POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

édito

Protéger le corps et ne pas négliger l’esprit



«Le gouvernement luxembourgeois est sans doute un des premiers, et en tout cas un des rares, en Europe à évoquer aussi clairement le souci de la santé mentale, plus que mise à mal par la crise sanitaire.» (Photo: Maison Moderne/archives)

«Le gouvernement luxembourgeois est sans doute un des premiers, et en tout cas un des rares, en Europe à évoquer aussi clairement le souci de la santé mentale, plus que mise à mal par la crise sanitaire.» (Photo: Maison Moderne/archives)

Le gouvernement luxembourgeois est un des premiers en Europe à évoquer aussi clairement l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale. Les mesures décidées mardi ont pour objectif, même de manière très temporaire, de redonner un peu de perspectives à chacun.

Quelle mouche a donc bien pu piquer le Premier ministre et son conseil de gouvernement? Plutôt que de déposer une proposition de loi prolongeant simplement les restrictions mises en place à Noël face à la pandémie, et dans l’attente de savoir si une nouvelle déferlante infectieuse serait née en même temps que le Nouvel An – ce que les chiffres diront entre le 10 et le 15 janvier, au mieux –, voilà que l’exécutif envoie un étrange signal. Pas bien compris de tous, et qui a même pris de court certains, pourtant directement concernés.

Les chiffres infectieux sont meilleurs? Oui, mais Xavier Bettel  (DP) le dit lui-même, la situation reste mitigée, et même «tendue». D’autant que la mutation britannique du virus se propage au Luxembourg bien plus vite et plus fort que ce qui était attendu, et que le testing n’a pas battu son plein durant les fêtes, loin de là. Ce qui poussait les experts scientifiques à recommander de «ne pas baisser la garde».

Néanmoins, faisant fi de tout cela, on ouvre à nouveau, certes avec des conditions drastiques, les commerces non essentiels, les lieux de culture, les écoles, les salles et terrains de sport… Cela, alors que le télétravail reste fortement recommandé, que les visites sous son toit sont limitées à deux personnes, que le couvre-feu reste de rigueur, même si allégé, et que les cafés et restaurants gardent leurs portes closes.

Tel un cheval fou qui aurait, en plus, des œillères?

Alors qu’au Royaume-Uni, en Belgique, en France ou en Allemagne, des mesures préventives d’application depuis belle lurette sont renforcées ou confirmées ces derniers jours, le gouvernement luxembourgeois trace son propre sillon. Tel un cheval fou qui aurait, en plus, des œillères? Ce n’est pas du tout certain.

En réalité, le gouvernement luxembourgeois est sans doute un des premiers, et en tout cas, un des rares en Europe à évoquer aussi clairement le souci de la santé mentale au sein de sa population, plus que mise à mal par la crise sanitaire. Les constats ne sont pas bons à ce niveau, ont ainsi affirmé à certains moments de leur conférence de presse, mardi, Xavier Bettel et Paulette Lenert  (LSAP), ou l’ont laissé deviner à d’autres. Les consultations psy sont remplies, les lits des unités spécialisées aussi, les jeunes souffrent du manque de relations sociales en étant privés de sport, de mouvements de jeunesse, d’un rythme scolaire normal. De leur côté, les seniors sont éreintés par des mois de contraintes diverses et variées, tandis que de nombreux employés maudissent maintenant un télétravail encore adulé il y a peu… Tout cela «n’est pas à négliger», a dit le Premier ministre. Tandis que Paulette Lenert rappelait que «la santé, c’est aussi la santé mentale».

Manquer de perspectives entraîne une vraie souffrance. Le relâchement de certaines mesures, sans doute de manière très temporaire – personne ne se berce d’illusions –, est évidemment plus symbolique qu’autre chose. Tout le monde n’ira pas faire du shopping ou du sport lundi. Mais savoir simplement que c’est possible ramène un peu de lumière. Manque évidemment la possibilité de prendre un verre avec un ami ou de partager une bonne table avec lui. Ce n’est qu’une question de temps, c’est une certitude.

Et d’un choix politique, cruel, mais assumé et pris, jure-t-on, main sur le cœur, «de manière unanime». Tout cela sera critiqué, notamment parce que l’eau tiède ne satisfait jamais ceux qui l’aiment chaude ou froide. Mais ce choix rappelle aussi que l’humain, ce n’est pas qu’un corps qu’il faut protéger, c’est aussi, et sans doute avant tout, un esprit, qu’il ne faut pas négliger. Et par les temps qui courent, c’est un message qui en vaut bien d’autres.