POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Roeltgen vs buck

«Dialogue, dialogue, dialogue» social



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Durant près de 30 minutes, les deux présidents ont échangé leurs points de vue... sans laisser transparaître une ébauche de consensus. (Photo: Capture d’écran/RTL Télé Lëtzebuerg)

Le président de l’UEL, Nicolas Buck, et le président de l’OGBL, André Roeltgen, étaient «face-à-face», mercredi soir, sur le plateau de RTL Télé Lëtzebuerg. Au cœur de l’échange ferme, mais courtois: la vision du dialogue social.

Les deux hommes avaient jusqu’ici publiquement échangé par publications interposées. Dans une lettre signée par son président,  Nicolas Buck , et adressée  le 30 septembre dernier aux membres de ses fédérations , l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) estimait que «le dialogue social au niveau national, qui se voudrait équilibré, n’est rien d’autre qu’un instrument pour permettre aux syndicats de se positionner en force politique».

Indignation des syndicats, qui estiment que le patronat veut mettre fin à la tradition de dialogue social national en mode tripartite (patronat-syndicats-gouvernement) tel qu’il fut conçu à la fin des années 70 pour gérer les effets de la crise sidérurgique.  André Roeltgen  a qualifié cette décision de «déclaration de guerre»  dans une tribune publiée le 10 octobre dernier  sur le site internet du syndicat qu’il préside, l’OGBL. Avec la CGFP et le LCGB, il appelle d’ailleurs à une «grande manifestation nationale commune» le 19 novembre prochain en soirée «contre le boycott patronal du dialogue social».

«Un besoin de clarté»

Au cœur de ces correspondances et de l’émission diffusée mercredi soir sur RTL Télé Lëtzebuerg : la volonté du patronat de proposer une nouvelle méthode pour conduire les réunions du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE), où les questions du droit du travail sont discutées en tripartite.

Une méthode  dévoilée le 30 septembre dernier  lors d’une conférence de presse, et qui consisterait à laisser la possibilité de dialoguer à deux ou à trois parties prenantes autour des sujets importants, sans pour autant négocier.

«Nous sommes absolument pour le dialogue, mais nous voulons le séparer du programme du gouvernement», déclarait en substance Nicolas Buck à l’antenne: «Dialogue, dialogue, dialogue». Mais en dissociant les décisions politiques qui devraient se prendre au niveau du gouvernement. Et le président de l’UEL de réclamer une certaine clarté dans l’organisation des relations sociales (qui négocie, qui décide, qui dialogue) et le retour à une forme de confiance, le patronat se sentant lésé dans les décisions prises.

«Nous ne sommes pas dans une crise du dialogue social», tempère Nicolas Buck, qui remarquait lors de la conférence de presse du 30 septembre que le climat était très souvent constructif au niveau des entreprises. «Nous sommes pour le dialogue, mais nous avons des ministres, un gouvernement, un Parlement, qui ont une légitimité politique pour tirer des conclusions de nos pourparlers et de nos discussions», ajoutait-il sur RTL.

«Un salariat à protéger»

Toujours surpris par la décision du patronat, André Roeltgen regrettait sur le plateau de voir la fin annoncée d’une tradition de dialogue social tripartite qui a fonctionné depuis 40 ans. Et de rappeler les «blocages» du patronat exercés par le passé autour de différentes discussions.

Pour le président de l’OGBL en poste jusque décembre, le droit du travail doit protéger le salarié «dans une société capitaliste» et en plein changement. «Nous sommes dans un nouveau monde du travail où beaucoup de questions se posent dont la déconnexion, les nouvelles organisations du temps de travail…»

André Roeltgen en appelle à la poursuite des discussions – y compris des négociations – à trois à partir du programme de gouvernement. «Nous sommes face-à-face, mais n’oublions pas le gouvernement.»

Un futur à imaginer

Un reportage retraçant l’origine de la tripartite a été diffusé durant l’émission télévisée. Les temps ont changé. Et le monde du travail a profondément évolué. Les modalités du dialogue social doivent-elles être revues? Les avis restent opposés à ce stade.

«Je n’ai pas de mandat pour négocier», lance Nicolas Buck. «Nous ne sommes pas contre le progrès social.» Mais le président de l’UEL veut «trouver un consensus dans la discussion, la conclusion sera à la politique».

«Les discussions par le passé étaient des négociations», souligne pour sa part André Roeltgen, qui lance un appel au patronat: «Venez négocier comme c’était le cas par rapport à un programme de gouvernement qui est très clair.»

De son côté, le président de l’UEL notait en début d’entretien que le programme de gouvernement «extrêmement ambitieux» a déjà été concrétisé en partie avec des mesures comme le jour férié du 9 mai, ou encore le jour de congé légal supplémentaire.

Reste une question qui n’a pu être abordée en profondeur, faute de temps: sur quelle vision du futur monde du travail, et, plus largement, du pays, syndicats et patronat seront-ils capables de s’entendre? Une discussion qui impliquera de nombreux ministres, au-delà du ressort unique du Travail.

Revoir l’émission de RTL Télé Lëtzebuerg