ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Transports et logistique

L’«effet économique désastreux» du Covid-19



DC Postal Service connaît une baisse de 55% de son activité à cause du Covid-19, mais continue d’assurer les livraisons essentielles. (Photo: DC Postal Service)

DC Postal Service connaît une baisse de 55% de son activité à cause du Covid-19, mais continue d’assurer les livraisons essentielles. (Photo: DC Postal Service)

Les entreprises de transport et logistique font rouler des camions presque vides en pleine crise du coronavirus. Elles doivent continuer de livrer les produits essentiels, alors que leur activité connaît une baisse impressionnante à cause des fermetures temporaires d’usines et de chantiers.

«Les entreprises hésitent entre maintenir une activité minimum à leurs frais avec presque aucune demande et envoyer leurs collaborateurs au chômage technique», décrit Malik Zeniti , manager du Cluster for Logistics au Luxembourg. Elles font face d’un côté à une hausse de la demande pour les livraisons de colis et de matériel médical, et de l’autre à une baisse due aux chantiers ou entreprises qui suspendent leur activité à cause du Covid-19. La plupart du temps, la diminution prend le dessus…

«C’est différent d’une entreprise à l’autre», précise Malik Zeniti. «Par exemple, un transporteur qui livrait Goodyear leur envoyait 70 camions par jour.» Soit 70 camions de moins en termes de chiffre d’affaires depuis sa décision de suspendre la production cette semaine . D’autres travaillent à 110% selon lui et doivent gérer au mieux la livraison de masques ou gels hydroalcooliques pour le personnel de santé. Malgré le nombre de salariés qui se retrouvent obligés de demander des congés pour raison familiale… Pour assurer leur sécurité, certains livreurs prennent une photo lors de la remise de colis au lieu de demander une signature. Ceux qui le peuvent font du télétravail. «Il y a beaucoup d’incertitudes, nous essayons de nous organiser», résume Malik Zeniti. Il souligne une autre difficulté: la fermeture des restaurants et sanitaires sur certaines aires d’autoroute , notamment en France, qui nuit aux pauses des chauffeurs.

Baisse de 55% de l’activité

Jacques Deltenre, directeur de l’opérateur en transports et logistique DC Postal Service, compare la situation à un état de guerre. «En première ligne, ce sont les médecins et le personnel médical. En seconde ligne, la logistique [qui] livre des marchandises de toute première nécessité: les produits médicaux, les produits de soins, les produits indispensables aux personnes à mobilité réduite, et les produits alimentaires. Nous approvisionnons les hôpitaux, les pharmacies et les maisons médicales», détaille-t-il ce vendredi 20 mars. «L’effet économique est désastreux. Les livraisons de biens non essentiels ont fondu», s’inquiète-t-il. Résultat: des tournées non rentables pour les camions qui ne sont pas remplis.

«Sans aide de l’État, les dégâts financiers seront irréparables.» Son chiffre d’affaires a baissé de 55% ces derniers jours. «Cela s’aggrave de semaine en semaine», alerte-t-il. En 2019, l’entreprise de 80 salariés avait réalisé un chiffre d’affaires de 5,25 millions d’euros. «Le chômage partiel est à l’étude. Nous devons de toute façon parcourir le même nombre de kilomètres, et certains frais fixes comme les loyers et le matériel roulant, même arrêté, coûtent.»

De 100 à 10 camions

Le coronavirus pèse aussi chez ADSL (Affrètement, Distribution, Service, Logistique). «Nous sommes au ralenti, nous sommes tous au chômage technique», s’attriste Marc Morhain, directeur de l’entreprise de huit salariés. Elle sous-traite pour faire rouler, habituellement, une centaine de camions par jour. Ils ne sont plus que 10 à 15 en ce moment… Mais l’entreprise doit continuer la livraison de produits alimentaires, qui correspondent à 14% de son activité. Les matériaux de construction représentent quant à eux 25%, mais les chantiers se sont arrêtés au Luxembourg . En tout, l’entreprise estime une baisse de 80 à 85% de son chiffre d’affaires, qui s’élevait à 4,5 millions d’euros en 2018. Marc Morhain compte lui aussi sur des aides de l’État pour s’en sortir. Il a déjà fait des demandes pour bénéficier du chômage partiel .

Sur son site internet , le gouvernement ajoute: «Les entreprises présentant des difficultés de trésorerie peuvent prendre contact avec une des mutualités (Mutualité de Cautionnement et Mutualité des PME), qui se portent garantes pour une partie du montant emprunté auprès des établissements de crédit agréés.»