POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Évolution du modèle tripartite

Le patronat prône un dialogue social «novateur»



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Nicolas Buck, président, aux côtés du directeur de l’UEL, Jean-Paul Olinger. (Photo: Paperjam)

L’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) a dévoilé lundi sa nouvelle méthode pour faire évoluer le droit du travail, tout en évitant «une politisation à outrance» en mode tripartite. Objectif affiché: apporter les réponses adaptées à notre époque.

Autre temps, autres méthodes. S’estimant inaudible quant à ses revendications sur l’évolution du droit du travail, l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) prône une nouvelle approche et partage le constat d’échec d’un organe: le Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE).

Héritier de la tradition de réunion en tripartite (gouvernement-syndicat-patronat) instaurée dans les années 70 pour résoudre les grandes questions d’emploi en temps de crise économique, le CPTE a vu le jour sous une nouvelle forme en 2007.

Il est chargé, selon le texte publié au Mémorial le 21 décembre de la même année, «d’examiner régulièrement la situation en matière: a) d’emploi et de chômage, b) de conditions de travail, de sécurité et de santé des travailleurs». Avec un accent sur la concordance entre la législation du travail et le marché de l’emploi; la prévention et la lutte contre le chômage et les relations entre l’Adem et les employeurs.

Problème: les réunions tripartites du CTPE n’aboutiraient plus à des résultats «win-win» selon le patronat, qui plaide donc pour une autre approche.

«Nous sommes absolument pour le dialogue social, nous ne voulons pas remettre en question les structures tripartites importantes concernant la sécurité sociale. Nous sommes totalement solidaires avec nos missions, ce n’est pas la question», a précisé d’emblée Nicolas Buck , président de l’UEL, lors d’une conférence de presse organisée lundi.

Une base: l’accord de coalition

Sur base de l’accord de coalition où l’on retrouve un chapitre «Travail et emploi» plutôt orienté vers la défense des droits des travailleurs, les représentants des entreprises souhaitent instaurer un dialogue structuré en bipartite avec le ministre du Travail: Dan Kersch (LSAP), lui-même ancien cadre de l’OGBL.

Dans son communiqué de presse , l’UEL propose que:

1. Le ministre du Travail détienne le rôle central et développe les différents sujets afférents au droit du travail prévu par l’accord de coalition.

2. Le ministre du Travail procède à des entretiens bilatéraux avec l’UEL et les syndicats.

3. L’UEL et les syndicats soient libres de dialoguer avec le ministre sur la teneur des idées ou projets de loi qu’il aura développés. Le rôle de l’UEL se concentrera sur un travail et un dialogue avec le ministre afin de représenter les intérêts des entreprises et proposer des pistes alternatives.

4. Le ministre du Travail ait donc comme responsabilité de faire des choix politiques en tenant compte de son idée initiale sur un sujet bien précis et en tenant compte ou non des remarques de l’UEL et des syndicats.

«Nous sommes convaincus que cette méthode de travail serait plus efficace et éviterait une politisation à outrance des positions des forces en présence et nous souhaitons que le ministre y voie une alternative pour l’avenir», ajoute Nicolas Buck dans le communiqué.

«Un problème d’image»

Cette sortie du patronat n’intervient pas par hasard. Elle fait suite à la réunion à huis clos du Comité permanent du travail et de l’emploi du 18 septembre dernier, durant laquelle l’UEL a présenté sa proposition de méthode aux autres parties prenantes.

Reflet des difficultés à venir, l’OGBL, par la voix de son président (jusque fin décembre) André Roeltgen , déclarait à l’issue de son comité national de rentrée, organisé le 24 septembre dernier, que «l’UEL rompt le dialogue et n’entend plus se positionner comme un partenaire social».

Nous pouvons avoir des entreprises sans employés, des sociétés boîtes aux lettres, mais pas de salariés sans entreprise»
Nicolas Buck

Nicolas Buck,  président,  Union des entreprises luxembourgeoises

Avec l’OGBL et la CGFP qui participaient aussi à la réunion du CPTE, le syndicat s’est fendu, le 26 septembre dernier, d’un courrier envoyé au Premier ministre, Xavier Bettel , pour lui demander «une entrevue d’urgence sur ce dossier».

Alors que la stabilité du pays est avancée comme un argument clé pour attirer des entrepreneurs à l’étranger, les passes d’armes entre syndicats et patronat pourraient dénoter.

Nicolas Buck prévient: «Attention à l’image du pays.» Pour le président de l’UEL, il est aussi question d’entendre les besoins des entreprises dans un monde qui change.

«Nous pouvons avoir des entreprises sans employés, des sociétés boîtes aux lettres, mais pas de salariés sans entreprise», pointe le patron de l’UEL qui entame son premier grand chantier public «chaud»  depuis son arrivée à la présidence en mars dernier .

Dialogue à plusieurs étages

Échaudé par le feuilleton de 2016 de la flexibilisation du temps de travail, qui s’est fait sans contrepartie pour les entreprises selon le rappel de Nicolas Buck ce matin, le patronat serait contraint de disputer un match aux règles pipées ou plutôt à sens unique.

La première équipe: le patronat. La seconde: les syndicats. Et dans le rôle de l’arbitre: le gouvernement. Nicolas Buck explique le recours à cette image sportive:

Alors que la conférence de presse touchait à sa fin, les différentes fédérations et chambres professionnelles (ABBL, Aca, Chambre de commerce, Chambre des métiers, CLC, Fédération des artisans, Fedil, Horesca) communiquaient à leurs membres une lettre signée par Nicolas Buck pour expliquer cette démarche:

«Il est vrai que ce que nous proposons est novateur par rapport au modèle classique du dialogue tripartite luxembourgeois. Force est de constater que cette méthode est à bout de souffle et ne correspond plus aux défis du monde d’aujourd’hui. Nous restons viscéralement attachés au dialogue social, mais le lieu privilégié de ce dialogue est l’entreprise, lieu de création de richesses et de développement personnel. Le dialogue social au niveau national, qui se voudrait équilibré, n’est rien d’autre qu’un instrument pour permettre aux syndicats de se positionner en force politique.»

Le dialogue social au niveau national , qui se voudrait équilibré , n’est rien d’autre qu’un instrument pour permettre aux syndicats de se positionner en force politique.

Union des entreprises luxembourgeoises.

Les représentants du patronat ont rendez-vous ce mardi 1er octobre avec le gouvernement, en présence du Premier ministre Xavier Bettel (DP), pour expliquer leur volonté de «dialoguer différemment».

Et peut-être évoquer une vision plus large du monde du travail de demain, qui ne doit pas se limiter aux questions de droit du travail mais concerne aussi d’autres départements ministériels (Économie, Finances, Éducation nationale), ajoutait encore Nicolas Buck ce matin.

Lueur d’espoir, le préambule du chapitre «Travail et emploi» du programme de coalition mentionne un constat semblable à celui du patronat: «Le monde du travail est en pleine transformation aussi bien par la globalisation et la digitalisation que par des changements économiques et sociétaux.»

Reste à se mettre d’accord sur les réponses à apporter à ces enjeux.