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Finance durable

Une taxonomie contre le greenwashing climatique



Les entreprises qui travaillent pour la transition énergétique seront officiellement reconnues comme investissement vert dans le cadre de la taxonomie européenne. (Photo: Shutterstock)

Les entreprises qui travaillent pour la transition énergétique seront officiellement reconnues comme investissement vert dans le cadre de la taxonomie européenne. (Photo: Shutterstock)

Pour que les investisseurs sachent dans quelles sociétés investir afin de contribuer aux objectifs de neutralité carbone de l’UE, la Commission développe actuellement une taxonomie verte qui permettra de «certifier» les vrais acteurs de la transition.

C’est une tendance de fond, et la crise sanitaire de 2020 l’a encore accentuée: les investisseurs sont de plus en plus à la recherche d’investissements qui puissent avoir un effet sur la lutte contre le réchauffement climatique et, de manière plus large, la sauvegarde de la planète.

Entreprises cotées et gestionnaires de fonds ont capté le message et se parent, comme ils le peuvent, de couleurs les plus proches du vert pour attirer les financements. Mais avec la «loi de la nature» pour seule contrainte actuellement, certains n’hésitent pas à utiliser des leurres pour faire croire à la chlorophylle sans vraiment la produire.

L’Union européenne, qui a pris conscience du poids que peut jouer la finance durable après la conférence de Paris sur le climat en 2015 , a donc initié un plan d’action sur le financement de la croissance durable pour la rendre crédible aux yeux des investisseurs.

Harmoniser les indicateurs

Première étape: l’élimination du «greenwashing», ou écoblanchiment, selon le terme plus français utilisé par l’UE dans sa communication. Pour y parvenir, la Commission européenne a donc lancé l’initiative de la publication d’une «taxonomie», une liste d’indicateurs standardisés au niveau des 27 pour définir ce qui pourra entrer dans la catégorie des investissements verts.

L’objectif est clair. Il s’agit de donner confiance aux investisseurs, qui auront désormais l’assurance de miser sur des acteurs qui ont réellement un comportement en faveur de l’environnement. L’UE est bien consciente de l’intérêt d’attirer le secteur privé alors que 180 milliards d’euros annuels seront nécessaires entre 2021 et 2027 dans l’espace européen pour réussir la transition bas carbone.

Six objectifs environnementaux

Cette nouvelle classification standardisée évaluera la durabilité de 70 activités économiques qui, ensemble, émettent 93% des émissions de dioxyde de carbone de l’UE.

Pour être identifiée comme «verte» ou «durable», une activité doit contribuer substantiellement à au moins un des six objectifs environnementaux de l’UE:

1. Atténuation du changement climatique;

2.  Adaptation au changement climatique;

3. Utilisation durable et protection des ressources hydrologiques et marines;

4. Transition vers une économie circulaire (inclus la prévention et le recyclage des déchets);

5. Prévention et réduction de la pollution;

6. Protection et restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Elle ne doit pas non plus causer de préjudice à un de ces objectifs sous forme de dégâts collatéraux. Elle doit répondre à des critères d’examen techniques et spécifiques, et respecter des normes minimales en matière sociale et de gouvernance.

Au niveau du premier objectif – atténuation du changement climatique –, les acteurs ont été répartis en trois catégories: ceux qui affichent déjà un faible niveau d’émissions, ceux qui permettent à d’autres acteurs d’être plus respectueux de l’environnement (fabrication de panneaux solaires, conseil en efficacité énergétique, etc.), et ceux qui doivent encore réaliser des efforts, mais qui contribuent à la transition vers une économie bas carbone.

Le climat en priorité

L’entrée en application de la taxonomie est prévue pour le début de l’année 2022. Mais, dans un premier temps, des critères ont été définis uniquement pour les deux premiers objectifs – ceux qui ont trait à la lutte pour le climat, priorité numéro un de l’Europe. Les autres indicateurs suivront, en principe, un an plus tard.

Il sera donc intéressant de voir si cette information disponible et fiable permettra d’augmenter rapidement les montants injectés dans les projets durables, qui ne représentent actuellement que 1% du total des investissements dans l’UE.