PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

ILA Directors’ Day

L’exercice de recadrage de Claude Marx (CSSF)



Lors de l’Ila Directors’ Day, Claude Marx a expliqué que la CSSF était devenue plus sévère concernant les visites sur site et les «dysfonctionnements fondamentaux», la réglementation s’étant elle-même durcie. (Photo: Nader Ghavami / Archives)

Lors de l’Ila Directors’ Day, Claude Marx a expliqué que la CSSF était devenue plus sévère concernant les visites sur site et les «dysfonctionnements fondamentaux», la réglementation s’étant elle-même durcie. (Photo: Nader Ghavami / Archives)

Le directeur général de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) a livré une intervention sans concession lors de la conférence de l’Ila Directors’ Day le 20 novembre, confirmant le durcissement du ton et des missions de son institution.

Les questions adressées par John Li, membre du board de l’Ila (Institut luxembourgeois des administrateurs) et ancien managing partner de KPMG Luxembourg, à Claude Marx , directeur général de la CSSF lors de la conférence du 20 novembre étaient directes. Et les réponses l’étaient tout autant.

Claude Marx n’a pas fait dans la nuance, suscitant tantôt les rires, tantôt les crispations du parterre d’administrateurs présents.

Retour sur cinq sujets abordés lors de cette intervention:

1. La situation de la place financière luxembourgeoise

Selon Claude Marx, la Place luxembourgeoise est globalement résiliente, les actifs sous gestion des fonds atteignant un nouveau record de 4,570 milliards d’euros à fin septembre.

«Mais il y a quelques nuages à l’horizon. Il y a encore trop de banques au Luxembourg et en Europe! Certaines ne vont pas survivre dans l’environnement économique actuel», lance Claude Marx, qui suggère de surveiller de près l’évolution du nombre d’établissements bancaires .

Il pointe ainsi du doigt la baisse des revenus des banques, combinée à l’augmentation des coûts (frais de personnel et investissements informatiques), qui aboutit à une érosion de leur profitabilité. L’an dernier, le résultat net des banques a baissé de 3,2% par rapport à 2017.

En 2018, 21 banques actives depuis plus de trois ans avaient un rapport charges sur revenus supérieur à 100%. Il précise qu’«il pourrait y en avoir davantage cette année».

Claude Marx anticipe aussi une baisse des effectifs du secteur, les emplois directs s’élevant actuellement à environ 50.000 personnes dans la banque et à 8.000 dans l’assurance.

2. La facturation des dépôts des clients

Les banques privées marchent sur des œufs sur le sujet de l’éventuelle facturation des dépôts de leurs clients .

Pas Claude Marx: «C’est le sujet chaud du moment. Ce serait aujourd’hui irresponsable de ne pas répercuter les frais sur les clients. Une banque qui est en situation de pertes est une banque dangereuse. Au Luxembourg, les banques ont commencé à le faire vis-à-vis de leurs clients corporate, et pour certaines, vis-à-vis de leurs clients privés.»

Le directeur général de la CSSF estime que davantage d’établissements agiront de la sorte si les taux d’intérêt restent en territoire négatif.

3. La quantité de régulation

Claude Marx rappelle d’abord qu’il déteste l’expression «tsunami réglementaire» , avant de remettre cette dernière dans son contexte: «Les gens ont la mémoire courte. Il y a 10 ans, nous avons subi une grave crise, à cause d’une insuffisance de régulation et de mauvais comportements.»

Il en appelle désormais à davantage de convergences entre les pays européens dans l’application des directives. «Il y a des sujets pour lesquels les différences d’application mènent au désastre, par exemple en matière de lutte contre le blanchiment d’argent», précise-t-il.

Les effectifs de la CSSF ont par ailleurs augmenté pour s’adapter à l’inflation réglementaire: elle compte désormais 900 personnes (845 fin 2018, et en constante augmentation depuis 2010). «Cela reste encore modeste compte tenu de tous les acteurs et produits que nous devons superviser, et du fait que nous devons augmenter le nombre de visites sur site», ajoute Claude Marx.

4. Le «ton» des rapports adressés aux entreprises

John Li a demandé à Claude Marx pourquoi le ton des rapports de la CSSF semblait s’être durci, rapportant le «choc» de certains acteurs à ce sujet. «Je m’excuse pour le ton. À l’avenir, j’écrirai les rapports en luxembourgeois, il y aura peut-être plus de nuances», a ironisé Claude Marx.

Il explique que la CSSF est devenue plus sévère concernant les visites sur site et les «dysfonctionnements fondamentaux», la réglementation s’étant elle-même durcie.

Sa solution pour éviter les courriers désagréables: «Si les exigences de base étaient respectées, il n’y aurait pas trop de lettres déplaisantes».

En 2018, la CSSF a infligé des amendes à hauteur de 5,6 millions d’euros. Elles ont notamment concerné des manquements en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, mais aussi de réglementation Mifid, de publication des comptes annuels ou encore de gouvernance interne.

5. La prise en compte par la Place des facteurs ESG (environnement, social, gouvernance)

Interrogé sur ce point, Claude Marx n’a pas mâché ses mots: «Presque tous les fonds ont quelque chose de vert dans leur nom, mais il y a souvent un grand décalage entre l’emballage et le contenu. Les acteurs se plaignent que nous posons trop de questions, mais nous allons en poser encore davantage dans le futur, justement à cause de ces décalages.»