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Les principaux chiffres du budget 2020



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Répartition des dépenses de l’Administration centrale. (Illustration: Datawrapper)

Le ministre des Finances a annoncé lundi un budget d’une envergure sans précédent tout en affichant des fondamentaux solides.

Sept mois après avoir  présenté le budget 2019Pierre Gramegna  a retrouvé la tribune de la Chambre pour évoquer celui de 2020. D’après les derniers chiffres du Statec, le PIB devrait croître de 2,4% en 2019 et 2020 avant une accélération à 3,5% en 2021, les années 2022-2023 annonçant une croissance plus mesurée même si supérieure à 2,5%. L’emploi total intérieur devrait, lui, continuer à progresser: +3,2% en 2020, +3% en 2021 et encore +2% en 2023, pour atteindre 517.600 emplois dans quatre ans. Tandis que le chômage restera stable à un taux avoisinant 5 à 5,3%.

1. Dépenses en hausse de 6,5%

«Les dépenses de l’Administration centrale grimperont en 2020 pour la première fois au-delà de 20 milliards d’euros, ce qui correspond à 38% du PIB», indique Pierre Gramegna devant les députés. Soit une progression de 6,5% par rapport au budget 2019. Et «le rythme va se poursuivre durant les prochaines années: en 2021, les dépenses progresseront encore de 4,2%, en 2022 de 4,1% et en 2023, encore de 3,9%».

Le gouvernement compte réserver 14% des dépenses à des investissements directs et indirects, parmi lesquels des investissements dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, en  réponse au discours sur l’état de la Nation  du Premier ministre  Xavier Bettel .

2. Recettes en hausse de 3,7%

Côté recettes, 20,3 milliards d’euros doivent rejoindre les caisses de l’Administration centrale (+3,7% par rapport à 2019). De 2021 à 2023, le gouvernement table sur une hausse des recettes de 5,1% à 5,6% par an.

Ce sont les impôts directs qui contribuent le plus aux caisses de l’État – 9,8 milliards d’euros (1,7% par rapport à 2019). M. Gramegna précise toutefois demeurer volontairement prudent quant à l’évolution des recettes issues de l’impôt sur les revenus des collectivités (IRC), autrement dit l’impôt sur les sociétés (l’IRC étant complété par l’impôt commercial communal et l’impôt de solidarité).

«Les recettes au niveau de l’IRC se sont bien mieux développées que prévu dans le budget en 2019 – il semble que plus de 500 millions d’euros supplémentaires seront rentrés à la fin de l’année», rapporte le ministre des Finances. «Mais les arbres ne grandissent pas jusqu’au ciel», temporise-t-il, surtout dans un contexte international menaçant entre les incertitudes liées au Brexit et les conflits commerciaux entre les États-Unis et le reste du monde.

Une raison de cette collecte faramineuse pourrait bien être le passage à la déclaration électronique qui a accéléré l’arrivée des recettes de l’IRC dans les caisses de l’État – des sommes qui ne tomberont donc pas l’année suivante. «Nous en déduisons qu’il n’y aura pas d’autre progression de l’IRC en 2020 par rapport aux fastes années 2018 et 2019, et les recettes devraient même se situer en dessous de cette année», avertit M. Gramegna. Le budget table de ce fait sur des recettes plafonnant à 2,25 milliards d’euros en 2020, alors qu’elles devraient atteindre 2,6 milliards en 2019 (contre 2,05 milliards prévus) et 2,3 millions en 2018 (contre 1,71 milliard prévu). «Il s’agit d’une politique de finance prudente et responsable», souligne le ministre libéral.

Quant aux impôts indirects (TVA entre autres prélèvements), ils rapporteront 7,6 milliards d’euros en 2020, selon les prévisions budgétaires, soit 5,6% de plus qu’en 2019.

3. Des soldes dans les clous

Le solde de l’Administration centrale devrait atteindre l’équilibre pour l’année 2019 – «une bonne nouvelle, puisque nous sortons d’un déficit de 650 millions d’euros», commente M. Gramegna, qui nuance toutefois son propos puisque le gouvernement fonctionnait sur un budget provisoire de janvier à avril, n’ayant pu préparer un budget plus tôt du fait des élections législatives d’octobre 2018. En 2020, ce déficit atteindra 640 millions d’euros soit 1% du PIB, «mais se réduira progressivement pour retrouver l’équilibre en 2022 et se transformer en excédent de 158 millions d’euros (0,2% du PIB)».

D’où viennent ces 640 millions d’euros? «Nous aurions pu tout simplement investir 600 millions d’euros de moins pour que le budget atteigne l’équilibre», admet M. Gramegna. «Mais cela n’aurait profité ni au pays ni à la population.» D’autre part, ce déficit tient compte des 200 millions d’euros de contribution luxembourgeoise au financement de l’avion militaire A400M commandé avec la Belgique en 2005.

La Sécurité sociale reste, elle, plus que jamais dans le vert avec plus d’un milliard d’euros d’excédent en 2020 selon les prévisions budgétaires. Le Fonds de compensation commun au régime général de pension compte 19 milliards d’euros de réserves soit plus de 30% du PIB (contre 1 à 3% chez nos voisins français et allemands).

Le dynamisme des cotisations sociales permet donc encore d’hisser le solde de l’Administration publique (Administration centrale + Communes + Sécurité sociale) jusqu’à un excédent de 757 millions d’euros, soit 1,2% du PIB en 2020, et jusqu’à 1,5 milliard d’euros en 2023.

4. Une dette publique sous contrôle

Le budget 2020 prévoit une baisse de la dette publique – actuellement à 12,4 milliards d’euros – sous les 20% du PIB «pour la première fois depuis 2011», souligne M. Gramegna. Elle devrait poursuivre sa décrue pour atteindre 17,5% du PIB en 2023.

5. Un nouveau Fonds de rééquilibrage budgétaire

Insistant sur la volonté du gouvernement de «prendre ses responsabilités pour l’avenir» à travers ce budget 2020, M. Gramegna annonce la prochaine mutation de l’ancien Fonds de crise en Fonds de rééquilibrage budgétaire qui accueillerait les excédents budgétaires afin d’anticiper un éventuel coup dur pour l’économie luxembourgeoise. Sachant que les sommes versées dans le Fonds souverain intergénérationnel sont «bloquées pour la prochaine génération».

Le projet de loi sur le budget 2020 était débattu en commission des finances dès ce lundi après-midi. Le vote en séance plénière doit intervenir avant les vacances de Noël pour une entrée en vigueur au 1er janvier prochain.