POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

JEAN-LOUIS SIX (AMBASSADEUR DE BELGIQUE)

«Belgique et Luxembourg partagent les mêmes valeurs»



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Jean-Louis Six, ambassadeur de Belgique, prépare déjà la visite d’État des souverains belges qui aura lieu en octobre.  (Photo: Maison Moderne/Archives)

La Fête nationale belge sera célébrée ce dimanche 21 juillet, aussi au Luxembourg. Comme le confirme l’ambassadeur de Belgique au Luxembourg, les relations entre les deux pays sont étroites à bien des égards.

Dimanche, la Belgique célèbrera sa Fête nationale. Au Luxembourg, quelques événements auront également lieu dans ce cadre. Notamment au Kyosk et à Um Plateau, deux endroits où plaisirs gastronomiques et bonne humeur vont de pair. Il est vrai que les liens sont étroits entre les deux pays, ne fût-ce que parce que 20.000 Belges résident au Luxembourg, tandis que 45.000 autres passent la frontière chaque jour pour venir y travailler. Mais Jean-Louis Six, ambassadeur de Belgique au Luxembourg, voit bien d’autres éléments qui renforcent ces relations.

Monsieur l’ambassadeur, peut-on dire que le Luxembourg et la Belgique sont plus des cousins que des voisins?

Jean-Louis Six.  – «Oui, bien entendu. Je pense que cela s’est encore vu et ressenti lors de la réception donnée jeudi soir à ma résidence dans le cadre de notre Fête nationale. Il y avait un réel plaisir à être ensemble. L’expression de cette proximité est le plaisir que nous avons à vivre et travailler ensemble. Même si les sociétés évoluent, nous partageons les mêmes valeurs. C’est indéniable.

Mais il y a aussi des différences, notamment au niveau de la qualité de vie?

«Cette qualité de vie est en effet exceptionnelle au Luxembourg. Raison pour laquelle on croise souvent des Belges qui arrivent en mission pour deux ou trois ans... mais qui sont toujours là, façon de parler, 17 ans plus tard! Cette qualité de vie, elle doit nous inspirer, et on doit espérer pouvoir un jour l’offrir aussi à tous les Belges. Je trouve que nos deux pays sont très complémentaires.

Mais, c’est vrai, il y a aussi des différences. Par exemple, au niveau des structures politiques. Le Luxembourg a un système assez simple, à deux niveaux. Pour des raisons historiques, c’est un peu plus complexe en Belgique.

Le Luxembourg a besoin des travailleurs frontaliers, et ceux-ci font bénéficier les communes belges d’un pouvoir d’achat élevé. C’est donc du «win-win» à vos yeux?

«C’est, entre autres, pour cela que j’affirme que nous sommes très complémentaires. Le Luxembourg a, de fait, besoin des travailleurs belges, qui arrivent souvent avec un ‘know-how’ bâti dans les universités belges dont la qualité est reconnue. Et le nombre d’emplois disponibles et la hauteur des rémunérations dans ce pays sont assez exceptionnels. Sans oublier un cadre de vie de qualité, une vraie offre culturelle au niveau de la musique, du théâtre.

J’admire, dans ce pays, cette capacité à se réunir de manière unanime derrière le ‘projet Luxembourg’.
Jean-Louis Six

Jean-Louis Six,  ambassadeur de Belgique au Luxembourg

Qu’est-ce qui, au Luxembourg, suscite votre admiration?

«Sans aucun doute le pragmatisme. Dans ce pays, le slogan est ‘no-nonsense’. D’un point de vue politique, il y a une capacité à se rassembler derrière le ‘projet Luxembourg’. Bien entendu, chaque parti a sa sensibilité, ses spécificités, mais le phare reste le ‘produit Luxembourg’, qui est un objectif général. Tous se demandent en permanence comment améliorer ce pays.

