POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

René Winkin (FEDIL)

«Il faut définir une politique industrielle sélective»



Fage a «même proposé un ‘public hearing’ à la commune de Bettembourg, sans jamais obtenir une réponse!», tance René Winkin. (Photo: Matic Zorman / archives Paperjam)

Fage a «même proposé un ‘public hearing’ à la commune de Bettembourg, sans jamais obtenir une réponse!», tance René Winkin. (Photo: Matic Zorman / archives Paperjam)

Le dossier Fage, comme celui de Knauf, souligne les hésitations de l’Administration de l’environnement, sous la responsabilité de la ministre Carole Dieschbourg (Déi Gréng). Pour le directeur de la Fedil, René Winkin, «il faut définir une politique industrielle sélective» en amont.

«Il faudrait peut-être expliquer à la ministre de l’Environnement qu’elle doit rester sur son terrain! Ce n’est pas possible qu’elle ait des doléances sur l’origine des matières premières utilisées ou sur leur transformation dans le cadre du processus industriel. Sinon, vous entrez dans une économie dirigiste! L’industriel sait très bien ce qu’il fait!»

Pour le directeur de la Fedil, René Winkin , derrière l’unité de façade affichée par le chef du gouvernement, Xavier Bettel (DP), qui a rendu collectifs mercredi lors d’un point presse les choix sur le dossier Fage, se cache «un vice-Premier ministre ( François Bausch  (Déi Gréng), ndlr) qui est opposé au projet et qui le dit et une ministre de l’Environnement ( Carole Dieschbourg , ndlr) qui dit oui en expliquant qu’elle voudrait pouvoir dire non».

Comment sortir de cette procession dansante politique? «Que l’on veuille une politique industrielle sélective, au fond, pas de problème. Mais il faut en définir les caractéristiques avec plus de précision. Sur les ressources, comme l’eau ou l’électricité, sur l’utilisation du terrain… Et ça, ça ne peut se faire qu’au niveau politique et dans le cadre de l’accord de coalition, même si des interlocuteurs externes apportent leur expertise, comme les industriels ou Luxinnovation», ajoute René Winkin.

Le mot «industrie» apparaît 55 fois dans l’accord de coalition 2018-2023. Avec une seule phrase pour la situation des nouvelles industries. «Afin d’accompagner l’implantation de nouvelles entreprises industrielles au Luxembourg, une approche coordonnée permettra le développement du secteur industriel sans entraver les conditions-cadre environnementales.»

À charge pour le  Haut Comité pour l’industrie, né fin 2014 , d’être le lieu de discussions entre industriels et gouvernement. Sur une politique industrielle en tant que telle, l’accord renvoie à la nécessité d’une politique industrielle européenne.

Un «public hearing» resté lettre morte

Pour le directeur de la Fedil, les critères d’une politique industrielle sélective, c’est exactement ce qui a manqué au cours de ces quatre années de discussions entre Fage et l’administration. «J’ai eu l’occasion de discuter avec eux et ils ont répondu à chaque nouvelle requête de l’administration. Même jusqu’à rejeter de l’eau selon les meilleurs niveaux prévus par la dernière directive européenne sur les eaux de surface. Ils ont fait tous les efforts qu’on leur demandait! Ils ont même proposé un ‘public hearing’ à la commune de Bettembourg, sans jamais obtenir une réponse! Selon les études dont nous disposons, les ressources en eau pour les accueillir étaient largement suffisantes.»

«La productivité est un mot-clé», insiste M. Winkin. «Entre les contraintes concurrentielles, un pays aux ressources limitées, à la main-d’œuvre qualifiée plutôt rare et aux hauts salaires, l’industriel qui veut venir sait qu’il aura ce souci permanent de la productivité. Il sait qu’il doit être bien préparé pour ce stress. Et c’est donc évident que lorsqu’il veut venir, il a fait ses devoirs tant sur la productivité liée au travail que sur celle liée aux matières premières ou à l’agenda climatique.»

Un autre facteur pèse dans les discussions: l’image du secteur dans une région qui a connu des industries lourdes, comme la sidérurgie. «Nous avons abandonné une ou deux générations d’enfants qui ont perdu le contact avec l’industrie, qui ont préféré partir travailler dans le secteur public ou dans la finance ou les services. Or l’industrie a beaucoup évolué avec l’automatisation et la digitalisation. Mais vous avez aussi des industries qui produisent des composants électroniques qui sont plus propres que des hôpitaux, celles qui travaillent sur des feuilles de cuivre ou dans le secteur alimentaire», cite René Winkin.

On nous dit que cela va aller mieux avec les plans sectoriels qui vont établir où sont les terrains disponibles pour quelle industrie. Mais à force d’en entendre parler, ils doivent avoir une barbe longue!
René Winkin

René Winkin,  directeur de la Fedil

La Fedil a justement entrepris d’essayer de redorer le blason de ce pan de l’économie. «L’industrie est un moteur d’innovation qui a un effet d’entraînement sur l’économie! Nous devons retourner à l’école parler de l’industrie, de ses métiers, évoquer les perspectives, promouvoir des clips, comme ceux d’Hello Future que nous avons lancés depuis deux semaines où 10 jeunes parlent de leur expérience. Dans huit ou neuf cas sur dix, ça ne ressemble pas du tout à ce qu’on imagine.»

«On nous dit que cela va aller mieux avec les plans sectoriels qui vont établir où sont les terrains disponibles pour quelle industrie. Mais à force d’en entendre parler, ils doivent avoir une barbe longue! La question du terrain doit être prise en compte comme celle de l’électricité. C’est certain que les industriels consommeront de plus en plus d’électricité, même en voulant favoriser l’électricité verte et l’économie circulaire. Ce n’est pas lié à un seul dossier», conclut René Winkin.