures de compensation sociale évoquées dans l’accord de coalition et oubliées lors de la première tentative d’introduction l’an dernier. La revalorisation de 10% de l’allocation de vie chère et un crédit d’impôt pour salariés, pensionnés et indépendants de 96 euros par an changent la donne, même si le Premier ministre rappelle l’intérêt des précédentes aides à l’acquisition de véhicules moins polluants et électriques.

Comme les années précédentes, le Premier ministre a souligné les efforts de son gouvernement en matière de construction de logements avec une nouvelle augmentation de 11% du budget du ministère tenu par Henri Kox (Déi Gréng). Et vanté la digitalisation croissante des démarches administratives, qui pourront prochainement se faire via une application (un peu court selon Sven Clement , du Piratepartei).

Inclusion numérique, urbanisme, patrimoine culturel, accompagnement psychosocial, Brexit, élections en Biélorussie… Et comme chaque année, le discours sur l’état de la Nation ouvre beaucoup de portes et révèle les préoccupations du Premier ministre sans pour autant les concrétiser par des mesures claires. Un mot pour les soignants, un autre pour les frontaliers et les courageuses petites mains qui n’ont pas connu le confinement, et pas encore de précisions sur les prérequis sur l’utilisation des ressources que devront remplir les entreprises souhaitant s’implanter au Luxembourg après le fiasco Fage . Certains enjeux reviendront d’une année à l’autre dans le discours sur l’état de la Nation tant ils sont cruciaux pour l’avenir du pays – et jamais surmontés.