C’est valable dans tous les pays de la part des élus, allez-vous me dire. Mais ici, c’est très fort. Surtout, c’est fait de manière très professionnelle et sérieuse. La campagne pour le ‘nation branding’ en est la preuve , tout comme la mise en valeur de la place financière.

Que peuvent alors envier les Luxembourgeois à la Belgique?

«Même si la Belgique est un petit pays, elle est plus grande que le Luxembourg. Cette taille permet parfois une meilleure visibilité. C’est ainsi, et on ne va pas bouger les frontières. Je pense que nos systèmes d’enseignement, secondaire et universitaire, sont aussi admirables. Nos universités font partie des meilleures au monde, sont ouvertes à la recherche... Il y a également notre système de soins de santé, très performant. D’ailleurs, de nombreux Luxembourgeois se font soigner dans nos hôpitaux de pointe, car certains traitements ne peuvent être proposés au Luxembourg, faute d’une taille critique suffisante.

Je pense que des choses nouvelles peuvent se faire dans le domaine de la formation.
Jean-Louis Six

Jean-Louis Six,  ambassadeur de Belgique au Luxembourg

Et quelle est la qualité belge qui pourrait inspirer le Luxembourg?

«Notre contexte institutionnel nous force souvent à adopter une certaine flexibilité, une souplesse que le Luxembourg n’a peut-être pas naturellement. Les Belges doivent souvent faire beaucoup de compromis, c’est tout un art. Ici, au Luxembourg, c’est moins compliqué, donc on en a moins besoin.

En tant qu’ambassadeur, quels seront les dossiers prioritaires au cours des mois à venir?

« Je pense que le dossier du télétravail est refermé . L’accord est conclu et, de mémoire, le texte va être publié sous peu. Ce sera un plus pour la mobilité, sujet qui concerne beaucoup les frontaliers. On va continuer à travailler encore sur des dossiers très ponctuels, comme la peste porcine africaine . Il y a ensuite des choses à améliorer au niveau de la coopération policière . Des sujets comme les bourses d’étude , les allocations familiales  ou les soins de santé reviennent aussi souvent dans l’actualité.

Enfin, je pense que des choses nouvelles peuvent se faire dans le domaine de la formation , car certaines ne sont pas données à Luxembourg, mais à Arlon. Enfin, on travaille aussi en fonction de l’actualité chaude, le Luxembourg ayant notamment, pour le moment, la présidence du Benelux.

Lors de la visite d’État en octobre, le souhait est de mettre en avant ce qui fait l’excellence du Luxembourg.
Jean-Louis Six

Jean-Louis Six,  ambassadeur de Belgique au Luxembourg

Le mois d’octobre sera marqué par une visite d’État des souverains belges . Ce sera un moment évidemment très important...

«Pour un ambassadeur, à titre personnel et sans mauvais jeu de mots, c’est presque un couronnement! C’est un grand honneur, un grand plaisir, mais aussi une grande responsabilité . On travaille déjà à plusieurs équipes, à Luxembourg et à Bruxelles, sur cet événement. Notre souhait est que tout soit parfait. C’est une visite qui est, je peux vous l’assurer, très importante aux yeux des deux familles royales, de par la proximité des deux pays, la profondeur des relations des familles régnantes et les relations à tous les niveaux entre les deux gouvernements.

Quelles seront les particularités de cette visite?

«Il y a toujours une dimension protocolaire, qui sera présente. Mais la volonté est aussi d’avoir, à côté de cela, beaucoup de contenu afin de mettre en évidence ce qui fait l’excellence du Luxembourg et illustrer les liens entre les deux pays.

Pouvez-vous soulever un coin du voile sur un élément de cette visite?

«Le Roi et le Grand-Duc visiteront l’État-major de l’Armée à Diekirch. C’est justement très symbolique de l’intégration de nos nations. Les élèves officiers luxembourgeois étudient à l’école militaire de Bruxelles. Nous nous exerçons ensemble, en territoire belge, nous menons des missions internationales en commun, nous achetons du matériel ensemble. C’est justement un exemple fort de notre relation.»