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Restaurants

Réouverture ou aides: un dilemme souvent vite tranché



Que faire du reste de la salle et du personnel si un client est testé positif? La réouverture des restaurants s’accompagne de questions. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Que faire du reste de la salle et du personnel si un client est testé positif? La réouverture des restaurants s’accompagne de questions. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

En reprenant du service, les restaurants risquent de perdre certaines aides étatiques. Est-ce rentable? Peu le savent, mais la plupart veulent y croire. Même si les modalités de testing interrogent.

Enfin: le 16 mai prochain, les restaurants devraient rouvrir au Grand-Duché , quelques semaines après qu’ils ont pu sortir leurs terrasses .

Mais d’un point de vue économique, est-ce une si bonne nouvelle pour eux? Car la fin de la fermeture administrative a un impact sur certaines aides de l’État . Il ne sera plus possible d’«immuniser» le take-away. Afin d’encourager les restaurateurs à poursuivre leur activité avec la vente à emporter, jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaires mensuel pouvait être déduit du calcul des recettes, à condition qu’une fermeture légale soit imposée. De même, le taux de subvention pour l’aide aux coûts non couverts était de 100% du montant éligible, seulement en cas de fermeture administrative. Sinon, il s’élève à 90% pour les entreprises de moins de 50 salariés et à 70% pour les autres.

Régime spécial prolongé pour mai

«À partir de l’ouverture des restaurants et cafés, ce régime spécial ne trouve plus application, le régime général s’applique», confirme le ministère des Classes moyennes. «Si une nouvelle fermeture était décrétée par la loi, le régime spécial redeviendrait applicable. Le gouvernement a toutefois décidé de faire bénéficier les cafés et restaurants du régime spécial fermeture légale pour tout le mois de mai 2021. Le régime général s’appliquera donc dès le mois de juin.»

Pour le régime spécial comme pour le général, il faut avoir subi une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 40% par rapport au même mois en 2019 pour que soient pris en charge les coûts non couverts. Donc, si en rouvrant, on fait 61% d’activité par rapport à 2019: l’aide disparaît. À la place, les entreprises peuvent aussi opter pour l’aide à la relance de 1.250 euros par salarié et 250 euros par salarié au chômage partiel complet durant le mois… sous réserve d’une baisse d’au moins 25% du chiffre d’affaires, puisqu’il n’y a plus de fermeture administrative. Sans compter le paiement des salaires des employés qui reviennent travailler.

Questionné, le ministère des Classes moyennes indique que les aides pourraient être réévaluées après juin.

Pour savoir si cela vaut la peine de reprendre, «à chacun de faire son calcul, chaque entreprise est différente», estime François Koepp , secrétaire général de la fédération des hôteliers, cafetiers et restaurateurs Horesca. «Il faut être sérieux. Si le chiffre d’affaires revient au niveau de 2019, on n’a plus besoin d’aides.»

(Re)vivre sans les aides

Un calcul qu’effectuent, justement, quelques restaurateurs. «C’est sûr que nous nous posons la question» de la rentabilité, admet Carine Smets , à la tête de la maison Smets spécialisée dans le design, qui a aussi son restaurant, le Two6Two à Strassen. «Nous avons décidé d’ouvrir en nous disant que nous allions rattraper les pertes.»

Au lieu d’une terrasse, un food truck avait été installé devant le restaurant, qui a «super bien marché jusqu’à Pâques». Pas assez pour dépasser les 60% de chiffre d’affaires par rapport à 2019.

Le problème, ce n’est pas de savoir si nous allons être rentables ou non.
Arnaud Magnier

Arnaud Magnier,  propriétaire,  Restaurant Clairefontaine

Même analyse pour la dizaine de restaurants du groupe Concept+Partners, qui devraient tous rouvrir le 16 mai. «Difficile» de dire si ce sera rentable, selon Christophe Diederich, son fondateur. «Je suis convaincu que ça vaut le coup quand même. À un moment, il faut essayer de vivre sans les aides.» Avec la réouverture des terrasses, il atteint pour l’instant 30% de son chiffre d’affaires d’avant la crise.

Le doute plane en revanche sur le restaurant Clairefontaine à Luxembourg. «Le problème, ce n’est pas de savoir si nous allons être rentables ou non», explique Arnaud Magnier , son propriétaire. «Si nous ouvrons, nous savons que nous afficherons complet.»

Le secteur a hâte de ne plus dépendre des aides pour survivre. L’hésitation vient cependant de la logistique. «Les conditions dans lesquelles nous devons rouvrir sont très compliquées», justifie-t-il. «Tous les clients vont devoir être testés.» Dans leur allocution, le Premier ministre Xavier Bettel (DP) et la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) ont indiqué que des discussions étaient en cours pour décider s’ils devront se réaliser à l’entrée ou dans la salle. Dans le premier cas, Arnaud Magnier s’inquiète de la météo et s’imagine mal faire patienter ses clients 15 minutes dans le froid ou sous la pluie. Dans le second, plusieurs questions se posent: «Si un test est positif, qu’est-ce qu’on fait de la table? Des autres clients? Du personnel?» Des précisions très attendues par les restaurateurs.