POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Dialogue social

Face-à-face au sommet entre l’UEL et les syndicats



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Nicolas Buck explique pour l’UEL depuis deux mois la volonté du patronat de changer de méthode de travail en laissant au gouvernement le soin de décider en matière de droit du travail, sans passer par des négociations jugées inutiles. (Photo: Paperjam/archives)

Syndicats et patronat se retrouvent ce lundi aux côtés du ministre du Travail pour une réunion du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE) qui ne manquera pas de piquant.

Nouvel épisode ce lundi du feuilleton social de l’automne, qui rebondira là où il a commencé: au ministère du Travail, lors d’une réunion du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE), organe «chargé d’examiner régulièrement la situation en matière d’emploi et de chômage, de conditions de travail, de sécurité et de santé des travailleurs».

Le 18 septembre dernier, l’UEL représentée par son président Nicolas Buck , avait surpris les partenaires sociaux – syndicats et ministre du Travail – en affirmant que les réunions du CPTE n’aboutiraient plus à des résultats gagnant-gagnant et qu’une autre approche devait être adoptée.

Une affirmation interprétée par les syndicats comme une «déclaration de guerre» et un «boycott patronal» du modèle social luxembourgeois reposant sur les négociations tripartites entre patronat, syndicats et gouvernement.

Nous avons des ministres, un gouvernement, un Parlement, qui ont une légitimité politique pour tirer des conclusions de nos pourparlers et de nos discussions.

Nicolas Buck,  président,  UEL

«Nous sommes absolument pour le dialogue, mais nous voulons le séparer du programme du gouvernement», expliquait M. Buck lors d’un face-à-face sur le plateau de RTL Télé un mois plus tard. L’UEL veut surtout ne plus prendre part à des négociations en matière de droit du travail, estimant que le gouvernement a systématiquement tranché en faveur des syndicats ou dévoyé l’accord obtenu pour favoriser les salariés. «Nous avons des ministres, un gouvernement, un Parlement, qui ont une légitimité politique pour tirer des conclusions de nos pourparlers et de nos discussions», détaillait M. Buck.

Les syndicats ont ensuite fait monter la pression avec deux conférences de presse montrant un front uni – OGBL, LCGB et CGFP – et un rassemblement de protestation le 19 novembre dernier à l’Alvisse Parc Hotel, auquel a participé l’Aleba.

Tandis que de son côté, le patronat mobilisait également ses troupes sur les réseaux sociaux, à l’image du très actif sur ces canaux  Romain Schmit , secrétaire général de la Fédération des artisans, et sa vidéo Youtube ou son interview dans le magazine  «d’Handwierk» de la Fédération des artisans, dans laquelle il rappelle le mantra de l’UEL: «Le véritable dialogue social qui permet de trouver des solutions est mené au sein des entreprises et non dans une salle de réunion du ministère du Travail.»

Autre contribution: celle tout en ambivalence du président de la Chambre de commerce Luc Frieden , tweetant deux jours après le rassemblement syndical que «le dialogue social fait partie du modèle économique du Luxembourg» et qu’«il fonctionne», au sortir d’une entrevue avec la présidente de la Chambre des salariés et future présidente de l’OGBL Nora Back .

Le ministre du Travail, Dan Kersch  (LSAP), a de son côté indiqué qu’il souhaitait écouter les propositions de l’UEL . «J’ai compris que l’UEL veut parler de nouvelles méthodes de travail», a-t-il précisé sur les ondes de RTL Radio Lëtzebuerg quelques jours après la manifestation syndicale.

«Si c’est vrai et si cela revient à aller plus vite, je ne peux que les soutenir. Mais il ne peut s’agir d’arrêter le train complètement» puisque le gouvernement se prépare à prendre des mesures pour «façonner un pays moderne dans l’intérêt des gens qui y travaillent et y vivent». Et pour cela, «nous devons aller de l’avant», même si cela revient à «renoncer à la position de l’une ou l’autre partie».

Suite et pas fin du feuilleton

La réunion du CPTE ce lundi promet donc d’être trépidante à défaut d’être fructueuse. Elle n’est de toute façon qu’un jalon dans la nouvelle ère du dialogue social que prône le patronat.

La Fédération des artisans organise d’ailleurs lundi après-midi une conférence ayant pour titre «Le dialogue social dans la crise!?» et pour sous-titre intrigant «Explications et discussion avec Nicolas Buck, président de l’UEL».

L’invitation indique: «Voulons-nous participer à un dialogue social qui n’a pas d’autres fonctions que de valider les revendications des syndicats? L’UEL et les organisations patronales qui la composent disent NON. Nicolas Buck nous rejoindra pour discuter des enjeux du dossier et sur les pistes que les employeurs proposent pour instaurer une nouvelle méthode plus équilibrée dans le contexte du dialogue social. Venez discuter avec nous!»

Ce feuilleton social autour de la tripartite ne semble donc pas près de s’achever.